À Montauban, le magasin Mr. Bricolage liquide son stock avant une cessation d’activité. Un coup rude pour la vingtaine d’employés en poste. La direction met tout en œuvre pour préparer l’après. Reportage.
Étrange ambiance, ce lundi, au magasin Mr. Bricolage. Alors que de nombreux clients se ruent dans des étals qui se vident à vue d’œil, certains employés font – logiquement – grise mine. Car derrière tous ces écriteaux fluo vantant des réductions jusqu’à moins 70 %, il est bien stipulé : « Avant cessation d’activité ».
« De manière générale, le marché du bricolage est en déficit. Toutes enseignes confondues, on enregistre des baisses de moins 10 à moins 15 % », explique le directeur, M. Schneider. Arrivé en mai 2025, le professionnel n’est pas parvenu à redresser la barre d’un bateau qui tanguait déjà. « On essaie de remonter la pente depuis l’ouverture de Leroy Merlin [en 2016]. » Un magasin pourtant situé à Aussonne, à précisément 12 km d’Albasud. « Mais de fait, toute enseigne cannibalise le voisin. Chez Action, une lampe de poche coûte 5 € quand nous, parce que c’est de la marque, on la vend à 15 €. Chez Lidl, on trouve du Parkside à des prix très compétitifs », relève M. Schneider. Et selon lui, dans l’immédiat, les perspectives sont peu réjouissantes.

« On vend moins, donc on commande moins, donc les fournisseurs fabriquent moins. Il n’y a qu’à voir la baisse de marchés à laquelle sont confrontés les artisans et toutes les sociétés qui ferment en France. La vague se propage. »
« On ne nous laisse pas comme ça »
Or, face à des « charges fixes qui augmentent », la décision est devenue inéluctable. « Notre patron [l’Ariégeois Paul Cassignol, lire par ailleurs] a donc décidé de se séparer de ce magasin », confirme le futur ex-directeur montalbanais.
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Il va donc falloir rebondir pour les 20 salariés de cette enseigne qui avait ouvert ses portes en 2004. Un monument en plein cœur de la zone d’Albasud. « Franchement, je ne me fais pas à l’idée », souffle un employé en train de manœuvrer un transpalette, vide. « On s’en doutait en voyant le chiffre d’affaires baisser. Il y a eu plusieurs réunions pour redynamiser le magasin et jusqu’au dernier moment, on a tout donné », confie-t-il dans un mélange d’amertume et de nostalgie.

« C’est peut-être le jour où les portes fermeront que je vais réaliser… Mais le plus angoissant, c’est surtout pour les anciens. Certains sont là depuis très longtemps et ils craignent de ne rien retrouver derrière », poursuit ce jeune homme. Comme ses collègues, il fera donc l’objet d’un licenciement économique. Et après ? « Nous sommes bien informés, bien accompagnés et bien encadrés, insiste ce salarié. Il y a déjà eu plusieurs rencontres avec les équipes de France Travail. On ne nous laisse pas comme ça. »
Un cas qui n’est pas isolé
La grande époque du confinement et de la ruée vers les enseignes de bricolage pour améliorer son nid douillet est bel et bien terminée. En outre, le marché de l’immobilier est loin d’être au beau fixe avec des transactions qui ont chuté de moins 20 % entre 2023 et 2024. Ceci explique sûrement cela. Car Mr. Bricolage est loin d’être un cas isolé. À Paris, la famille Muliez a été contrainte de fermer deux magasins Leroy Merlin, pourtant considéré comme le leader du marché. En pôle deux, Castorama est également en difficulté. L’année 2019 avait déjà été marquée par les fermetures de neuf Castorama et deux Brico Dépôt. Et selon les syndicats, l’alerte en termes de rentabilité avait été sonnée dès 2015. Cette année, trente « Casto » ont ainsi été restructurés en espérant sortir la tête de l’eau. Enfin, on peut également noter la disparition à l’échelle nationale de la chaîne Mister Menuiseries, qui s’était aussi installée à Montauban, suite à une liquidation judiciaire prononcée l’an dernier.

