Des sacs mortuaires, lors d’un reportage à Ispahan, le 24 janvier 2026. AKASBASHI/SIPA
En Iran, l’horreur est loin d’être terminée. Déjà meurtrier, le bilan de la répression du pouvoir iranien sur les manifestations lancées le 28 décembre pourrait s’avérer bien plus sanglant que le chiffre annoncé par les autorités iraniennes de 3 117 morts mercredi 21 janvier.
Les organisations de défense des droits humains estiment en effet que le bilan pourrait être bien plus élevé alors que le travail de vérification est compliqué par la coupure d’internet instaurée le 8 janvier. Que sait-on ?
• Plus de 6 000 morts confirmés, selon une ONG
Basée aux Etats-Unis, l’ONG Human Rights Activits News Agency (HRANA) dresse un nouveau bilan de 6 126 morts au trentième jour des manifestations, dont 5 777 manifestants, 86 mineurs, 214 membres des forces de sécurité et 49 passants, selon de nouvelles données. Elle chercherait toujours à confirmer 17 091 décès supplémentaires.
HRANA fait également état de l’arrestation de 41 880 personnes. L’ONG dénonce « le transfert de manifestants blessés des hôpitaux vers des centres de détention », ce que le pouvoir dément.
Une seconde ONG, Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, évoque, elle, un chiffre de 3 428 manifestants tués. Elle ajoute cependant craindre un bilan total dépassant les 25 000 morts. Des écarts considérables explicables par les difficultés rencontrées par les ONG à avoir accès à des sources et à la coupure d’Internet qui perdure, perturbant les communications.
Des chiffres éloignés de ceux diffusés par les autorités iraniennes, faisant état de 3 117 morts, dont la plupart, 2 427, seraient des « martyrs », des membres des forces de sécurité, ou des passants.
• Un bilan encore plus élevé ?
Déjà massif, le nombre de morts explose dans certains recensements. La chaîne d’opposition Iran International, basée à l’étranger et classée organisation terroriste par Téhéran en 2022, a recensé pour sa part plus de 36 500 personnes tuées les 8 et 9 janvier seulement.
« Selon des sources au sein du ministère iranien de l’Intérieur qui se sont confiées à Iran International sous couvert d’anonymat, la consolidation des chiffres reçus des conseils de sécurité provinciaux au mardi 20 janvier a montré que le nombre de morts avait dépassé les 30 000 morts », détaille-t-elle.
La chaîne, qui entend « montrer la vérité » sur la répression sanglante de la contestation des Iraniens, explique avoir examiné des « documents classifiés (…) des rapports de terrain et des témoignages de personnel médical de témoins et de familles de victime ».
Iran International ajoute que certains blessés auraient reçu des balles dans la tête alors qu’ils étaient hospitalisés et sous soins médicaux. « Il est évident que si ces personnes avaient été mortellement blessées à la tête dans la rue, il n’y aurait eu aucune raison de les admettre à l’hôpital ni même de commencer un traitement », précise-t-elle.
Un chiffre qui se rapproche de celui évoqué par deux hauts responsables du ministère iranien de la Santé auprès du « Times », qui ont eux aussi évoqué une estimation de près de 30 000 décès uniquement sur ces deux journées, au début de la coupure du réseau.

