April 11, 2026

RÉCIT. "Il aurait pu nous tuer… cela aurait été plus facile" : la fille aînée de 17 ans raconte la nuit où son père, Sébastien Bettencourt, a tué leur mère

l’essentiel
Elle a parlé d’une voix basse, presque brisée. À 17 ans, l’aînée des cinq filles de Sébastien Bettencourt a raconté devant la cour d’assises la nuit du drame, les cris, la peur, la découverte du corps. Un moment d’une intensité bouleversante qui a suspendu l’audience, ce vendredi 10 avril 2026 à Montauban.

Au troisième jour du procès de Sébastien Bettencourt, devant la cour d’assises à Montauban (Tarn-et-Garonne), le silence s’est fait plus dense encore lorsque Mélissa (le prénom a été modifié) s’avance à la barre. Dix-sept ans aujourd’hui, quatorze ans le jour du drame, l’aînée de cette fratrie de cinq filles livre un témoignage rare, fragile, presque retenu — et d’une force saisissante.

Elle s’installe aux côtés de son administratrice ad hoc, Nadège Frauciel, directrice de France Victimes Avir 82. La voix est basse, à peine audible. Les mots peinent à sortir. “Je voulais vraiment parler pour mes petites sœurs et ma maman.”

Un souffle, presque un aveu. Puis, comme pour s’excuser d’être là : “C’est compliqué pour commencer… Vous avez des questions ?”, demande-t-elle à la présidente, Marie Leclair. La magistrate l’accompagne, pas à pas. “Comment allez-vous ?”

— Stressée… Je m’attendais à me sentir pire que ça

— Qu’est-ce qui est difficile ?

— De revoir Sébastien. Au début, je ne l’ai pas reconnu.

— Pourquoi vouliez-vous parler ?

— C’était important… même si elles ne sont pas là, pour mes petites sœurs. La plus petite m’a dit : “Il aurait pu nous tuer, cela aurait été plus facile… et même mieux.” Je partage aussi son avis… cela aurait été moins difficile.”

La voix tremble, se casse. Dans la salle, personne ne bouge. On entendrait presque les respirations.

Les nuits d’après : la peur, partout

Elle raconte ensuite les semaines d’après. L’après, ce temps suspendu où rien ne revient à la normale. “Je ne pouvais pas dormir. Il fallait toujours que la porte reste ouverte. J’avais peur qu’il revienne… Dès que je ne voyais plus mes sœurs, je commençais à stresser.”

Les mots sont simples, presque enfantins. Ils frappent d’autant plus fort. “Même avec mon papi et mon tonton, je n’étais pas rassurée par la présence des hommes… Maintenant, ça va mieux.”

La présidente relance, doucement : “Qu’attendez-vous de ce procès ?” “Que Sébastien ait ce qu’il mérite. Ce qu’il a fait, cela nous a détruites. J’ai peur qu’il sorte un jour.”

La nuit du drame : “J’ai entendu maman crier”

Puis viennent les faits. La nuit du 13 mars 2023, à Lamothe-Capdeville. Les cinq fillettes sont dans la maison. “La veille, il n’était pas trop de bonne humeur… L’ambiance n’était pas incroyable. Après le repas, avant d’aller se coucher, on est allées embrasser maman dans sa chambre parce qu’elle était malade.”

Un détail banal, presque tendre. Et pourtant. “Je me suis réveillée à 4 heures… ce qui n’est pas dans mon habitude. J’ai entendu maman crier. Je me suis demandé ce qui se passait. J’ai pensé qu’elle se disputait avec Sébastien. J’avais peur de descendre…”

Elle s’interrompt, reprend son souffle. Les sanglots montent, retenus. “J’ai entendu Sébastien faire les cent pas dans le couloir… et là, je l’ai entendu dire : “Repose en paix.”

Dans la salle, les regards se figent. Un juré baisse les yeux. Un autre serre les lèvres. “Je crois qu’il m’a entendue bouger dans mon lit. Il est entré dans la chambre et m’a demandé si ça allait bien. Je lui ai dit “oui”. Il a fermé la porte.”

L'assistance est restée figée lors du témoignage de l'ainée de la fratrie Bettencourt
L’assistance est restée figée lors du témoignage de l’ainée de la fratrie Bettencourt
DDM – MANUEL MASSIP

La découverte : “On a vu le corps de maman au sol”

Le récit bascule ensuite dans l’insoutenable. “Vers 7 h 30, mes petites sœurs sont venues me réveiller. Elles étaient inquiètes de ne pas voir maman. C’est elle qui nous lève pour aller à l’école…”

La porte de la chambre est fermée. Les deux aînées échangent. Un doute, diffus, déjà là. “Avec ma sœur, on est allées voir maman. On avait peur… on avait comme un pressentiment. Il y avait des gouttes de sang sur la porte.”

Un frisson parcourt l’auditoire. “J’ai allumé… on a avancé… et là, on a vu le corps de maman au sol.” Elle ne parvient pas à entrer. “C’est ma sœur qui a soulevé le drap. Moi, je l’ai vue de loin. Elle a eu un moment d’absence… puis elle s’est mise à crier. Et moi aussi.”

Les mots tombent, bruts. “On est parties dans le salon. On paniquait. Après, on a appelé les pompiers… et notre papi. Il a eu du mal à comprendre quand on lui a dit qu’il (Sébastien) avait tué maman.” Elle s’effondre, son avocate Valérie Durand s’approche pour la consoler.

Les appels aux secours : trois déflagrations

La cour écoute ensuite les enregistrements des appels passés aux secours. Trois appels. Trois déflagrations. La voix d’une enfant de douze ans, brisée : “Elle est morte !”

Puis, saccadée, étranglée : “C’est notre papa qui l’a tuée… maman est toute blanche…”

Et enfin, dans un souffle : “J’ai très peur qu’il revienne.”

Silence de plomb. Les jurés comme l’assistance sont touchés, certains ont les yeux rougis, au bord des larmes. Sur les bancs, les avocats restent figés. Pendant quelques secondes, plus personne ne semble respirer normalement.

Dans cette salle d’audience, ce troisième jour aura fait basculer le procès dans une autre dimension — celle, irréductible, de la parole d’enfants brisés, hantés par une nuit qui les a privés à jamais de leur mère.

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