Une opération de désinformation en ligne visant à faire croire à une implication d’Emmanuel Macron dans l’affaire Epstein a été détectée par la France, qui l’attribue à un réseau russe déjà responsable de plusieurs dizaines d’attaques informationnelles. JAKUB PORZYCKI / NURPHOTO VIA AFP
Un faisceau d’indices d’ingérence russe à l’approche des élections municipales et dans l’affaire des fichiers Epstein. Avec, dans les deux cas, un réseau russe bien connu des autorités françaises dénommé Storm-1516, soupçonné d’être à l’origine d’opérations de désinformation.
Ainsi cette semaine, une telle opération a eu lieu, visant à faire croire à une implication d’Emmanuel Macron dans l’affaire du criminel sexuel américain Jeffrey Epstein, quelques jours après la publication de millions de documents par la justice américaine. Par ailleurs, RTL assure ce vendredi 6 février que l’État a supprimé une centaine de sites d’information pro-russes, qui ressemblaient à des sites d’informations locales. Des sites orchestrés par le réseau Storm-1516, « référencé comme l’un des principaux réseaux numériques pro-russes sévissant en France ».
• Qu’est-ce que le réseau Storm-1516 ?
Il s’agit d’un mode opératoire informationnel (MOI) russe susceptible d’affecter le débat public francophone et européen, selon une analyse diffusée en mai 2025 par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. Un mode opératoire actif depuis au moins 2023 avec, derrière, « l’implication d’individus et d’organisations proches du gouvernement russe » selon Viginum, le service français chargé de la vigilance et de la protection contre les ingérences étrangères. Et de préciser que « les activités de Storm-1516 réunissent les critères d’une ingérence numérique étrangère, et représentent une menace importante pour le débat public numérique ».
• Quel est son mode opératoire ?
Dans le cadre de l’exemple de la fake news sur les liens entre Emmanuel Macron et Jeffrey Epstein, Viginum a détecté mercredi soir une opération qui reposait sur la « création d’un site internet usurpant l’identité de France Soir », un site complotiste, a indiqué une source gouvernementale à l’AFP.
Sur ce faux site a été publié un article qui usurpait le nom d’un journaliste du « Parisien » – qui a porté plainte – et accusait « le président de la République Emmanuel Macron d’être impliqué dans “l’affaire Epstein” », a ajouté cette source. Il prétendait révéler des « documents » incriminant le chef de l’Etat – ils n’existent en fait pas dans la base de données publiée par le ministère américain de la Justice. Le faux site reprenait les codes graphiques du vrai site de France Soir. Le faux contenu a ensuite été « amplifié sur [le réseau social] X » par plusieurs comptes identifiés comme des relais réguliers de la désinformation prorusse.
Viginum impute « avec un niveau de confiance élevé » le faux site de France Soir au « mode opératoire informationnel CopyCop ». Ce réseau de site web factices est lié à un ancien policier américain, John Mark Dougan, exilé en Russie depuis 2016. Ce réseau, qui imite souvent des vrais sites web, relaie notamment des faux contenus fabriqués par un autre réseau, Storm-1516. Dixit « Le Parisien », John Mark Dougan « enregistre et maintient une partie des infrastructures numériques du mode opératoire informationnel Storm-1516 ».
• Que sait-on des relais de la fake news sur Macron ?
Sur le réseau social X, le premier compte ayant diffusé le faux article de France Soir impliquant le président Macron est @LoetitiaH, un « relais historique et fréquent » des opérations informationnelles de Storm-1516, détaille encore auprès de l’AFP cette source gouvernementale. Le contenu vidéo a ensuite été « repris et amplifié par de nombreux autres comptes suivis par Viginum et très probablement rémunérés » par les personnes derrière Storm 1516, ajoute-t-elle.
Néanmoins, « visibilité ne veut pas dire impact », a souligné cette source, précisant que l’opération « est très similaire » à ce que le réseau Storm-1516 a l’habitude de faire, « en ciblant des personnalités politiques (dont le président) et en rebondissant rapidement sur des faits d’actualité ». Comme lors de chaque opération Storm-1516, le faux site web a rapidement été désactivé et n’était plus consultable deux jours après sa mise en ligne.
• Pourquoi ce réseau est déjà connu des autorités ?
Selon les derniers chiffres communiqués par Viginum en mai 2025, Storm-1516 serait à l’origine d’au moins 77 opérations informationnelles visant des pays occidentaux, dont la France, entre son émergence fin 2023 et mars 2025.
Ce réseau russe est notamment mis en cause pour son action dans le cadre de l’élection présidentielle américaine de 2024, des élections fédérales allemandes et des législatives moldaves de 2025.
• Pourquoi de faux sites internet ont-ils été supprimés ?
Dans quelques semaines se tiendront en France les élections municipales, avant la présidentielle en 2027. A la fin de l’année 2025, des centaines de faux sites d’informations locaux sont apparus en ligne, publiant des contenus anxiogènes et clivants, mêlant vrai et faux. Des sites qui ont été attribués par Viginum à Storm-1516. Plus d’une centaine ont été fermés, selon les informations de RTL.
« Globalement, les faux sites participent à une démarche de création de chaos informationnel et à une saturation, ce qui contribue à la sape de la confiance dans les institutions et à un retrait progressif de la vie publique de beaucoup de personnes en France », analysait en octobre, auprès de Public Sénat, la spécialiste Rayna Stamboliyska. « Les médias locaux sont intéressants [pour Moscou] parce qu’ils permettent d’aller au-delà des publics plutôt aisés vivant dans les capitales et les grandes métropoles, pour aller toucher un autre électorat », avançait également Julien Nocetti, chercheur associé à l’IFRI.

