Donald Trump a pressé mercredi l’Iran de conclure un accord sur le nucléaire, affirmant sur sa plateforme Truth Social que « le temps était compté » avant une attaque américaine contre Téhéran. YASSINE MAHJOUB/SIPA
Donald Trump a averti mercredi 28 janvier que « le temps était compté » avant une attaque contre l’Iran, secoué par un vaste mouvement de contestation réprimé dans le sang, Téhéran menaçant de répondre « comme jamais » en cas d’opération américaine. L’arrivée récente au Moyen-Orient d’un porte-avions et de son escorte porte désormais à dix le nombre de bâtiments de guerre américains dans la région, mettant à la disposition de Donald Trump une puissance de feu considérable s’il décidait de frapper l’Iran. Voici ce que l’on sait.
• Pourquoi Trump revient-il à la charge ?
Dans son message publié sur son réseau Truth Social, Donald Trump, qui a brandi à plusieurs reprises la menace d’une intervention militaire face à la répression sanglante des manifestations en janvier, a évoqué cette fois-ci le dossier nucléaire iranien.
« Espérons que l’Iran acceptera rapidement de “s’asseoir à la table” et de négocier un accord juste et équitable – PAS D’ARMES NUCLÉAIRES », a-t-il écrit, menaçant Téhéran d’une attaque « bien pire » que les frappes américaines menées contre ses sites nucléaires en juin dernier. Washington s’était alors joint à la guerre de 12 jours déclenchée par Israël contre son ennemi juré, soupçonné par les Occidentaux de vouloir se doter de l’arme atomique, ce qu’il dément.
• Que sait-on de ces navires de guerre américains ?
Tout en pressant l’Iran de conclure un accord sur le nucléaire, Donald Trump a affirmé sur Truth Social que « le temps était compté » avant une attaque américaine contre Téhéran. « Une armada massive se dirige vers l’Iran », a déclaré le président américain.
Cette armada fait peu ou prou la même taille que celle déployée dans les Caraïbes avant l’opération américaine menée en début d’année pour enlever l’ancien dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro dans le but de le traduire en justice à New York.
Un responsable américain a estimé mercredi à 10 le nombre total de navires américains au Moyen-Orient, dont le groupe aéronaval USS Abraham Lincoln, qui compte aussi trois destroyers et des avions de combat furtifs F-35C. Six autres bâtiments de guerre américains sont également déployés dans la région, trois destroyers et trois navires de combat littoral.
Peu après la mise en garde du président américain, son chef de la diplomatie Marco Rubio a estimé quant à lui que l’Iran était « plus faible que jamais » et dit s’attendre à ce que les manifestations reprennent à terme. De son côté, le chancelier allemand Friedrich Merz a affirmé mercredi que les jours du régime iranien étaient « comptés », estimant même que « cela pourrait se compter en semaines ».
• Que répond l’Iran ?
La mission iranienne à l’ONU n’a pas tardé à réagir, affirmant sur X que l’Iran « répondrait comme jamais » à toute attaque américaine. « L’Iran se tient prêt pour un dialogue basé sur le respect et les intérêts mutuels – mais si on le pousse, il se défendra et répondra comme jamais ! », selon le message.
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a affirmé, lui, que l’armée de son pays était prête « le doigt sur la gâchette » à riposter à toute attaque américaine, mais sans exclure des négociations sur le programme nucléaire de l’Iran.
« Nos courageuses Forces armées sont prêtes – le doigt sur la gâchette – à répondre immédiatement et avec puissance à TOUTE agression contre notre terre, notre espace aérien et nos eaux bien-aimés », a écrit Abbas Araghchi sur X. « Dans le même temps, l’Iran a toujours accueilli favorablement un ACCORD NUCLEAIRE mutuellement bénéfique, juste et équitable – sur un pied d’égalité, et à l’abri de toute coercition, menace et intimidation – qui garantisse les droits de l’Iran à une technologie nucléaire PACIFIQUE et assure l’absence TOTALE D’ARMES NUCLEAIRES », a-t-il ajouté.
Le porte-avions et les navires qui l’accompagnent ont été envoyés au Moyen-Orient au moment où les autorités iraniennes réprimaient durement des manifestations initialement motivées par des revendications économiques mais qui se sont transformées en mouvement de masse contre la République islamique.
Donald Trump a plusieurs fois menacé de frapper l’Iran en réponse à la répression des manifestations mais il a semblé revenir sur cet avertissement après avoir assuré que Téhéran avait suspendu des exécutions prévues de manifestants.
• Vers une escalade ?
Des analystes estiment que les options envisagées par Washington incluent des bombardements de sites militaires ou des frappes ciblées contre des dirigeants pour faire tomber le pouvoir, aux commandes depuis la Révolution islamique de 1979. Pour conjurer la menace d’intervention, l’Iran multiplie les contacts diplomatiques.
Le président Massoud Pezeshkian s’est entretenu avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, qui lui a assuré que Ryad n’autoriserait pas l’usage de son territoire pour une attaque contre l’Iran.
Côté qatari, le Premier ministre et chef de la diplomatie, Cheikh Mohammed ben Abdelrahmane al-Thani, a réitéré auprès de Ali Larijani, un proche conseiller du Guide suprême iranien, « le soutien du Qatar à tous les efforts visant à la désescalade ».
Au Caire, le ministre des Affaires étrangères Badr Abdelatty a parlé à la fois avec MM. Araghchi et l’émissaire américain Steve Witkoff, soulignant l’importance de « travailler à la désescalade ». « Il est mauvais de relancer la guerre », a pour sa part affirmé le chef de la diplomatie turque, Hakan Fidan. Le représentant chinois à l’ONU Fu Cong a de son côté mis en garde mercredi le Conseil de sécurité contre tout « aventurisme militaire » en Iran.

