Photo non datée et non localisée, fournie par la Fondation Narges Mohammadi le 2 octobre 2023, représentant la militante iranienne des droits de l’homme Narges Mohammadi. – / AFP
Infatigable défenseure des droits humains, l’Iranienne Narges Mohammadi, 53 ans, lauréate du prix Nobel de la paix 2023, a écopé récemment d’une nouvelle peine de six ans de prison. Incarcérée à de multiples reprises ces dernières années, elle n’a pas vu ses enfants, exilés en France, depuis 2015. Samedi, on apprenait qu’elle avait changé de prison.
Une prison du nord de l’Iran
Narges Mohammadi, a été transférée vers une prison de Zanjan, dans le nord de l’Iran, a indiqué samedi sur X son mari, Taghi Rahmani.
La militante des droits humains avait été arrêtée le 12 décembre dans la ville de Mashhad (nord-est) avec d’autres militants, avant le déclenchement du mouvement de contestation réprimé dans le sang par les autorités en janvier. Elle a été alors envoyée dans le centre de détention du ministère du Renseignement à Mashhad.
Taghi Rahmani, basé à Paris, a estimé que ce transfert dans le nord du pays équivalait à un « exil ».
La fondation de Narges Mohammadi, gérée par sa famille et d’autres personnes la soutenant, a indiqué que ce changement de prison avait eu lieu mardi, mais que la militante n’avait pu en faire état que samedi lors d’un appel téléphonique avec son avocat iranien, Mostafa Nili.
Condamnée à six ans de prison
Narges Mohammadi a été arrêtée lors d’une cérémonie en hommage à un avocat, Khosrow Alikordi, une figure de la défense des prisonniers politiques, mort dans des circonstances jugées suspectes par certains opposants. Elle y avait pris la parole. Selon sa famille, elle a reçu de violents coups de matraque à la tête et au cou lors de son arrestation.
Le comité Nobel norvégien avait aussi affirmé, s’appuyant sur les comptes rendus de témoins visuels et de sa famille, que Narges Mohammadi a, lors de son arrestation, été frappée à coups de bâtons, tirée à terre par les cheveux au point de perdre une partie de sa chevelure, et de nouveau battue à bord d’un véhicule.
« Elle a été à plusieurs reprises frappée au niveau des organes génitaux et de la région pelvienne, la rendant incapable de s’asseoir ou de bouger sans douleurs intenses et suscitant de sérieuses inquiétudes quant à une fracture osseuse », avait précisé le comité. « Malgré son état critique, elle a été soumise à une longue mise à l’isolement dans une cellule sans fenêtre avec un éclairage artificiel permanent, un sol froid et une literie inadéquate. »
La militante a été finalement condamnée le 8 février à six ans de prison pour « rassemblement et collusion en vue de commettre des crimes » et un an et demi pour « activités de propagande » dans une autre affaire.
Elle a également écopé d’une interdiction de quitter le pays pendant deux ans.
Inquiétudes sur son état de santé
Ses proches ont fait part, samedi, de leur inquiétude quant à son état de santé. « Lors de notre courte conversation, elle a évoqué les violences subies lors de son arrestation, la pression des interrogatoires et des coups particulièrement violents qui lui ont été portés à la tête », a écrit Mostafa Nili dans un message sur X. « Ces coups ont entraîné des étourdissements, (…) un trouble de la vue. Des ecchymoses et des traces de graves violences physiques subsistent sur son corps », a-t-il ajouté.
Il y a quelques jours, le Comité Nobel a affirmé avoir reçu des informations crédibles selon lesquelles la lauréate iranienne aurait été violemment agressée en détention. Le président du Comité, Jørgen Frydnes, a qualifié ces actes de « traitement cruel et inhumain, une violation flagrante du droit international des droits de l’homme ».
Ce mois-ci, Narges Mohammadi a mené une grève de la faim d’une semaine pour réclamer le droit de téléphoner. Elle a indiqué à son avocat qu’elle avait été hospitalisée « du fait de sa santé qui se détériorait », avant d’être renvoyée en centre de détention.
Une vie en prison
Narges Mohammadi a passé de nombreuses années derrière les barreaux mais n’a jamais cessé de militer pour les droits humains, la défense des prisonniers politiques, contre la peine de mort et le code vestimentaire strict pour les femmes en Iran.
En décembre 2024, après avoir été arrêtée en novembre 2021, elle avait été libérée pendant trois semaines pour raisons médicales, liées à « son état physique après l’ablation d’une tumeur et une greffe osseuse », selon son avocat.

