La REP, Responsabilité Élargie du Producteur, devait simplifier la gestion des déchets de chantier. Deux ans après son lancement, les artisans gersois pointent le manque de points de collecte, des refus en déchetterie et un coût élevé.
“Les déchets de chantier, personne n’en veut, et on nous fait payer leur retraitement deux fois. La REP est une vraie arnaque pour les artisans Gersois.” Jérôme Lavigne, le président de la Capeb 32, ne lâche pas le morceau.
Depuis 2023, la Responsabilité Élargie du Producteur (REP) s’applique aux déchets du bâtiment : ils représentent 15 % de la production nationale de déchets (42 Mt). Les fabricants de matériaux doivent organiser et financer leur recyclage.
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Pour les professionnels, la promesse était claire : plus de frais, plus de tracas, une reprise gratuite et fluide des déchets par les éco-organismes. Deux ans plus tard, les artisans Gersois ont le sentiment d’être les dindons de la farce.
Manque de solutions
Les entreprises de travaux paient une éco-contribution lors de l’achat de matériaux neufs, reversée par les producteurs aux éco-organismes, qui financent ainsi la collecte, le recyclage et le réemploi des déchets. En retour, les opérateurs doivent assurer la reprise gratuite et la valorisation des déchets triés des entreprises. “Mais dans les faits, l’artisan se retrouve sans recours”, confie Jérôme Lavigne. Pour les plus civiques, reste la déchetterie, où l’artisan doit payer à nouveau une taxe… déjà réglée à l’achat du matériau.

Car les magasins de matériaux n’offrent pas tous le service. Au Bricomarché de L’Isle-Jourdain, aucune benne à disposition. “Il faut aller à la déchetterie”, explique un salarié à l’accueil. Même réponse au Gédimat de Vic-Fezensac. D’autres acceptent à condition que le matériau soit acheté chez eux. “C’est payant : 10 € HT le m³, prévient-on à Point P Auch. Et on n’accepte pas tous les types de déchets. Nous n’avons pas la place pour mettre toutes les bennes…”
“On nous dit : “C’est gratuit, c’est simple”. Mais quand on arrive en déchèterie, soit la benne est pleine, soit on nous refuse certains matériaux. Résultat, on paie deux fois : une fois via l’éco-contribution, une autre fois pour se débarrasser des déchets, s’agace Lionel Marqué, artisan et représentant de la Capeb 32. Moi, ça représente 6 000 € par an.”
Complexité
Les distributeurs de matériaux de construction ont bien une obligation légale de proposer la reprise des déchets issus des produits qu’ils vendent. Mais elle est complexifiée par de nombreux paramètres : taille du magasin, achat sur place, etc.
À Auch, le magasin Bigmat a décidé de jouer le jeu. Depuis 2024, il propose à ses clients – artisans et particuliers – des bennes dédiées aux sept flux réglementaires : inertes, plaques de plâtre, bois, ferraille, menuiseries, laines minérales, PVC. “C’est une volonté RSE, mais aussi une réponse aux attentes des artisans, explique Hervé Michel, directeur du magasin. Le problème, c’est que notre métier, ce n’est pas le tri des déchets. Il faut former les clients, vérifier les dépôts, gérer les rotations… Et quand une benne est pleine, on est bloqués.”
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Les éco-organismes estiment, eux, que l’éco-contribution ne couvre pas les frais. Le 8 janvier, lors d’un débat à l’Assemblée nationale, Mathieu Lefèvre, ministre délégué, a reconnu “un service sous-performant” et “un manque évident de transparence et de traçabilité de la part des éco-organismes”.
Et ce mercredi, le sénateur Alain Duffourg l’a à nouveau interpellé sur le manque de points de collecte, se faisant le relais de l’inquiétude des artisans Gersois. La réponse ministérielle – “L’idée, c’est d’avoir un maillage de l’ordre de 10 à 20 km, étant entendu que ce chiffre doit être considéré avec précaution” – a insisté sur la nécessité d’un travail à compléter au plan régional et au plan départemental par le biais des préfets.
Face à ces dysfonctionnements, la Capeb monte au créneau. “On demande des sanctions contre les éco-organismes qui ne respectent pas leurs engagements”, martèle Jérôme Lavigne. Pour le syndicaliste, le pire, c’est de voir la REP présentée comme une avancée écologique. “Mais si les déchets finissent en décharge ou dans la nature parce qu’il n’y a pas assez de points de collecte, où est l’écologie ?”

