Fin octobre 2024, un embarquement vers l’Espagne a mal tourné à l’aéroport de Toulouse-Blagnac. En cause, un bagage trop épais et un voyageur non concerné mais très critique. Fin du voyage devant le tribunal.
Impeccable, tout de noir vêtu, une petite barbe bien taillée, Selim annonce “faire valoir son droit au silence”. Cela ne va pas durer. Ce responsable d’entreprise, âgé de 61 ans, parvient même à pousser le président Pico, pas connu pour ses excès verbaux, à un début de colère. De quoi parle-t-on devant le tribunal correctionnel de Toulouse ?
D’un embarquement vers Valence, à bord d’un vol de Ryanair le 29 octobre 2024 au départ de l’aéroport de Toulouse-Blagnac. L’hôtesse qui assurait le contrôle a demandé à une passagère de vérifier son bagage dans le gabarit. Il ne passait pas.
Les excès d’un système ?
“Je lui ai fait remarquer que j’avais voyagé sans souci dans plusieurs aéroports européens avec le même sac. Sa réponse n’a pas été très aimable”, confie cette femme, venue spécialement depuis Bordeaux pour témoigner à l’audience. “J’allais sortir deux pulls et un manteau. Ce monsieur m’a encouragée”. Le début d’une embrouille, devenue un sujet sans fin sur les réseaux sociaux.
Le chef d’entreprise, habitué des séjours en Espagne pour son travail, a poussé la critique, reprochant à la compagnie irlandaise sa politique tarifaire sur les bagages. L’hôtesse, employée par un prestataire de services de l’aéroport, est vite devenue la cible de remarques acerbes. “Je n’en voulais à personne. C’est le système et ses excès que je dénonce”, explique le prévenu.
Quand même traitée “de blonde décolorée”, la professionnelle s’est crispée, a annoncé que le passager n’embarquerait pas. Il a forcé le passage, s’est retrouvé dans la zone sécurisée. Les excuses réclamées ne viendront jamais. Plus de 30 minutes de mots peu doux, “parfois lunaires”, note le président. Des policiers ont essayé de calmer la situation. Sans succès. “Il espérait une médiation”, prévient son avocate, Me Souad Derghal.
Référence à la déportation…
Selim est finalement embarqué, porté (!) parce que refusant de sortir, et il est placé en garde à vue pendant 40 heures. “Il nous a comparés aux policiers de Vichy, responsables de la déportation des juifs”, se souvient un policier qui n’a pas digéré. “Mon grand-père a été déporté”, indique ce brigadier de la police aux frontières.
Selim a beau affirmer le contraire, son excitation-crispation devant ses juges rappelle les images vidéo de l’aéroport où ses bras s’agitaient. La procureure, agacée, requiert une amende et un stage de citoyenneté. La défense obtient la relaxe sur l’intrusion dans la zone interdite mais Selim est condamné pour outrage et injures publiques : 1 000 euros d’amende et un stage de citoyenneté. Plus 600 euros pour chaque policier, et 800 euros pour l’hôtesse défendue par Me Hélène Pronost.
Ryanair l’a aussi interdit de vol pendant un an. “Il a dû abandonner son activité à Valence”, regrette son avocate. Le sac à problème, et sa propriétaire, ont eux pris l’avion, sans supplément bagage. Comme les autres voyageurs. Selim s’indigne encore : “Ils ont préféré tourner la tête”.

