Malgré le conflit en Ukraine et les sanctions européennes, la France continue de dépendre de la Russie pour son uranium et son gaz. La conséquence de contraintes industrielles et économiques très difficiles à contourner.
Près de quatre ans après le début de l’invasion de l’Ukraine, la France ne parvient pas à couper les ponts avec Moscou. Dans un rapport publié ce mercredi 28 janvier, l’association Greenpeace dénonce la poursuite du commerce nucléaire entre la France et la Russie, un secteur qui échappe encore aux sanctions internationales. En parallèle, les importations de gaz restent bien loin de l’objectif européen.
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Dépendance persistante à l’uranium russe
La France importe la totalité de l’uranium nécessaire à son parc nucléaire. Une partie de cet approvisionnement demeure cependant étroitement liée à Moscou. Selon les chiffres des Douanes françaises arrêtés à la fin septembre 2025, l’uranium enrichi en provenance de Russie représente encore 18% des importations totales.
Un niveau de dépendance jugé beaucoup trop élevé par Greenpeace. “Notre pays alimente l’économie russe et, par extension, sa machine de guerre”, argumente Pauline Boyer, chargée de campagne pour l’association, dans un communiqué.
Et ça ne s’arrête pas là. L’association souligne que la France s’approvisionne en uranium naturel au Kazakhstan et en Ouzbékistan, deux anciennes républiques soviétiques où l’État russe conserve une forte influence. À eux deux, ces pays ont fourni près de la moitié (49,9 %) de l’uranium naturel importé dans l’Hexagone.
L’UE prudente face aux importations russes
Face à une France soucieuse de protéger son industrie atomique, la Commission européenne reste prudente. Aucun calendrier n’a encore été défini pour bannir les produits nucléaires russes du marché européen. L’enjeu principal réside dans la recherche de solutions de repli, à l’image de la stratégie adoptée pour les hydrocarbures.
Les Vingt-Sept ont finalement décidé de stopper les importations de gaz russe à l’automne 2027. Cette échéance lointaine doit permettre d’éviter une “crise énergétique”, comme l’expliquait un expert à La Dépêche du Midi. En effet, l’Union européenne reste dépendante de Moscou pour le gaz naturel : la Russie représentait encore 19% des importations totales de l’Union européenne en 2024 (contre 45% en 2021).
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Concernant l’uranium, en revanche, la situation est plus complexe : une partie des importations françaises correspond à de l’uranium de retraitement enrichi dans une usine secrète située à Seversk, en Sibérie, la seule au monde à disposer de la technologie nécessaire, explique Mediapart.
La rupture avec le gaz russe reste compliquée
L’idée d’un accord à Bruxelles pour régler le sort de l’uranium semble toutefois limitée, à l’image de la situation actuelle du gaz. Si l’Union européenne a réduit ses approvisionnements par gazoducs, elle s’est largement tournée vers le gaz naturel liquéfié (GNL). Transporté par navire et déchargé dans des ports avant d’être injecté dans le réseau, ce GNL russe atteint des records d’importation.
La France est la première concernée avec ses cinq terminaux de regazéification, notamment celui de Dunkerque. Selon le groupe de réflexion IEEFA, l’Hexagone a ainsi augmenté ses importations de GNL russe de 81 % entre 2023 et 2024, versant 2,68 milliards d’euros à la Russie.
Cette tendance s’explique aussi par des réalités commerciales rigides. Le groupe TotalEnergies est par exemple tenu d’honorer un contrat de longue durée avec la Russie jusqu’en 2032. Cet accord impose l’achat d’un minimum de 4 millions de tonnes de gaz par an.
Le constat interroge aujourd’hui de nombreuses personnes sur la marge de manœuvre réelle de la France face à Moscou. Entre impératifs énergétiques et contrats historiques, la rupture totale paraît difficile à mettre en œuvre. Un représentant du ministère de l’Économie à Bercy l’admet d’ailleurs sans détour auprès du média Politico : “Si c’est pour continuer à payer pour du gaz qu’on n’importe pas, ça n’aurait pas de sens.”

