En attendant la réouverture de la RN20 entre Ax-les-Thermes et Mérens-les-Vals, certains habitués de l’Andorre redoublent d’ingéniosité pour continuer à s’y rendre, n’hésitant pas à enfourcher un vélo électrique pour gravir les kilomètres menant au Pas de la Case.
La RN20, entre Ax-les-Thermes et Mérens-les-Vals, doit rouvrir ce lundi 9 mars. Dans la Haute-Ariège, l’annonce fait battre les cœurs. Mais elle ne réjouit pas seulement les habitants : tous ceux qui montaient régulièrement en Andorre pour profiter des prix avantageux attendaient ce jour comme une délivrance.
Depuis plusieurs semaines pourtant, certains avaient trouvé des solutions… parfois surprenantes. À l’instar de Myriam, 48 ans. Ce jeudi 26 février, arrivée à L’Hospitalet-près-l’Andorre à 10 h 50 avec le train de 10 h 20 en provenance d’Ax-les-Thermes, la technicienne tombe des nues : aucune navette andorrane n’est annoncée avant au moins une heure. “Ça veut dire quoi ? Que la navette est partie avant que le train n’arrive… à vide ?” lâche-t-elle en riant. Et quand bien même les horaires seraient coordonnés : “Imaginez : 200 passagers pour une navette de 50 places. C’est la cohue !”
“En roulant bien, j’ai mis 40 minutes”
Certains ont donc choisi de partager un taxi pour rejoindre le Pas de la Case. D’autres ont préféré patienter pour la prochaine navette. Myriam, elle, a opté pour une autre solution : le vélo électrique. Quatorze kilomètres et 839 mètres de dénivelé pour rejoindre la station andorrane. “En roulant bien, j’ai mis 40 minutes… Bon, il faut pédaler !” glisse-t-elle en riant. “Pour moi, c’est la meilleure alternative. Mieux que sept heures de route entre la voiture, le train une fois sur deux et les quelques navettes.”
Ce qui ne devait être qu’une solution provisoire est devenue un défi personnel. “Ça me fait une sortie, le paysage est magnifique, et j’ai toujours adoré l’Andorre.” Sur la route, les autres usagers se font rares. “J’ai été doublée par quelques voitures venant du Col de Puymorens, mais sinon aucune navette ne m’a dépassée ni suivie.”
Le retour jusqu’à la gare de l’Hospitalet n’a pas été de tout repos non plus. “C’était vraiment l’aventure. Sur le quai, des personnes en sont venues aux mains parce qu’il n’y avait pas assez de places dans le train pour redescendre à Ax-les-Thermes.” Les places sont rares, et très convoitées. “Le train était plein. Entre ceux qui étaient montés en Andorre à 7 heures et ceux de 10 heures, tout le monde devait redescendre avec la seule navette de 14 heures.”
“Les commerçants étaient tellement heureux de me voir”
Deux dames assises à côté d’elle au retour lui confient que ce sera la première… et la dernière fois qu’elles tenteront l’expérience. Stress, bousculades, regards inquiets. “Pour les personnes d’un certain âge, je comprends leurs réticences à tenter ce périple”, ajoute Myriam.

Face aux difficultés pour rejoindre l’Andorre avec les navettes, Dorian*, 30 ans, a lui aussi choisi de tenter l’aventure à deux roues. Habitué aux sorties à vélo de plus de 20 kilomètres, le cordiste à son compte n’a pas été effrayé par la distance. “Je voulais surtout rendre service à mes proches, qui sont fumeurs.” Dès l’éboulement, fin janvier, il calcule la distance depuis la gare : “Ça m’a semblé très simple.” Ni une ni deux, il enfourche son vélo électrique.
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Au départ, il prenait le train depuis Tarascon-sur-Ariège jusqu’à L’Hospitalet-près-l’Andorre. Mais depuis le 18 février et la suspension du trafic ferroviaire entre Foix et Ax-les-Thermes à la suite d’un glissement de terrain, il effectue désormais le même trajet que Myriam : voiture jusqu’à la gare d’Ax, train jusqu’à L’Hospitalet, puis vélo.

La première fois qu’il arrive à vélo au Pas de la Case, la scène le marque. “Les commerçants étaient tellement heureux de me voir. Le parking était vide, les magasins presque déserts. Je n’avais jamais vu ça. Même les pistes de ski étaient quasiment vides.” Les fois suivantes, le constat reste le même : “Il y avait vraiment très peu de monde.”
Lors de sa dernière montée, l’aventure tourne même à la frayeur. Il rate le dernier train. “J’ai dû emprunter un chemin par la forêt.” Plus de deux heures à rouler sur une piste mal entretenue, puis à porter le vélo dont la batterie est à plat. “Je me demande encore comment j’ai réussi à rejoindre Ax pour récupérer la voiture. J’ai vraiment cru que j’allais abandonner.”
Pendant plusieurs semaines, la RN20 coupée a ainsi transformé un simple déplacement en aventure : épreuves de patience, débrouillardise et parfois tensions. Lundi 9 mars, la route rouvrira enfin, ramenant un peu de fluidité dans la vallée… et peut-être aussi un brin de nostalgie pour ces semaines où l’Andorre se méritait au prix de l’effort.

