À Cahors, la Maison de la presse est une institution. On y trouve des habitués, de simples curieux, toutes les classes sociales et tous les âges. Mais avec l’augmentation du coût du papier et le développement des abonnements numériques, les temps ne sont pas toujours simples. Explications.
“La Maison de la presse, c’est un lieu de vie. Nous sommes en plein centre-ville, alors nous avons vraiment un rôle social, d’écoute et d’accompagnement”. Accoudée au comptoir du commerce, Sylvie Meola, libraire à la Maison de la presse de Cahors, révèle un côté bien curieux de son boulot.

“Pour certains clients, la Maison de la presse est une sortie quotidienne. Nous avons des habitués, de tous âges et de toutes classes sociales, qui nous racontent leur vie, et nous prenons le temps d’échanger avec eux”, sourit-elle. “Et puis, certains sont assez âgés et ne maîtrisent pas forcément les outils numériques, alors on fait des impressions, on résout quelques problèmes simples sur leur téléphone, on les aide à remplir des papiers… L’aspect social de notre métier n’est pas connu, mais si nous venions à fermer, ce serait une grande perte pour tous ces habitués”, souffle Sylvie Meola, avant de tourner la tête vers la caisse. Un client l’interpelle et lui demande un bouquin sur le pain. La libraire s’enfonce dans ses rayons.

Numérique et difficultés financières
Ce jeudi matin, plusieurs curieux sont venus chiner à la Maison de la presse. Certains se perdent dans des écrits sur l’espace, d’autres dans le rayon des journaux, représentés dans toute leur diversité, quand certains préfèrent les cartes postales, les magazines people ou d’horlogerie, les sudokus, les livres pour enfants…

Eh oui, cette enseigne, appartenant au groupe NAP, est une institution à Cahors (on compterait 475 Maisons de la presse dans toute la France actuellement, contre 670 en 2008). Dans la cité cadurcienne, “la boutique a ouvert dans les années 1950, mais au début, nous étions seulement un magasin de presse”, rappelle Françoise Cabessut-Orero, gérante du magasin depuis 1998. Il faudra quelques années avant que le commerce ne devienne une Maison de la presse, enseigne née dans les années 1990. Mais aujourd’hui, “beaucoup de magasins sont en train de fermer…”, se désole Sylvie Meola. À tel point qu’en France, 38 d’entre eux auraient mis la clé sous la porte depuis 2023, selon le journal LSA.
“On rencontre plusieurs difficultés, confie la libraire. Premièrement, il y a beaucoup moins de lecteurs de presse écrite à l’heure du numérique et des abonnements en ligne, qui ont d’ailleurs explosé durant la pandémie de Covid-19. Et on fait aussi face à une flambée des prix du papier, donc on doit grignoter sur nos marges pour que nos prix restent raisonnables (en ce qui concerne la papeterie, car les prix des livres et de la presse sont imposés. ndlr)”. Malgré tout, la boutique reste ouverte sept jours sur sept.

“Aucune démocratie ne pourrait exister sans presse libre et indépendante”
“Je trouve notre travail parfois peu reconnu”, affirme la libraire. Pourquoi cela ? “Par exemple, nous n’avons jamais touché de subventions publiques, même durant les périodes compliquées comme la pandémie. Nous n’avons rien, alors parfois, nous avons des années noires”, soupire Sylvie Meola. Le tout, alors même que le secteur de la presse est lui aussi en crise depuis un bon bout de temps. “Chaque année, la presse écrite perd entre 6 et 7 % de chiffre d’affaires à l’échelle nationale, alors cela se répercute dans les enseignes locales”, souligne la gérante de la boutique.
Sylvie Meola replace un bouquin sur une étagère. “Malgré toutes ces difficultés, nous nous battons pour continuer notre travail. Les Maisons de la presse sont là pour permettre la pluralité de la presse, car aucune démocratie ne pourrait exister sans presse libre et indépendante”, conclut-elle.