January 24, 2026

"La peur les empêche de libérer tout leur potentiel" : comment vaincre son trac avant les oraux par la pratique du théâtre ?

l’essentiel
L’éloquence est un défi pour les jeunes, souvent paralysés par le regard des autres. Sandrine Debernardi et Jean-Christophe Houin proposent des ateliers pour surmonter cette peur. Leur approche ludique et pratique vise à libérer le potentiel des élèves.

“J’adore la transmission par le théâtre. Partir d’un point A, arriver à un point B, et voir comment les gens se sont métamorphosés entre-temps.” Sandrine Debernardi, comédienne, co-dirige la compagnie de l’Escalier qui Monte aux côtés de Jean-Christophe Houin. En voyant ses élèves devenir plus à l’aise devant un public, une idée a germé dans son esprit.

“Je suis maman de deux ados, de 15 et 17 ans, qui se sont retrouvés à passer des oraux. Ça m’a amenée à un constat : sur le plan scolaire, ils sont énormément aidés, quand il s’agit de construire un fond, par exemple le choix de leurs sujets. Mais pour ce qui est de l’oral, ils s’entraînent un coup, sans avoir le temps de recommencer pour se perfectionner.”

Pour Sandrine, tout part d’un problème d’organisation et d’un manque de moyens attribués aux professeurs. Avec parfois plus de trente élèves dans les classes, difficile pour les enseignants de consacrer du temps au cas par cas. “Et c’est pris sur leur temps de travail”, souligne Sandrine.

“Être devant un public, quel qu’il soit, ce n’est pas une situation naturelle”, ajoute Jean-Christophe Houin. “Et quand on se retrouve à travailler l’éloquence, cela implique tout un tas de choses : la posture corporelle, la respiration, le fait de prendre son temps quand on parle. Et aussi regarder l’autre. C’est primordial.”

Comme la génoise

Sandrine évoque de son côté un parallèle avec… la génoise. “La prestation devant un public, c’est quelque chose de très artisanal. On a la théorie, qui se présente un peu comme une recette de cuisine. Mais la pratique, c’est encore autre chose. Si, en montant des blancs d’œufs en neige pour une génoise, on laisse un bout de coquille, ça va saboter la recette. L’oral, c’est pareil. La théorie, c’est très bien, mais il suffit d’une posture un peu trop nonchalante, ou d’une mauvaise respiration, et tout est gâché.”

Parmi les pièges, il faut arriver à transmettre son sujet sans tomber dans la récitation, apprendre à travailler avec ses notes sans être dans la lecture. Soigner son entrée est également préconisé par Sandrine et Jean-Christophe. Ce serait même d’une importance capitale, car les jurys retiennent très souvent la première impression. “On est jugé dès les premières secondes”, insiste Jean-Christophe. “Et quand on n’a que cinq minutes pour réussir, autant soigner son entrée. Le regard, l’attitude générale donnent plein d’indications.”

Ne pas juger l’être humain mais l’élève

Derrière l’angoisse du passage à l’oral revient fréquemment la même crainte : le regard de l’autre. “Les jeunes ont l’impression d’être ridicules dès qu’ils prennent la parole”, explique Sandrine. “Cette peur les met dans un état de panique, ça les empêche de libérer tout leur potentiel ! À leurs épreuves, ils abordent des sujets super intéressants… mais ils parlent tout bas !”

“Ils ont aussi la peur de se tromper”, précise Jean-Christophe. “Le jour de l’examen, c’est vrai qu’on n’a pas droit à l’échec. Mais il faut apprendre à valoriser leurs tentatives. C’est pour ça que dans nos ateliers, on bannit le jugement. L’idée est de tester, se tromper, tenter des trucs ! On les met tous ensemble dans la même galère, et pour ça, on leur fait faire un échauffement en début de séance. C’est une façon de gagner la confiance de l’autre.”

Du point de vue des jeunes, c’est une manière ludique, inédite et ingénieuse de s’entraîner pour les examens oraux. “Personnellement, je trouve que ça peut aider à enlever le stress, puisque nous ne sommes pas, ou très peu préparés à ces épreuves”, opine un élève de troisième. “Et le fait qu’on ne soit pas très nombreux, ça aide à faire disparaître la gêne.”

“Il faut leur faire comprendre qu’à l’oral, ce ne sont pas eux qui sont jugés en tant qu’êtres humains, mais les élèves qu’ils sont”, appuient Jean-Christophe et Sandrine. “Ils sont dans un rôle d’élèves.”

Ateliers les jeudis de 18h à 20h, au 103 rue Cale Abadie. Renseignements : 05 53 87 48 59.

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