De la fumée après une explosion à Téhéran, en Iran, le 28 février 2026. ATTA KENARE / AFP
Les Etats-Unis et Israël ont mené ce samedi 28 février une série de frappes contre l’Iran, le diffuseur public israélien rapportant que le guide suprême avait été visé. Peu de temps après l’attaque, la République islamique ripostait par des salves de missiles, faisant craindre un embrasement régional.
• Fortes détonations entendues samedi matin à Téhéran
À Téhéran, la capitale iranienne, plusieurs fortes détonations ont été entendues samedi matin par des journalistes de l’Agence France presse. Des panaches de fumée s’élevaient dans le centre, l’est et l’ouest de la capitale, où des ambulances ont été envoyées. Tandis que des habitants se précipitaient chez eux pour se mettre à l’abri, des parents paniqués tentaient au contraire de récupérer leurs enfants à l’école. De nombreux embouteillages se sont formés dans le centre et de longues files devant les boulangeries.
D’après l’agence de presse Isna, le quartier Pasteur, où se trouve notamment la résidence du guide suprême et la présidence, dans le centre de Téhéran, ont été visés. Un important dispositif de sécurité déployé dans la capitale, les rues sont bloquées autour du quartier de la résidence du guide suprême Ali Khamenei, a constaté un journaliste de l’AFP.
Des explosions ont également touché selon les médias iraniens les villes d’Ispahan, Qom, Karaj, Kermanshah, Minab, Lorestan et Tabriz, aux quatre coins du pays.
Vers 16h30, heure de Paris, l’armée israélienne a annoncé mener de nouvelles frappes en Iran, visant des lanceurs de missiles. L’armée de l’air israélienne « a commencé un survol et frappe actuellement des lanceurs de missiles en Iran afin de déjouer la menace qui pèse sur l’Etat d’Israël », indique un bref communiqué militaire.
• Une opération israélienne et américaine
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a confirmé une « opération » conjointe, baptisée côté israélien « Lion rugissant », contre la « menace existentielle que fait peser le régime terroriste en Iran ».
L’armée israélienne a annoncé que ses frappes menées sur l’Iran en coordination avec les Etats-Unis avaient visé des « dizaines d’objectifs militaires » et avaient été menées après des mois de planification entre les deux pays alliés. « Durant les mois qui ont précédé l’attaque, une planification rapprochée et conjointe entre les armées israélienne et américaine a été menée, permettant la mise en œuvre d’une vaste attaque en pleine synchronisation et coordination entre les deux armées », a déclaré l’armée dans un communiqué.
Ces frappes continueront « aussi longtemps que nécessaire », selon une source sécuritaire. L’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême iranien, et le président Massoud Pezeshkian figurent parmi les cibles visées, a rapporté la radio-télévision publique israélienne KAN.
Israël est engagé dans une opération « décisive et sans précédent » contre l’Iran, a affirmé le chef d’état-major, le lieutenant-général Eyal Zamir. « Nous faisons à présent face à une opération majeure, décisive et sans précédent, visant à démanteler les capacités du régime terroriste iranien – des capacités qui constituent une menace existentielle permanente pour la sécurité de l’Etat d’Israël », a déclaré le général Zamir dans une intervention à la télévision.
Côté américain, Donald Trump a annoncé que les Etats-Unis avaient lancé une « opération de combat majeure » contre l’Iran baptisée « Fureur épique ». Dans un message vidéo sur sa plateforme Truth social, il a promis de « détruire » les capacités de missiles de la République islamique et de « réduire à néant » sa marine, assurant que l’objectif américain était d’« éliminer des menaces imminentes » causées par Téhéran. Au peuple iranien, il a lancé depuis sa résidence de Palm Beach en Floride : « L’heure de votre liberté est à portée de main. »
« Quand nous aurons terminé, emparez-vous du pouvoir, ce sera à vous de le faire », a-t-il dit dans un message vidéo. « Aux membres des Gardiens de la Révolution islamique, aux forces armées, et à toute la police, je dis aujourd’hui que vous devez déposer les armes et avoir une immunité totale ou, dans le cas contraire, faire face à une mort certaine », a ajouté Donald Trump.
• Le gouvernement iranien appelle les habitants de Téhéran à évacuer
Le gouvernement iranien a appelé les habitants de Téhéran à quitter la capitale « tout en gardant (leur) calme », après des frappes israéliennes et américaines.
« Compte tenu des opérations conjointes menées par les Etats-Unis et le régime sioniste [Israël] contre Téhéran et certaines grandes villes, prenez, si possible et tout en gardant votre calme, la direction vers d’autres villes », ont écrit les autorités dans un SMS envoyé sur les téléphones iraniens et reçu par l’Agence France presse.
