Les commerçants cadurciens tirent la sonnette d’alarme face à un stationnement et des loyers jugés trop chers, entraînant des locaux vacants et une baisse de fréquentation. Les candidats aux municipales, eux, apportent des solutions divergentes pour revitaliser le centre-ville.
Dans la rue du Maréchal Joffre, à Cahors, en ce jour de fin de semaine, les portes des magasins restent souvent fermées. À l’intérieur, les commerçants attendent de voir les clients affluer. Mais depuis quelques années, ils se font de plus en plus rares. “Le stationnement est très cher. C’est gratuit le samedi après-midi mais ce n’est pas suffisant pour que les gens aient envie de se déplacer, lâche amèrement Romane Suhner qui tient, avec sa maman, la boutique de vêtements Kaprice. Les clients ont 30 minutes gratuites donc dès qu’ils approchent de la fin, ils s’en vont.”
Le stationnement semble le premier gros point noir. À quelques rues de là, sur le boulevard Gambetta, Michèle Seigne, commerçante depuis 45 ans, le constate également. “On comprend les clients mais on le déplore. Il faudrait mettre au moins une heure pour que les clients aient le temps de faire deux courses”, appuie celle qui tient la boutique Ambiance et Styles. Les clients, eux, acquiescent. Derrière les Halles de Cahors, place Chapou, un commerçant échange avec sa cliente. Ensemble, ils appuient ce constat. “Pour se garer, c’est la catastrophe”, soutiennent-ils. Et d’ajouter, soulevant une autre problématique : “Plus ça ferme moins on a envie de venir. Depuis cinq ans, j’ai l’impression qu’il y a de moins en moins de commerces.”
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“Il y a de plus en plus de locaux vacants”
Michèle Seigne, qui a tenu plusieurs commerces, se souvient d’une époque où les commerçants “se battaient” pour avoir un local sur le boulevard. Un temps, selon elle, révolu. “Il y a de plus en plus de locaux vacants, laissés à l’abandon. La municipalité devrait accélérer les choses pour qu’on n’ait pas cette verrue dans le centre historique”, soutient-elle en pointant du doigt l’ancienne boutique de l’opérateur téléphonique SFR. Et de poursuivre : “Il faut essayer de faire revenir de la diversité dans les commerces. Si tous les commerces sont à l’extérieur, les touristes vont trouver ça tristounet !”

Chez Pygmalion, Julie Bertrand observe également les vitrines se fermer. “C’est la période aussi. Le printemps est creux mais beaucoup de boutiques ont fermé”, appuie-t-elle en mentionnant d’anciens voisins. Un point qu’elle juge également lié à des problématiques financières.
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“On a 500 m², on pourrait facilement atteindre les 5 000 euros”
“Les loyers sont trop onéreux. Les propriétaires ne jouent pas le jeu. Et la taxe foncière à Cahors n’est pas allégée. La mairie et les propriétaires doivent travailler main dans la main”, soumet-elle en mentionnant des commerçants dont les loyers s’élèvent à plus de 1 000 euros. Et de compléter, sur sa situation personnelle : “Les locaux sont à mon père donc c’est différent pour nous. On a 500 m², on pourrait facilement atteindre les 5 000 euros”, souffle la commerçante.

Face à cette problématique, Romane Suhner, commerçante de 28 ans, ne cache pas son exaspération. “On se croirait sur les Champs-Élysées à Paris. Les loyers sont très chers. Quelqu’un qui veut se lancer n’est pas motivé avec le prix des loyers. Ça n’incite personne à s’installer”, souffle celle qui paie 1 000 euros pour des locaux de 50 m² sans compter la réserve. À cela s’ajoutent aussi l’eau et l’électricité. À l’approche des élections municipales, les commerçants cadurciens souhaitent que le problème soit pris à bras-le-corps.
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D’emblée, les candidats à la mairie de Cahors s’accordent sur un même point : instaurer une heure de gratuité quotidienne du stationnement en ville. Pour le reste, les propositions diffèrent.
Pour la municipalité sortante, Vivien Coste, tête de liste “Au quotidien et pour demain”, propose, côté accessibilité, la création de nouveaux parkings, dont une cinquantaine de places près du palais de justice et un parking à rotation rapide, comme Galdemar, sur la place Chapou, qu’il souhaite piétonniser. Il veut également expérimenter le dispositif national de chèque-cadeau local pour limiter le recours à la vente en ligne et développer des “boutiques à l’essai”, des locaux où les commerçants peuvent tester leur modèle économique à loyer modéré. Il propose également d’acquérir certains rez-de-chaussée ciblés pour les rénover et s’engage à ne pas augmenter les taux d’imposition de la taxe foncière.
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À l’inverse, Elsa Bougeard, tête de liste de “Cahors en commun”, s’oppose à toute création de nouvelles places en centre-ville. “Toutes les études montrent que plus on sort la voiture du centre-ville, plus celui-ci devient attractif. Il faut un centre-ville où l’on peut marcher en sécurité, avec des rues piétonnes, des pistes cyclables, des bancs, de l’ombre etc.”, soutient-elle. Elle souhaite également racheter des baux vacants pour proposer des loyers modérés, la gratuité des premiers mètres cubes d’eau pour alléger les coûts liés aux fluides et empêcher les extensions et l’ouverture de nouvelles zones commerciales à l’extérieur à travers le plan local d’urbanisme.
Enfin, Ghyslaine Jacques-Hureaux, candidate de la liste “Cahors Espérance”, propose de préempter certaines boutiques afin d’y installer, avec un loyer incitatif, des enseignes attractives. Elle souhaite également renforcer la sécurité du centre-ville, de “faire en sorte que la taxe foncière n’augmente pas” et mieux répartir la police municipale.

