February 6, 2026

Tuberculose bovine : "Il va falloir que les tests à l’achat deviennent plus systématiques"

l’essentiel
L’abattage récent d’un troupeau entier à Auch relance les inquiétudes autour de la tuberculose bovine dans le Gers. En 2024, 400 animaux ont été abattus. Les tests restent trop rares. En ce début d’année 2026, la menace de la clavelée ovine plane aussi sur l’Hexagone…

Les vingt-six vaches d’un troupeau de Lagardère ont été tuées lundi matin à l’abattoir d’Auch : en cause, la tuberculose bovine. L’un des deux foyers gersois détectés en 2025, pour cette maladie infectieuse transmissible à l’homme. Chez les bovins, la tuberculose évolue lentement, sans symptômes.

En dépit de la centaine de foyers détectés chaque année, la France est considérée officiellement indemne depuis 2001. “Il faut différencier les suspicions de tuberculose et les foyers de tuberculose (qui sont des suspicions confirmées par un laboratoire suite à des analyses)”, précisent les services vétérinaires du Gers. La date de confirmation de l’infection par le laboratoire détermine la date officielle du foyer.”

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Fin 2025, deux taureaux, élevés autour de Nogaro et du Houga, avaient été abattus dans le Gers, en raison de liens épidémiologiques. Lorsque des cas sont repérés dans un élevage, tous les animaux en contact sont retrouvés, et éliminés : les tests pour repérer la maladie sont effectués sur les carcasses.

“Dans le cas des bêtes de Lagardère, les tests ont été positifs, explique Damien Latapie, président du Groupements de Défense Sanitaire du Gers. L’élevage était diagnostiqué comme foyer.”

400 animaux abattus en 2024

La tuberculose bovine est bien présente à bas bruit dans le département. “400 animaux ont été abattus dans le Gers en 2024 à cause de cette maladie, précise encore le président du GDS. Mais cela se fait à l’abattoir, pas à la ferme et c’est beaucoup moins médiatisé.”

Principale porte d’entrée de la tuberculose bovine dans le Gers : l’achat d’animaux sans test.
Principale porte d’entrée de la tuberculose bovine dans le Gers : l’achat d’animaux sans test.
DDM – SEBASTIEN LAPEYRERE

Dans le Gers, des campagnes prophylactiques sont effectuées tous les cinq ans pour la tuberculose bovine, “sur certains bovins particuliers, dits à risque” précisent les services vétérinaires. Mais une quinzaine de communes limitrophes des Landes et des Pyrénées-Atlantiques font l’objet de contrôles annuels : ces deux départements concentrent près de 30 % des 95 foyers détectés en France l’an dernier.

“Ces surveillances vont devoir évoluer, note Damien Latapie. Avec l’apparition d’un foyer à Lagardère, les élevages proches vont faire l’objet d’un contrôle renforcé l’an prochain.”

Faune sauvage et tests trop rares

Un vecteur de la tuberculose bovine se trouverait dans la faune sauvage. Les premiers cas ont été détectés dans les années 70. Cerfs, sangliers et surtout blaireaux peuvent être porteurs de la maladie, selon des recherches menées en 2010.

Le blaireau en particulier est très réceptif au bacille tuberculeux, et des études scientifiques ont démontré des contaminations croisées entre les deux espèces. Mais qui, des bovins ou des blaireaux, sert de réservoir à la maladie ? Les données manquent. “Mais cet animal ne bouge pas trop, observe Damien Latapie. On imagine mal un foyer sauvage infecter tous les élevages d’un canton…”

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L’arrivée d’animaux extérieurs au troupeau constituerait la cause première de la dissémination de la maladie dans les cheptels gersois. Il n’existe pas d’obligation à l’achat pour tester un animal. Dans le Gers, rares sont les éleveurs à y avoir recours, selon Damien Latapie. Cela représente un coût pour l’éleveur : le test tuberculinique requiert un double passage du vétérinaire.

“Quand on découvre un foyer, l’enquête nous amène à remonter une chaîne à la fois géographique – parce qu’on doit retrouver tous les endroits où des animaux sont susceptibles d’avoir été en contact – et temporelle, note Damien Latapie. Il va falloir que les tests à l’achat deviennent plus systématiques.”

Et maintenant la clavelée ovine ?

Face à la menace croissante de la clavelée ovine, qui touche moutons et chèvres, la section ovine de la Coordination Rurale appelle l’État à agir sans attendre. Absente de France depuis 1964, cette maladie proche de la DNC est extrêmement contagieuse mais sans danger pour l’homme. Elle peut provoquer fièvre, lésions cutanées sévères, mortalités rapides et diffusion silencieuse chez les animaux.

En Grèce, la clavelée a frappé en 2025, provoquant l’abattage de plus de 260 000 moutons et chèvres – soit 2 % du cheptel national – ce qui a entraîné la fermeture de plus de 1 000 exploitations. Des conséquences que redoute le syndicat agricole : abattages, blocages de mouvements, pertes économiques et désorganisation des élevages. La clavelée impose déclaration et éradication immédiates.

Aucun traitement curatif n’existe ; seule la vaccination est efficace, via un vaccin encore peu disponible. Parmi les exigences de la CR, une veille sanitaire renforcée ainsi que la constitution urgente d’un stock stratégique de vaccins.

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