Emmanuel Macron sera en Inde de mardi à jeudi. LUDOVIC MARIN / AFP
En déplacement en Inde de mardi à jeudi, Emmanuel Macron va rencontrer le Premier ministre Narendra Modi afin de consolider le partenariat stratégique entre Paris et New Delhi. Au cœur de la visite : la finalisation d’un nouveau contrat historique portant sur des avions de combats Rafale. Ce ne sont pas moins de 114 chasseurs commandés par l’Inde auprès de Dassault Aviation, après en avoir déjà acheté 36 Rafale pour l’armée de l’Air et 26 pour la Marine indiennes depuis 2016. C’est le plus gros contrat jamais signé pour l’entreprise française : 33 milliards d’euros.
Le ministère indien de la Défense a donné jeudi son feu vert à cette acquisition, un « jalon très important » vers un contrat « historique », s’est félicité la présidence française, qui se veut « optimiste » sur les négociations à venir avec Dassault.
L’enjeu est industriel autant que diplomatique. Pour le constructeur français, il s’agit de consolider sa présence sur l’un des marchés de la défense le plus dynamique au monde. Pour Paris, la relation avec New Delhi s’inscrit dans une stratégie indo-pacifique visant à renforcer les partenariats face aux tensions régionales et la montée en puissance de la Chine.
Pour l’Inde, il s’agit de gagner également en autonomie stratégique alors que le pays est sous pression américaine, à coups de sanctions, pour cesser ses achats de pétrole russe. Ce contrat d’achat de Rafale fait l’objet de discussions ardues depuis des années, le gouvernement indien réclamant un vaste transfert de technologies et la fabrication locale d’une partie des appareils. Des médias indiens, citant des sources gouvernementales anonymes, affirment que l’accord final prévoirait que Dassault Aviation fabrique au moins 90 avions de combat dans le pays.
Cela s’inscrit dans le cadre de l’initiative « Make in India », lancée en 2014 par le Premier ministre nationaliste Narendra Modi pour renforcer l’industrie de défense nationale en encourageant les entreprises étrangères à produire en Inde.
Le pays le plus peuplé de la planète, avec 1,4 milliard d’habitants, a fait de la modernisation de son armée une priorité absolue notamment en raison des tensions avec la Chine et le Pakistan, deux pays voisins dotés de l’arme nucléaire.
Stratégie européenne
Le président français entamera mardi sa visite à Bombay, puis se rendra à New Delhi. C’est son quatrième déplacement en Inde depuis 2018, qui sera ponctué par une série d’événements au côté du Premier ministre indien.
Emmanuel Macron emboîtera le pas au chancelier allemand Friedrich Merz et au duo exécutif de l’Union européenne Antonio Costa et Ursula von der Leyen qui a conclu « l’accord de libre-échange de tous les accords » avec l’Inde le 27 janvier en pleine fièvre protectionniste américaine.
Les deux dirigeants inaugureront à distance depuis Bombay une chaîne d’assemblage d’hélicoptères Airbus H125 construite à Bengalore (sud). Ils vont continuer ainsi à « ancrer la relation bilatérale en la tournant résolument vers l’avenir », fait valoir l’Elysée.
Une centaine de chefs d’entreprises présents
La France est aussi soucieuse de diversifier son commerce vers l’Inde, pays le plus peuplé du monde, de la santé à l’intelligence artificielle. « Il y a un besoin de diversification important pour les entreprises françaises qui étaient très exposées sur la Chine et les Etats-Unis », pointe l’Elysée, alors que l’Inde est en passe de devenir la quatrième économie mondiale.
Une centaine de chefs d’entreprises seront présents sur l’ensemble de la visite, des PDG d’EDF, Schneider Electric, CMA-CGM, Safran, Dassault et Naval Group aux patrons de startup de l’intelligence artificielle telles Owkin et H.
« Le commerce bilatéral avec l’Inde se chiffre aujourd’hui à 15 milliards d’euros. Mais on a un potentiel encore inexploité, ces échanges peuvent se renforcer », souligne la présidence française.
Emmanuel Macron et Narendra Modi donneront jeudi le coup d’envoi d’un sommet de l’IA à New Dehli, dans la foulée de celui de Paris en février 2025, avec l’idée de ne pas laisser le champ libre dans ce domaine aux États-Unis et à la Chine.
Ils porteront également cette année le multilatéralisme à la tête respectivement du G7 et du groupe des Brics, à un moment ou celui-ci est vivement remis en cause par Donald Trump.
Le remaniement attendra
Ce déplacement intervient dans un contexte où un remaniement du gouvernement est attendu dans les prochains jours, notamment pour acter le départ de Rachida Dati, ministre de la Culture, en campagne pour les municipales à Paris.
Toutefois, en l’absence du chef de l’Etat, aucune décision institutionnelle majeure ne peut être formellement engagée. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, devra attendre le retour du président en France pour toute annonce éventuelle.

