Le président ukrainien Volodymyr Zelensky en conférence de presse avec le secrétaire général de l’Otan après leur rencontre à Kiev, le 3 février 2026, dans le contexte de l’invasion russe en Ukraine. GENYA SAVILOV/AFP
Deux jours. C’est le temps qu’auront duré les négociations entre l’Ukraine et la Russie, à Abou Dhabi, qui se sont achevés ce jeudi 5 février. Pour quels résultats ? Kiev et Moscou ont seulement procédé à un échange de prisonniers, sans parvenir à avancer sur les autres dossiers en vue de mettre la fin à quatre ans de guerre.
En attendant, les frappes russes ont repris de façon massive et Volodymyr Zelensky a annoncé sur France 2 mercredi que « si l’Ukraine n’arrête pas Poutine, il va envahir l’Europe ». Selon le président ukrainien, qui a rappelé la perte d’au moins 55 000 de ses soldats, les menaces des Européens ne font pas le poids face au dirigeant russe Vladimir Poutine, qui « n’a peur que de Trump ». « Le Nouvel Obs » fait le point sur les discussions.
• Echange de 314 prisonniers, le premier depuis octobre
L’Ukraine et la Russie ont procédé ce jeudi à un échange de prisonniers convenu lors de négociations à Abou Dhabi, a annoncé Moscou. Pour l’heure, cet échange de prisonniers apparaît comme le seul résultat tangible de ces échanges diplomatiques.
Dans un communiqué, le ministère russe de la Défense a annoncé que 157 militaires avaient été échangés jeudi contre le même nombre de prisonniers de guerre ukrainiens. Quelques minutes plus tôt, l’émissaire américain Steve Witkoff, présent à Abou Dhabi, avait annoncé cet échange de 314 prisonniers, le premier de ce type entre Kiev et Moscou depuis le mois d’octobre. Sur son compte X, Steve Witkoff a salué « des pourparlers de paix approfondis et productifs » mais a reconnu qu’il restait encore « un travail significatif à faire », sans donner de détails.
• La Russie réclame toujours le Donbass
Mercredi, Moscou a de nouveau insisté sur le fait que l’Ukraine devait se plier à ses exigences, renforçant les doutes sur les chances de succès des efforts diplomatiques menés sous l’impulsion du président américain Donald Trump. « Tant que le régime de Kiev n’aura pas pris la décision appropriée, l’opération militaire spéciale se poursuivra », a averti le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, utilisant l’euphémisme en vigueur en Russie pour qualifier l’invasion de l’Ukraine déclenchée par Moscou en 2022.
Moscou exige notamment que Kiev abandonne à la Russie l’intégralité du Donbass, dans l’est du pays, en échange d’un éventuel gel de la ligne de front. Moscou réclame particulièrement la région orientale de Donestk, où sont situées les principales défenses face aux assauts russes. Kiev se refuse jusqu’à présent à abandonner ces territoires. Aucune décision n’a été prise ces deux derniers jours.
• Les Russes « ne tiendront pas aussi longtemps », selon Zelensky
Mercredi soir, Volodymyr Zelensky a réagi aux exigences de la Russie vis-à-vis du Donbass, dans une interview diffusée sur France 2, estimant que Moscou devrait sacrifier 800 000 hommes supplémentaires pour achever de conquérir militairement le Donbass. « Il leur faudra deux ans au minimum avec une progression très lente. A mon avis, ils ne tiendront pas aussi longtemps », a-t-il souligné, selon des propos traduits par la chaîne française.
Il a toutefois reconnu que le conflit pesait également lourdement sur les forces vives de son pays, avec « un grand nombre de disparus » et « 55 000 » militaires ukrainiens tués, un chiffre très inférieur aux estimations occidentales. « Nous, les Ukrainiens, nous rendons parfaitement compte du prix que chaque mètre et chaque kilomètre de cette terre coûte à notre armée », a-t-il alors assuré.
Poutine n’a « pas peur des Européens », a aussi affirmé le chef d’Etat ukrainien. « Si l’Ukraine n’arrête pas Poutine, il va envahir l’Europe », a-t-il alerté, espérant un sursaut de ses voisins européens. « Poutine n’a peur que de Trump », a-t-il jugé, ajoutant que le dirigeant américain a « un moyen de pression par l’économie, par les sanctions, par les armes qu’il pourrait nous transférer s’il ne veut pas engager directement l’armée américaine ». Il a estimé qu’à travers l’armée ukrainienne, les Etats-Unis pourraient alors maintenir « cette pression sur Poutine », rappelant que l’Ukraine a soutenu les propositions du président américain mais qu’il « ne pourrait y avoir de compromis sur la question de [leur] propre souveraineté ».
• Les frappes russes fragilisent la perspective d’un accord
Durant les pourparlers, auxquels participent Steve Witkoff et le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, la Russie maintient la pression sur les populations civiles ukrainiennes. Mercredi, une frappe russe sur un marché dans la ville de Droujkivka, dans l’est de l’Ukraine, a fait au moins 7 morts et 15 blessés, selon le gouverneur régional.
Après une brève pause obtenue sur requête du président américain, Moscou a par ailleurs repris mardi ses frappes sur les infrastructures énergétiques du pays, entraînant des coupures de chauffage et d’électricité pour des centaines de milliers de foyers, par des températures frôlant les -20 °C.
Dans la nuit de mercredi à ce jeudi, Kiev a été à nouveau attaqué par des drones russes qui ont causé des dégâts dans plusieurs quartiers. Une femme a dû être hospitalisée, selon le maire. A Kharkiv, deuxième ville du pays, des frappes russes ont provoqué de « dommages sérieux » à des infrastructures énergétiques jeudi entraînant l’arrêt de transports électrifiés dans certains quartiers, ont indiqué les autorités municipales.

