February 15, 2026

"Ce n’est pas une obligation systématique" : pouvait-on éviter l’abattage total des troupeaux touchés par la DNC ?

l’essentiel
Vingt-six vétérinaires, dont plusieurs Ariégeois, questionnent la méthode employée dans la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse dans une nouvelle lettre ouverte envoyée à des représentants de la profession. Pour eux, d’après les textes européens en vigueur, l’abattage n’était pas le moyen de lutte obligatoire, d’autres solutions pouvaient être mises sur la table sur les territoires touchés, comme l’Ariège.

Plusieurs semaines après l’apparition des nouveaux cas de dermatoses nodulaires contagieuses (DNC), les vétérinaires d’Ariège et d’ailleurs font le point. Dans une nouvelle lettre ouverte envoyée au président du conseil national de l’ordre des vétérinaires, au président du syndicat national des vétérinaires exerçant en libéral et à la présidente de la société nationale des groupements techniques vétérinaires, ils sont 26 professionnels à s’exprimer, dont quatre Ariégeois.

L’objet de leur message : “la légitimité de l’analyse critique des vétérinaires face aux mesures de gestion de la dermatose nodulaire contagieuse”.

Des “interrogations” et des “réserves”

Sur deux pages, les vétérinaires posent un discours sans critique directe ou accusation. L’objectif affiché est d’ouvrir un débat déjà présent au sein de la profession. En regardant les textes législatifs européens, qui classent les maladies selon les risques et définissent les méthodes de gestion à employer, le choix d’opérer l’abattage total des troupeaux touchés par la dermatose nodulaire contagieuse crée dans les cabinets vétérinaires des “interrogations” et des “réserves”.

“Le règlement (européen : NDLR) 2016/429 fonde la classification des maladies animales sur une appréciation globale du risque […]. Le texte ne contient pas de disposition générale qui impose automatiquement le dépeuplement de tous les animaux dès qu’une maladie de catégorie A est détectée”, indique la lettre ouverte.

Les vétérinaires enchaînent : “[Le règlement] pose surtout l’obligation de mettre en œuvre des mesures de contrôle proportionnées au risque et à la possibilité pour l’autorité compétente d’utiliser différentes mesures (vaccinations, restrictions de mouvement, biosécurité…)”.

La lettre ouverte des vétérinaires, envoyée le 22 janvier 2026.
La lettre ouverte des vétérinaires, envoyée le 22 janvier 2026.
DR
La lettre ouverte des vétérinaires, envoyée le 22 janvier 2026.
La lettre ouverte des vétérinaires, envoyée le 22 janvier 2026.
DR

Une autre gestion de la DNC était-elle possible ?

Selon le règlement européen définissant les modalités de gestion des maladies de la catégorie de la DNC, le dépeuplement reste “une mesure de référence” mais n’impose pas une obligation systématique et intangible, note le collectif.

Pour les vétérinaires signataires, l’absence “totale de caractère zoonotique” de la DNC, “son mode de transmission principalement vectoriel, son potentiel de propagation directe limité, ainsi que l’expérience acquise dans plusieurs États membres”, “montre qu’une maîtrise durable par la vaccination, la surveillance et les mesures de contrôle ciblées est possible”. Dans le secteur agricole aussi, le sujet a posé question, de manière plus sensible puisqu’il est directement frappé par la DNC.

La France dispose (presque) d’une liberté dans le choix de sa méthode

Interrogée au sujet du contenu de cette lettre ouverte, la préfecture d’Ariège rappelle que les États membres de l’Union européenne peuvent choisir d’employer une méthode stricte. La seule condition est de mettre en place les mesures minimales prévues par les règlements européens. “En résumé, [les États membres] ne peuvent pas faire moins que prévu par la Loi Santé Animale, mais sont libres de faire davantage”, explique le cabinet du préfet.

“La Dermatose Nodulaire Contagieuse est catégorisée en catégorie A pour plusieurs raisons liées à sa gravité pour les bovins qu’elle touche et à ses implications sanitaires et économiques. À noter que la France avait elle-même demandé le classement de la DNC en catégorie A lorsque le virus touchait alors les Balkans et ce afin d’éviter qu’elle ne parvienne sur notre territoire national”, ajoute la préfecture. Pourtant, fallait-il réellement procéder à l’abattage total des troupeaux touchés par au moins un cas de DNC ?

“Les autres pays européens confrontés à la DNC appliquent eux aussi la stratégie d’abattage de tous les bovins présents dans un foyer confirmé de DNC”, argumente la préfecture d’Ariège. Du côté des vétérinaires, le débat est ouvert.

Pas d’abattage pour la FCO, pourquoi ?

Sans être expert de la réglementation européenne sur la gestion des cas de maladies virales animales, la question pourrait se poser : pourquoi l’abattage total des troupeaux concernés n’est-il pas employé dans le cadre de la fièvre catarrhale ovine (FCO) ? Une zone d’éligibilité à la vaccination a été installée en Ariège, alors qu’aucun cas n’y a été détecté. Depuis le 21 avril 2021, la Loi Santé Animale a actualisé la classification européenne des maladies, définissant les protocoles minimum à employer.

La FCO est une maladie classée “C”. Cela la définit comme “une maladie soumise à contrôle volontaire des États membres”, avec “éradication volontaire”. Pour décider de ce classement, la loi se base “sur les recommandations scientifiques d’organismes de recherche reconnus”, indique la préfecture d’Ariège.

La dermatose nodulaire est classée “A”, pour “normalement absente de l’Union européenne”, et une “éradication immédiate” est prévue dans les textes. Légalement, la différence de gestion entre la DNC et la FCO est donc justifiée par le droit en vigueur.

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