La crise de gouvernance à l’association CASTA paralyse ses activités en Ariège. Sans signature possible, salaires et contrats sont bloqués. Les salariés alertent : sans administrateur nommé, 80 emplois pourraient disparaître dès fin avril.
En Ariège, l’association CASTA vit une crise qui dépasse largement le cadre judiciaire dans lequel elle s’inscrit. Depuis l’éclatement de l’affaire liée à la députée Martine Froger lorsqu’elle occupait le poste de directrice de l’association, des faits antérieurs à 2023, l’attention s’est cristallisée autour de l’association d’aide à l’insertion et à la réinsertion professionnelle en Ariège. Mais aujourd’hui, ce sont surtout les salariés qui alertent sur une autre réalité : celle d’une structure toujours active sur le terrain, mais désormais empêchée de fonctionner.
Pourtant, chaque jour, les équipes poursuivent leurs missions, assurant notamment la production de centaines de repas pour les écoles et crèches du département, l’entretien d’espaces naturels ou encore l’accompagnement de personnes éloignées de l’emploi. “Nous, on continue à travailler, on est sur le terrain quoi qu’il arrive”, raconte Lionel Bruerre, encadrant technique et représentant du CSE. Et pourtant, en coulisses, tout est à l’arrêt.
Une direction sous contrainte et paralysée
Mais, depuis la démission soudaine de la présidente début mars, pour raison médicale, sans préavis ni transition, l’association est plongée dans un vide de gouvernance.
Cette vacance de pouvoir entraîne des conséquences critiques : nul n’est plus habilité à parapher les documents vitaux pour l’organisme. Les contrats ne peuvent plus être renouvelés, les fiches de paie ne peuvent plus être éditées, et même les solutions d’urgence deviennent inapplicables faute de signature. “On cherche un prestataire pour faire les feuilles de paye, mais on ne peut pas signer le contrat”, explique Lionel Bruerre, décrivant une situation aussi absurde qu’inquiétante.
Dans ce climat d’incertitude, la position de la direction actuelle complexifie davantage la donne. Apolline Blanchet, mise en examen, est néanmoins autorisée par la justice à rester en poste et à exercer ses fonctions. Mais dans les faits, elle se retrouve fortement limitée : elle ne peut plus assurer pleinement les actes essentiels de gestion, notamment la signature des documents administratifs.
“Elle est en poste, mais on ne lui donne pas le pouvoir de travailler comme une directrice”, résume le représentant du CSE. Dans le même temps, sa directrice adjointe, ne peut plus intervenir dans la structure. Résultat : une direction bien présente, mais paralysée.
L’appel à l’aide des salariés pour sauver l’emploi
Sans possibilité de produire les fiches de paie, l’association ne pourra bientôt plus justifier de son activité auprès des financeurs. Et sans subventions, c’est toute la structure qui vacille. “Début mai, si ça n’a pas bougé, les subventions vont s’arrêter […] c’est une boule de neige qui nous entraîne dans le vide”, alerte Lionel Bruerre.
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Dans leur communiqué, les salariés décrivent une situation “critique” et appellent à une réaction immédiate des institutions. Ils demandent notamment la nomination d’un administrateur pour rétablir une gouvernance et permettre à l’association de continuer à fonctionner. Car sans intervention rapide, l’échéance est désormais très proche : la fin du mois d’avril pourrait marquer l’arrêt brutal d’une structure qui emploie 80 personnes et accompagne quotidiennement des dizaines de bénéficiaires.
“Ce sont des centaines de personnes impactées”
Ils demandent par ailleurs au préfet, “de saisir le tribunal en urgence, en vue de la nomination d’un administrateur ad hoc, afin de permettre la reconstitution d’un Conseil d’Administration”.
Au-delà des chiffres, ce sont des trajectoires de vie qui sont en jeu. “Si ça s’arrête, ça fait d’un coup 80 personnes sans rien, avec les familles ce sont des centaines de personnes impactées”, rappelle Lionel Bruerre. Et derrière ces salariés, il y a aussi tout un territoire qui dépend des services rendus par l’association.

