Douze jours après le bombardement d’une école de Minab en Iran, les indices pointent les Etats-Unis. Des missiles Tomahawk américains auraient été tirés sur l’établissement, sur conseil de l’intelligence artificielle (IA), qui s’appuyait sur des archives obsolètes.
L’intelligence artificielle est-elle responsable de la mort d’une centaine d’enfants dans le sud de l’Iran ? Dix jours après le bombardement d’une école de filles à Minab, où au moins 168 élèves ont péri, plusieurs voix réclament une enquête indépendante sur l’origine de l’attaque.
Le 7 mars dernier, Donald Trump avait accusé l’armée iranienne. Deux jours plus tard, le président américain avait finalement concédé, à la suite d’une vidéo révélant que le missile était de fabrication américaine, qu’une enquête serait ouverte en interne pour faire la lumière sur l’attaque.
“Les États-Unis sont le seul participant à la guerre connu pour posséder des missiles Tomahawk”, stipulait le média d’investigation Bellingcat. Une information confirmée par le New York Times, qui précise que l’école se trouvait à proximité d’un site lié aux Gardiens de la Révolution. Un élément qui pourrait avoir joué un rôle dans l’identification de la cible des bombardements.
Une bavure liée à l’intelligence artificielle ?
Au-delà de la question de l’auteur de la frappe, certains experts évoquent désormais une bavure liée à l’intelligence artificielle (IA). L’armée américaine, comme d’autres dans le monde, utilise l’IA pour analyser d’immenses volumes de données afin de proposer des cibles potentielles aux opérateurs humains. Mais ces systèmes peuvent aussi commettre des erreurs d’interprétation, notamment lorsqu’une infrastructure civile se trouve à proximité d’un objectif militaire.
Dans le cas de l’école de Minab, une source anonyme au sein du département américain de la Justice livre au Wall Street Journal une hypothèse plus sombre encore. Selon elle, le programme d’IA utilisé par les forces américaines pourrait s’être appuyé sur des archives géographiques trop anciennes, remontant à une époque où le bâtiment n’abritait non pas une école mais des installations militaires iraniennes. Si cette bavure était prouvée, le manquement d’une validation humaine dans la chaîne de commandement poserait question. Comment se fait-il qu’une IA émette des ordres sans une quelconque intervention humaine ? De nombreux experts avaient déjà alerté sur l’érosion du contrôle exercé sur la force militaire depuis les bombardements israéliens sur Gaza.
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Selon Meron Rapoport, du média israélien Local Call, la phase de vérification humaine des cibles se révèle extrêmement courte, parfois de l’ordre d’une vingtaine de secondes.
La CPI limitée, l’ONU embarrassée
Human Rights Watch a réclamé qu’une enquête pour crime de guerre soit ouverte et que soit poursuivie “en justice toute personne coupable” de ces crimes. La frappe constitue, a priori, une violation grave du droit international humanitaire. Mais hormis l’enquête du Pentagone, l’application du droit international reste limitée dans ce type d’affaire. La Cour pénale internationale (CPI) pourrait théoriquement poursuivre les responsables mais ni les États-Unis, ni l’Iran, ni Israël ne reconnaissent sa compétence, tandis que l’ONU peut surtout constater des violations sans disposer de véritables moyens pour sanctionner, en particulier face à une grande puissance dotée d’un droit de veto.
Des funérailles transmises par la télévision d’État
Au lendemain de l’attaque, une centaine de tombes ont été creusées dans le cimetière de Minab. Les images des funérailles des jeunes victimes, principalement des jeunes filles, ont été diffusées par la télévision d’État iranienne. Leurs petits cercueils, recouverts de drapeaux iraniens, ont été transportés d’un camion à travers une foule nombreuse jusqu’au lieu de sépulture.

Si l’implication des États-Unis était confirmée, cette frappe figurerait parmi les pires cas de victimes civiles recensés depuis des décennies dans les conflits américains au Moyen-Orient.

