February 2, 2026

"Ma fille s’est retrouvée au milieu de femmes battues ou droguées"… À Albi, la galère des locataires d’un immeuble de l’hypercentre qui menace de s’effondrer

l’essentiel
En plein cœur d’Albi, un immeuble est devenu un piège. Plafonds fissurés, planchers qui ploient, eau qui ruisselle du toit, moisissures envahissantes… Les habitants ont été contraints de fuir en urgence.

Dans l’hypercentre d’Albi, en face du marché couvert et à côté du restaurant l’Opulence, le 50 rue Émile Grand n’est plus qu’un bâtiment dangereux. La maire, Stéphanie Guiraud-Chaumeil, a pris un arrêté de péril le 22 janvier dernier. Les infiltrations d’eau par le toit, les problèmes d’évacuation des eaux usées et les affaissements des planchers et plafonds ont conduit un expert à qualifier la situation de “péril imminent et grave”. L’accès au bâtiment est désormais strictement interdit.

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Typhaine, 45 ans, art-thérapeute, n’a vécu que deux mois dans son appartement du troisième étage avant d’être contrainte de partir. “En décembre, lors des fortes intempéries, j’ai vu l’eau couler du toit et ruisseler jusqu’au rez-de-chaussée. Je devais placer des seaux dans ma chambre sous les combles… et le plafond au-dessus de ma tête menaçait de s’écrouler”, raconte-t-elle. Sur les photos qu’elle montre, les murs sont maculés de moisissures vertes et noires, le plafond gondolé semble prêt à céder à tout moment.

Le plafond d’un des sinistrés menace de s’écrouler. Au-dessus se trouve la baignoire d’un voisin.
Le plafond d’un des sinistrés menace de s’écrouler. Au-dessus se trouve la baignoire d’un voisin.
DR

Son voisin de palier n’est pas mieux loti. De longues fissures zèbrent les murs, le plâtre se détache, le plancher s’affaisse. Sur certaines images, le plafond ploie dangereusement sous le poids de la baignoire de l’étage supérieur. “On avait peur de mourir écrasés”, confie Typhaine. Malgré des signalements répétés, le propriétaire, un retraité de 81 ans domicilié à Saint-Benoît-de-Carmaux, “n’a jamais répondu”.

Chaque fois qu’il pleut, de l’eau ruisselle le long des murs, du troisième étage au rez-de-chaussée.
Chaque fois qu’il pleut, de l’eau ruisselle le long des murs, du troisième étage au rez-de-chaussée.
DR

Face à ce silence, les locataires se sont tournés vers la mairie, qui leur a conseillé de faire un signalement sur la plateforme Signal Logement. Deux experts se sont alors succédé : le premier constatant que “rien n’était aux normes”, le second, mandaté par le tribunal d’Albi, exigeant l’évacuation immédiate de l’immeuble.

Expulsés, livrés à l’incertitude

Depuis le 21 janvier, Typhaine et les deux autres occupants ont dû quitter leurs logements dans l’urgence. “On a eu une heure pour faire un sac avec nos affaires”, raconte-t-elle. Depuis, ils “errent d’hôtel en hôtel”, sans savoir, parfois jusqu’en fin de journée, où ils dormiront le soir même.

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En principe, la loi est claire : le relogement incombe en premier lieu au propriétaire de l’immeuble. Mais constatant qu’il ne respectait pas ses obligations, “les agents du CCAS de la Ville d’Albi se sont fortement mobilisés pour proposer des solutions adaptées aux situations particulières de chaque locataire”, précise la Ville. Elle ajoute : “Chaque situation est différente. Le CCAS a activé plusieurs dispositifs d’urgence afin que personne ne dorme à la rue”. La mairie indique aussi qu’elle “se retournera ensuite contre le propriétaire pour récupérer les frais engagés”.

Sinistrées depuis bientôt deux mois, Awatif et Typhaine sont toujours dans l’inconnu. Leur immeuble a fait l’objet d’un arrêté de mise en péril.
Sinistrées depuis bientôt deux mois, Awatif et Typhaine sont toujours dans l’inconnu. Leur immeuble a fait l’objet d’un arrêté de mise en péril.
DDM – Samuel Cadène

Pour Awatif, 36 ans, voisine de Typhaine et mère d’une adolescente de 14 ans, ce relogement forcé est “un traumatisme”. “Au début, on était à l’hôtel, puis, du jour au lendemain, on nous a envoyées à la maison des femmes à Albi. Ma fille s’est retrouvée au milieu de femmes battues ou avec un passif lié à la drogue. Elle ne s’y sent pas en sécurité”, explique-t-elle, demandant à revenir à l’hôtel.

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Joint par La Dépêche, le propriétaire affirme pour sa part que “la fuite d’eau a été réparée” et que le problème ne viendrait pas du toit. Selon lui, les dégâts seraient dus à un locataire ayant mal utilisé la baignoire. “Il a dévissé la bonde de son bain lorsque ce dernier était rempli, voilà d’où viennent les problèmes.” Il ajoute que, d’après son assureur, “c’est aux locataires de se reloger avec leurs propres assurances”.

Pour les habitants du 50 rue Émile Grand, la bataille ne fait donc que commencer. Ce lundi, ils ont rendez-vous avec un avocat pour tenter d’obtenir réparation et relogement, après avoir vécu, pendant des mois, dans un immeuble devenu un véritable cauchemar.

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