January 26, 2026

"Avant, on connaissait les commerçants", à Toulouse, les petits commerces de quartier en sursis

l’essentiel
À Toulouse, plusieurs boulangeries artisanales ont fermé ces derniers mois. Les commerces traditionnels des boulevards souffrent aussi face à l’afflux de fonds obscurs. La mairie et la préfecture tentent de réagir.

Les rideaux métalliques se sont baissés les uns après les autres. Dans plusieurs quartiers toulousains, des boulangeries artisanales ont disparu du paysage.

À Lafourguette, aux Sept-Deniers ou encore sur la place Saint-Pierre, ces fermetures inquiètent riverains et élus.

Pour Olivier Arsac, adjoint au maire chargé du commerce, il ne s’agit pas d’un effondrement de la demande.

“La boulangerie à papa, c’est terminé”

“Il y a d’autres secteurs qui souffrent beaucoup plus”, assure-t-il. Mais le métier a profondément changé. “Aujourd’hui, une boulangerie vit bien à condition de faire du snacking et d’avoir suffisamment de mètres carrés”.

Les petites structures sont les premières fragilisées. “La boulangerie à papa, c’est terminé”. Face à elles, les chaînes qui cuisent le pain gagnent du terrain. “Ce ne sont pas des vraies boulangeries artisanales, mais ce ne sont pas de mauvais produits. Le rapport qualité-prix est bon”.

Carrefour a quadrillé la ville

La problématique dépasse largement le seul secteur du pain. Dans les faubourgs, les supérettes de grandes enseignes se multiplient, souvent au détriment des commerces indépendants.

Les Carrefour City quadrillent la ville.
Les Carrefour City quadrillent la ville.
DDM illustration – S.L.

“Carrefour a eu une politique très offensive. Ils descendent jusqu’à des locaux de 100 m², ce que les autres enseignes ne savent pas faire”, observe Olivier Arsac. “Ils ont quadrillé la ville, au point de parfois se cannibaliser entre eux”.

Dans certains quartiers, cette uniformisation alimente aussi des soupçons de blanchiment d’argent, autour de commerces à rotation rapide – barber shops, ongleries ou restauration rapide. “

“Avant, on connaissait les commerçants”

“On n’a pas de levier juridique direct”, reconnaît l’adjoint au maire. “C’est un travail d’analyse croisée avec d’autres services, parfois avec la police nationale et la préfecture, mais c’est très compliqué. Les collectivités sont aujourd’hui assez démunies”.

Les boulevards ici à Jeanne d'Arc, souffrent de l’uniformisation des commerces.
Les boulevards ici à Jeanne d’Arc, souffrent de l’uniformisation des commerces.
DDM – MARC SALVET

Sur le terrain, les habitants expriment un malaise diffus. À Lafourguette, Marie, habitante du quartier, s’interroge : “Quand il n’y a jamais personne dans un commerce mais qu’il reste ouvert pendant des années, on se pose forcément des questions”.

Aux Sept-Deniers, Jean, retraité, regrette la disparition du lien de proximité : “Avant, on connaissait les commerçants. Aujourd’hui, ça change tout le temps, on ne sait même plus à quoi sert la boutique”.

“Quand quelqu’un achète, on n’est pas avertis”

Contrairement à une idée reçue, la mairie n’autorise pas l’installation des commerces. “Quand quelqu’un achète un fonds ou ouvre une boutique, il n’a aucune autorisation à nous demander. On n’est même pas avertis”, rappelle Olivier Arsac.

Un quartier fait toutefois figure d’exception, Arnaud-Bernard et sa place.

Arnaud-Bernard, un modèle coûteux pour la collectivité

“Ça a été un travail très long, sur deux mandats”, souligne l’élu. La mairie y a racheté une quinzaine de murs commerciaux et préempté quelques fonds.

Sur la place Arnaud-Bernard, des commerces de qualité se sont installés, mais à droite une cellule vide se révèle.
Sur la place Arnaud-Bernard, des commerces de qualité se sont installés, mais à droite une cellule vide se révèle.
DDM – MARC SALVET

“Aujourd’hui, la diversité commerciale est réelle”. Une réussite difficilement reproductible ailleurs. “C’est coûteux, complexe, et ce n’est pas le métier des collectivités”, reconnaît Olivier Arsac, en appelant à une évolution du cadre légal.

En attendant, la survie des petits commerces reste largement suspendue aux mutations du marché.

Pourquoi la mairie ne peut pas tout faire

La préemption des fonds de commerce existe, mais son usage est limité. “Ce n’est pas un outil fait pour lutter contre le blanchiment ou bloquer une enseigne en particulier. C’est un outil d’aménagement commercial”, explique Olivier Arsac. Lorsqu’elle préempte, la collectivité devient temporairement propriétaire du commerce. “On doit payer les loyers, les salariés, et revendre dans les deux ans”. Un risque financier important. “Aucune grande ville de France ne l’utilise massivement”. Pour l’élu, le constat est clair : “Il faudrait inventer des outils plus simples et plus rapides, notamment dans les cœurs de quartier sensibles”.

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