February 20, 2026

ENTRETIEN. Inondations : "Il faut créer des réserves d’eau" pour Michel Pélieu, président du département des Hautes-Pyrénées

l’essentiel
Michel Pélieu, le président du Conseil département des Hautes-Pyrénées revient sur l’épisode de pluies torrentielles de ces dernières semaines. Et il répète la nécessité de créer des réserves d’eau, “pour transformer les risques en richesses”.

Michel Pélieu, le département n’a pas été épargné par les pluies, sans pour autant être victime de crues majeures. Mais ce n’est pas passé loin…

Non, ce n’est pas passé loin, des millions de mètres cubes d’eau sont tombés en quelques jours, les rivières débordent, les nappes sont pleines, et on regarde passer l’eau, sans moyen de la stocker, de la capter quand elle abonde, ce qui permettrait de la restituer plus tard, en période de sécheresse, pour l’irrigation ou lors des périodes de tension lors des étiages. C’est une simple question de bon sens, il faut arrêter avec le dogmatisme et avoir du pragmatisme, pouvoir réguler les débits et rendre la ressource disponible au moment où elle est la plus utile.

"Ne rien faire, c’est accepter les crues de l’hiver et les sécheresses l’été".
“Ne rien faire, c’est accepter les crues de l’hiver et les sécheresses l’été”.
NR – DDM

Il faut donc créer des réserves ?

C’est l’évidence même. Ces situations extrêmes ne sont pas des fatalités climatiques, elles sont le résultat de choix réglementaires qui ont sanctuarisé la ressource et les milieux aquatiques. Bien sûr, protéger nos rivières, nos écosystèmes et la biodiversité est indispensable. Mais justement, créer des réserves va dans ce sens, elles ont un rôle d’écrêteur de crues. La biodiversité est attaquée lors des périodes de crues ou de sécheresse. Le pire, c’est que c’est un problème franco-français, chez nos voisins espagnols, 50 % de l’eau de pluie est captée est stockée, contre 4,7 % en France, et 2 % en Occitanie. Après, je n’aime pas le terme souvent utilisé de “retenues”, je préfère parler de réserves, ça a davantage de sens. On réserve l’eau pour plus tard, il ne s’agit pas de la gaspiller, au contraire. Et on peut même la valoriser.

La valoriser de quelle manière ?

En installant des microcentrales, voire des picocentrales, encore plus petites, qui produisent une énergie renouvelable sur le modèle des barrages hydroélectriques. Ces centrales miniatures peuvent alimenter des maisons, voire des quartiers. Ces réserves ont donc aussi un enjeu économique, en produisant une énergie propre, disponible lors des périodes hivernales où on en a le plus besoin. L’eau n’est pas un sujet idéologique, c’est un enjeu vital, et il ne s’agit plus de choisir entre écologie et aménagement, au contraire, il faut avoir une vision globale, il faut repenser l’ensemble des règles, ménager les divers usages, le tout de manière intelligente et sans dogmatisme. Si on ne fait rien, c’est accepter les inondations l’hiver et les sécheresses l’été. On ne peut plus se permettre cette absurdité de passer de l’abondance d’aujourd’hui à la pénurie de demain.

Où sont les freins, alors, pour ces réserves ?

Nous n’avons pas la maîtrise d’ouvrage, c’est l’Institution Adour qui, sous l’égide de l’État, peut décider de la création de ces réserves. Il faut qu’elle prenne ces dossiers en mains, l’urgence est là. Bien sûr, nous serons partenaires, et faciliterons de telles installations qui n’offrent que des avantages, en matière de régulation des débits, de préservation de la ressource et de production d’énergie. Or, le moindre projet est compliqué, immédiatement attaqué. Sur certains sujets, il me semble que nous marchons sur la tête.

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