Le ministre de la Sécurité nationale d’Israël Itamar Ben Gvir et des députés célèbrent l’adoption du texte élargissant la peine de mort par la Knesset, le 30 mars 2026. ITAY COHEN/AP/SIPA
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Une énième ligne rouge a-t-elle été franchie ? Avec sa loi instaurant « la peine de mort pour les terroristes », adoptée lundi soir par la Knesset, Israël a été fustigé jusque parmi ses plus fervents soutiens. Car la loi se révèle être taillée sur mesure pour ne s’appliquer qu’aux Palestiniens reconnus coupables d’attaques anti-israéliennes meurtrières. Déposée par des députés d’un parti d’extrême droite issue de la coalition gouvernementale, elle a reçu le soutien du Premier ministre Benyamin Netanyahou.
Une loi sévèrement condamnée ce mardi 31 mars par le chef des droits de l’homme de l’ONU qui estime que son application constituerait un « crime de guerre ». Le même jour, le Conseil de l’Europe, organe de défense des droits de l’homme et de la démocratie sur le continent, a quant à lui menacé l’Etat hébreu d’exclusion.
Plus tôt, de nombreux chefs d’Etat européens se sont aussi opposés à ce texte. « Un pas de plus vers l’apartheid », a dénoncé le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez. Dimanche, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France et l’Italie ont dénoncé d’une même voix un texte pouvant « remettre en cause les engagements d’Israël en matière de principes démocratiques ». En France, la gauche est, sans surprise, vent debout, des socialistes aux insoumis, et dénonce une « loi raciste » issue de politiques d’« extrême droite ».
« La peine de mort, un aveu d’impuissance »
Fait marquant, des critiques ont été émises par des soutiens habituellement indéfectibles de l’Etat hébreu, qui ont pourtant toujours soutenu Israël depuis l’attaque du Hamas, le 7 octobre 2023.
C’est le cas de Julien Bahloul, journaliste franco-israélien et ancien porte-parole de l’armée israélienne. Sur X, celui qui intervient désormais régulièrement sur CNews pour commenter la situation au Moyen-Orient, a dénoncé l’adoption de cette loi. « Je suis contre la peine de mort en Israël. Elle n’a été utilisée qu’une seule fois dans l’histoire du pays, contre [Adolf] Eichmann, et j’espère que cela restera le seul cas », a-t-il écrit sur le réseau social.
Même son de cloche chez Caroline Yadan, députée de la circonscription des Français de l’étranger englobant Israël, pourtant connue pour son soutien à l’Etat hébreu. Elle avait notamment déposé une proposition de loi controversée, visant à lutter « contre les nouvelles formes d’antisémitisme ». Une initiative critiquée et accusée de faire l’amalgame entre l’antisémitisme et le sionisme.
Pourtant le gouvernement israélien est cette fois-ci allé trop loin pour elle. « La peine de mort n’est pas une justice. Elle est un aveu d’impuissance », a-t-elle écrit sur X, citant Robert Badinter, père de l’abolition de la peine de mort en France. « Refuser la peine de mort, ce n’est pas minimiser les crimes. C’est affirmer que la loi doit être plus grande que la violence », a ajouté Caroline Yadan.