• L’Iran entend répondre « fermement aux agresseurs »
Le président iranien Massoud Pezeshkian est « sain et sauf », a rapporté l’agence de presse officielle Irna. « Le président Massoud Pezeshkian est sain et sauf et il n’a aucun problème », écrit l’agence Irna. Cette information est reprise par les agences Mehr et Isna.
La télévision d’Etat iranienne a confirmé samedi ce qu’elle a décrit comme une « agression aérienne du régime sioniste » après une série d’explosions entendues à Téhéran. Selon l’agence de presse Fars, « sept impacts de missiles ont été signalés dans les quartiers Keshvardoust et Pasteur » à Téhéran, secteur où se situe la résidence du guide suprême, Ali Khamenei.
« Les forces armées de la République islamique répondront fermement aux agresseurs », a averti le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué, ajoutant que l’Iran avait fait « tout le nécessaire pour éviter la guerre ». « De même que nous étions prêts à négocier, nous sommes aujourd’hui plus que jamais préparés à défendre la nation iranienne », a-t-il ajouté.
• Au moins 85 morts dans une école au sud de l’Iran
Au moins 85 personnes ont été tuées lors d’une frappe contre une école de filles dans le sud de l’Iran, ont rapporté plusieurs médias iraniens. Le président, Massoud Pezeshkian, a condamné cette attaque qu’il a qualifiée de « barbare ». « Cet acte barbare constitue une nouvelle page noire dans le bilan des innombrables crimes commis par les agresseurs », a déclaré Massoud Pezeshkian dans un communiqué.
• Des frappes vers Israël et plusieurs pays du Golfe en représailles
À Jérusalem et dans plusieurs régions d’Israël, des explosions ont été entendues par des journalistes de l’AFP. Les sirènes d’alerte antiaériennes ont retenti, l’armée assurant avoir détecté des tirs de missiles en provenance d’Iran. Les autorités ont instauré un « état d’urgence spécial et immédiat » et fermé l’espace aérien aux vols civils. Les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, ont annoncé le lancement d’une « première vague d’attaques massives » contre Israël. Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Aragchi, a qualifié de « cibles légitimes » l’ensemble des sites impliqués dans des opérations contre l’Iran.
Des explosions ont aussi été entendues à Ryad et à Abou Dhabi, et des bases américaines visées à Manama et à Doha. Les Emirats arabes unis ont dit avoir intercepté des missiles iraniens, et le Qatar a indiqué avoir « repoussé » plusieurs attaques visant son territoire. La Jordanie a elle déclaré avoir abattu deux missiles balistiques visant le royaume. Au moins une personne a été tuée dans la capitale émiratie par des débris de missiles, selon le ministère de la Défense.
Les Etats-Unis avaient auparavant demandé à leur personnel diplomatique et à leurs ressortissants dans le Golfe de « se mettre à l’abri ».
• Réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU
Le Conseil de sécurité des Nations unies doit se réunir ce samedi à 22 heures, heure de Paris, (16 heures à New York) pour évoquer « la situation au Moyen-Orient » après l’opération militaire lancée par Washington contre l’Iran, a annoncé l’ONU.
Cette réunion se tiendra à l’initiative de la France et du Bahreïn, a indiqué la mission israélienne à l’ONU. Antonio Guterres, le chef de l’institution internationale, a condamné « l’escalade » dans la région et appelé à « l’arrêt immédiat des hostilités ».
• Regain de tensions ces dernières semaines
Depuis le début des pourparlers entre les Etats-Unis et l’Iran ces dernières semaines, Israël insiste pour inclure dans toute négociation la limitation des missiles balistiques et le gel du soutien de l’Iran aux groupes armes de la région, comme les rebelles Houthis du Yémen, le mouvement islamiste libanais Hezbollah ou le Hamas palestinien.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, partisan de l’option militaire contre Téhéran, présente depuis vingt ans la République islamique comme une menace existentielle pour Israël. Les Etats-Unis ont privilégié la voie diplomatique ces dernières semaines, tout en maintenant la pression militaire sur Téhéran avec le déploiement d’une importante force aéro-navale dans le Golfe et l’envoi en Méditerranée du plus gros porte-avions du monde, le Gerald Ford.
En juin 2025, Israël et l’Iran se sont livrés une guerre de 12 jours, déclenchée par une attaque sans précédent d’Israël ayant visé en premier lieu le commandement militaire iranien ainsi que les lanceurs de missiles et les installations du programme nucléaire. Les Etats-Unis s’étaient joints à l’offensive de leur allié en frappant trois sites nucléaires iraniens.

