Les catastrophes naturelles menacent les agriculteurs de Port-Sainte-Marie. La rupture d’une digue a inondé jusqu’à 300 hectares de cultures. Les producteurs craignent la fonte des neiges, qui pourrait aggraver la situation.
Les agriculteurs sont systématiquement les premiers exposés aux catastrophes naturelles. Les récents caprices de la météo ont causé des dommages irrémédiables sur de nombreuses cultures.
À Port-Sainte-Marie, Patrick Paul, producteur, a vu, à la louche, « entre 250 et 300 hectares de cultures sous la flotte ».

« Derrière moi, j’ai des kiwis sous l’eau. Ils sont très sensibles à l’asphyxie racinaire et à l’excès d’eau, ça va les mettre en danger au printemps, il y aura des pertes d’arbres, voire des pertes de vergers. C’est dommageable, parce qu’un arbre, on le plante, ça ne pousse pas en quelques jours. » La digue de Port-Sainte-Marie a lâché à peu près en même temps que celle d’Aiguillon.
« Ce qu’il s’est passé, c’est qu’au moment où la digue a cédé, le 13 février vers 10 heures, on a vu sortir une espèce de geyser… et la digue est partie, et ça a englouti toute la plaine ! », décrit Patrick Paul, encore secoué. Nous avions déjà essayé de combler le trou de la digue, malheureusement, la terre était tellement mouillée, ça n’a pas fonctionné. Vous vous en doutez, on fait face à des pertes d’arbres et de fonds importantes. »
L’angoisse de la fonte des neiges
Hier, le préfet de Lot-et-Garonne Bruno André s’est rendu à sa rencontre en compagnie de la présidente de la chambre d’agriculture Karine Duc. Après l’exploitation de Port-Sainte-Marie, ils devaient enchaîner avec des producteurs de Laparade et Sainte-Bazeille. D’autres agriculteurs, voisins de Patrick Paul, sont venus en soutien, eux aussi touchés par les inondations.
« Monsieur le préfet, la priorité absolue, dans l’immédiat, c’est de renforcer cette digue, ne serait-ce qu’amener des sacs de sable pour la renforcer, au moins provisoirement », ont-ils asséné. C’est très important pour les générations futures, qu’elles n’aient pas à subir ça. »

Patrick Paul soupçonne des nuisibles, du type taupes ou mulots, d’être à l’origine de l’endommagement de la digue.
« Un tout petit trou de rongeur, qui s’est mué en plusieurs galeries, ça a dégénéré, et il y a eu le geyser. L’animal est l’élément déclencheur, mais surtout, la digue a été refaite en 1977, aux normes de 1977. Pour moi, elle a été retapée de façon trop étroite. »
L’autre crainte des agriculteurs concerne la prochaine fonte des neiges dans les Pyrénées. « Il y a eu des chutes exceptionnelles dans les montagnes, on n’avait pas vu ça depuis une vingtaine d’années », observe une productrice. « Si ça fond très rapidement, c’est là que le risque de nouvelles crues s’aggrave. Et à la moindre pluie à venir, la Garonne va ressortir. »
« Notre région s’appelle Aquitaine, ce n’est pas pour rien ! »
« Déjà en 1930, les inondations étaient concomitantes à la fonte des neiges et aux fortes pluies », rappelle Karine Duc.
« Et nous sommes quand même dans une région qui s’appelle Aquitaine… Ce n’est pas pour rien », souligne une agricultrice.
Les exploitants appellent à la main-d’œuvre pour les aider à nettoyer et sauver ce qui peut l’être. Nombreux sont ceux qui demanderont la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle. « C’est primordial, pour que les assurances aient un levier d’action plus rapide », déclare Karine Duc.

