L’école touchée par une frappe aérienne, à Minab, le 5 mars 2026. STRINGER / ANADOLU VIA AFP
L’ONU a demandé ce vendredi 6 mars que l’enquête américaine sur le bombardement présumé d’une école dans la ville de Minab en Iran soit « rapide » et se fasse en « toute transparence », après que le « New York Times » a dévoilé, dans une enquête, qu’il pourrait s’agir d’une frappe américaine.
• Une frappe qui aurait causé 150 morts
Ni les Etats-Unis, ni Israël n’ont admis avoir commis une telle frappe. Les autorités iraniennes ont parlé de 150 morts. L’AFP n’a pas été en mesure d’accéder au site pour vérifier de manière indépendante le bilan ou les circonstances des faits. Selon les autorités iraniennes, l’explosion à Minab, dans le sud du pays, s’est produite au premier jour de la guerre, samedi dernier, et présente à ce jour le bilan humain le plus lourd du conflit, avec 150 morts.
La télévision publique iranienne et un média local ont identifié le site comme étant celui de l’école élémentaire de filles Shajare Tayyebeh, à Minab. Les images filmées depuis un parking montrent de la fumée noire s’échappant d’un bâtiment éventré, orné de fresques représentant des crayons de couleur, des enfants et une pomme. L’AFP a géolocalisé la vidéo : le site correspond à un bâtiment à Minab, dans la province d’Hormozgan, qui semble être une école – bien qu’il ne soit pas possible d’en vérifier la nature de source indépendante.
L’AFP a établi que le bâtiment était proche de deux sites contrôlés par le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC), la puissante garde idéologique du régime. La clinique Shahid Absalan, qui se trouve sous la direction de la marine des Gardiens de la Révolution, se trouve à 238 mètres du site bombardé. Le complexe culturel Seyed al-Shohada de l’IRGC se trouve à 286 mètres.
L’organisation de défense des droits humains Hengaw, dont le siège est en Norvège, a annoncé enquêter sur l’identité des élèves qui auraient été tués dans ce bombardement. Dans un communiqué, elle a expliqué que les cours du matin se déroulaient à l’école Shajare Tayyebeh au moment de l’incident et qu’environ 170 élèves auraient pu alors être présents. Selon cette ONG, la cible des frappes était les sites des Gardiens de la Révolution voisins – une affirmation que l’AFP n’a pas été en mesure de vérifier.
• L’Iran diffuse des images de l’enterrement
Selon les médias d’Etat, les funérailles d’au moins 165 personnes ont eu lieu mardi en Iran, dont celles d’élèves tuées dans la frappe présumée. La télévision a diffusé des images montrant une foule rassemblée autour de corps enveloppés dans des linceuls blancs. D’autres images montraient des cercueils ornés de drapeaux iraniens, certains portant la photographie d’un enfant.
Une troisième séquence diffusée par les médias d’Etat montrait une foule importante entourant des cercueils identiques avec une inscription en persan : « Funérailles des enfants morts à Minab ». Des images aériennes montraient des excavateurs creusant au moins une centaine de tombes sur un site non précisé. L’AFP n’a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante la date à laquelle ces images ont été filmées, ni les géolocaliser.
• Des comptes pro-Trump accusent l’Iran d’être responsable de la frappe
Selon « Libération », l’Iran a été pointé du doigt sur les réseaux sociaux, des internautes mettant en cause un missile iranien défaillant l’accusant d’être à l’origine de cette explosion. Le quotidien raconte par exemple que sur X, le compte « Throwback Iran », favorable à l’opposant iranien Reza Pahlavi et à Donald Trump, a affirmé que « les images montrent que ce qui a touché l’école était un tir de roquette raté du Corps des Gardiens de la révolution islamique, et non d’Israël ou les Etats-Unis ». Sa publication est accompagnée d’une photo censée montrer un missile défaillant, mais qui a été prise à 1 330 km de là, au nord-ouest de Téhéran.
• Une enquête du Pentagone en cours
« Tout ce que je sais, tout ce que je peux dire, c’est que nous examinons cette question. Bien sûr, nous ne visons jamais des cibles civiles, mais nous sommes en train de vérifier et d’enquêter là-dessus », a déclaré mercredi le ministre américain de la Défense Pete Hegseth en conférence de presse. Le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio avait annoncé lundi l’ouverture d’une enquête par le Pentagone.
• Une possible frappe américaine ?
Le bombardement de l’école pourrait être le fait d’un bombardement américain visant une base navale des Gardiens de la révolution située à proximité, selon une enquête publiée jeudi par le « New York Times ». De son côté, l’agence de presse Reuters, s’appuyant sur deux responsables américains anonymes, a indiqué jeudi que des enquêteurs militaires américains estimaient « probable » que les forces américaines soient « responsables » de la frappe qui a touché l’école, ajoutant toutefois que les investigations n’étaient pas terminées.
• Israël « pas au courant »
De son côté, l’armée israélienne a déclaré dimanche « ne pas être au courant » d’une frappe américaine ou israélienne contre une école. « A ce stade, nous n’avons pas connaissance d’une frappe israélienne ou américaine à cet endroit (…) Nous opérons de manière extrêmement précise », a assuré le porte-parole militaire, le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, lors d’un point presse en réponse à des questions sur la frappe.
• En représailles, l’Iran cible une base américaine aux Emirats
Les Gardiens de la révolution iraniens ont affirmé vendredi avoir ciblé une base aérienne américaine aux Emirats qui aurait, selon eux, servi pour lancer une frappe sur l’école. « La base aérienne Al-Dhafra, appartenant aux terroristes américains dans la région, a été ciblée par des drones et des missiles de précision », ont affirmé les Gardiens de la révolution, dans une déclaration diffusée par la télévision d’Etat iranienne.

