February 2, 2026

À 19 ans, Manolo Mlekuz se lance à la conquête de l’Élysée sans parti ni réseau : "Je ne fais pas ça pour me sacrifier. Je fais ça parce que j’en ai envie."

l’essentiel
La candidature de Manolo Mlekuz, 19 ans, à la présidentielle bouscule les codes. Sans parti, il prône une démocratie directe et critique la professionnalisation politique.

Non, ce n’est pas un canular. Manolo Mlekuz, 19 ans, affiche une ambition qui surprend : se présenter à la prochaine élection présidentielle. Sans parti, sans appareil, mais avec une idée fixe et beaucoup d’enthousiasme. Attaché à l’Ariège, il séjourne régulièrement dans sa maison familiale à Moulis, où il aime prendre de la distance. “Je viens ici pour me poser, réfléchir, respirer un peu. C’est un bon endroit pour parler de démocratie”, sourit-il. Le décor est calme, tandis que le projet l’est beaucoup moins.

Fils du réalisateur Mathias Mlekuz, récemment salué pour son film “À bicyclette”, qui avait fait salle comble à la salle Max Linder de Saint-Girons, Manolo a grandi dans un univers où l’on raconte des histoires. Cette fois, c’est sa propre histoire qui se construit. Son père a d’ailleurs décidé de la filmer : un long-métrage est en préparation, au titre déjà trouvé : “Mon fils président.” Tout un programme.

Bien qu’il ait lui-même fait des apparitions dans plusieurs séries télévisées, le jeune candidat assure que ses priorités sont désormais citoyennes. “Ce qui m’a toujours dégoûté en politique, c’est la posture du sacrifice. Moi, je ne fais pas ça pour me sacrifier. Je fais ça parce que j’en ai envie.” L’envie, justement, l’a conduit à utiliser ses petites économies pour financer un tour de France et aller discuter démocratie. “Pourquoi pas ? J’ai 19 ans, j’ai envie de vivre des choses et je crois profondément en ce projet.”

Une critique frontale du système politique

Son discours, direct et mature, s’attaque sans détour à la professionnalisation de la politique. “Le fait que ce soit devenu un métier, avec des carrières entières, je pense que c’est néfaste.” Plus radical encore, il interroge : “On n’est pas tous égaux face à une élection. L’argent, les réseaux, la façon de parler ou de s’habiller n’ont rien à voir avec la compétence.”

À la place, le jeune candidat défend des mécanismes de démocratie plus directe, comme les conventions citoyennes tirées au sort. Son programme tient en une promesse centrale : une assemblée constituante, composée d’un échantillon représentatif de la population, chargée de rédiger une nouvelle Constitution, ensuite soumise à référendum. “À la fin du mandat, soit on garde la Ve République, soit on choisit une VIe. Mais au moins, on aura eu le choix.”

Une candidature pour réveiller la démocratie

Sans structure politique derrière lui, il sait que la route sera longue. Très longue. “Ça va être hyper compliqué, je ne vais pas dire le contraire.” Réunir les 500 signatures d’élus nécessaires à une candidature relève déjà du défi. Il assume toutefois une démarche progressive. “Je pars tôt, oui. Je me forme. J’ai déjà rencontré une quarantaine de maires dont Damien Souque, maire de Moulis, tout comme une vingtaine d’autres, il m’a affirmé son soutien. Je suis meilleur aujourd’hui qu’au premier rendez-vous.”

Inspiré par les Gilets jaunes, Nuit debout ou encore le mouvement chartiste britannique du XIXe siècle, il voit dans la crise démocratique le résultat de nombreux maux contemporains. “Précarité étudiante, violences faites aux femmes, crise du logement, climat… Le système politique n’est plus adapté.”

Reste la question que tout le monde murmure : a-t-il une chance ? Manolo Mlekuz répond sans fanfaronnade. “Je ne dis pas que je vais gagner. Mais si je n’y croyais pas un peu, je ne serais pas là.” L’objectif, dit-il, est ailleurs. “Même si je ne suis pas élu, si j’ai réussi à faire parler de démocratie, ce sera déjà ça.”

Manolo est candidat aux élections présidentielles de 2027.
Manolo est candidat aux élections présidentielles de 2027.
Manolo Mlekuz

Faire bouger les lignes, même sans victoire

Au sein d’un échiquier politique solidement occupé par des professionnels aguerris, sa candidature a au moins un mérite : rappeler que la démocratie n’est pas le monopole d’une élite, quand bien même certains l’auraient figée à leur profit. Un rêve un peu fou, certes, mais réalisable. En France, si l’âge minimum pour être élu sénateur est fixé à 24 ans, les fonctions de député et de président de la République sont, elles, accessibles dès 18 ans.

Une chose est sûre : à 19 ans, quand beaucoup désertent les urnes, lui frappe déjà à la porte. Reste à savoir si, cette fois, quelqu’un prendra la peine d’ouvrir, ou si l’on continuera à expliquer aux jeunes qu’ils ne s’intéressent à rien. Manolo ne promet ni stabilité rassurante ni carrière toute tracée. Il promet surtout de poser des questions pendant que d’autres empilent les certitudes.

Dans un paysage politique vieillissant, son audace insuffle une vitalité nécessaire au débat national. Si “on n’est pas sérieux à 17 ans”, comme le disait Rimbaud, à 19 ans, l’exigence d’être entendu devient impérieuse.

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