Le pétrolier « Grinch » arraisonné par l’armée française dans la mer Méditerranée, le 22 janvier 2026. AP/SIPA
Après un premier navire stoppé au large de Saint-Nazaire en octobre dernier, la France est de nouveau intervenue contre un pétrolier russe : la Marine nationale française a arraisonné ce jeudi 22 janvier au matin en mer Méditerranée « un navire pétrolier en provenance de Russie » et suspecté d’appartenir à la « flotte fantôme » finançant « la guerre d’agression contre l’Ukraine », a annoncé Emmanuel Macron.
Ce pétrolier, « sous sanctions internationales et suspecté d’arborer un faux pavillon », a été intercepté « avec le concours de plusieurs de nos alliés », précise le chef de l’Etat dans un message sur X, ajoutant que « le navire a été dérouté » et qu’une « enquête judiciaire est ouverte ». Le préfet maritime de Méditerranée a précisé que cette « action menée en coopération avec nos alliés dont le Royaume-Uni » s’est déroulé « en haute mer » entre l’Espagne et l’Afrique du Nord. « Le Nouvel Obs » fait le point sur ce pétrolier.
• Le « Grinch », un navire aux nombreux noms et pavillons
Construit en 2004 par la Samsung Heavy Industries, en Corée du Sud, ce pétrolier de 249,87 mètres de long est baptisé le « Grinch » depuis avril 2025. A cette date, il commence à arborer le pavillon des Comores. Mais durant les vingt années précédentes, le navire s’est appelé « HS TOSCA » (2004-2018), « Carlton » (2018-2022) et « Carl » (2022-2025).
Il a aussi changé neuf fois de pavillon depuis 2004, arborant celui du Libéria (2004 et 2022), de l’Allemagne (2004 et 2018), de Malte (2012), des Îles Marshall (2018), du Gabon (2024) et de la Barbade (2024). Depuis juillet 2022, il a donc changé quatre fois de pavillon, une pratique fréquente pour les navires de la flotte fantôme russe afin d’échapper aux sanctions internationales.
• Le propriétaire enregistré aux Îles Marshall
Le navire appartient à la société Cube Ventures Shipping SA, basée aux Îles Marshall, un paradis fiscal situé dans l’océan Pacifique. « Cube Ventures Shipping SA est le propriétaire enregistré du pétrolier Carl (ancien nom du navire), (…) qui a fait escale dans un port russe où le prix du pétrole s’est constamment maintenu bien au-dessus du seuil plafond de 60 dollars », écrivait notamment le Trésor américain, le 10 janvier 2025.
Ce mystérieux propriétaire dont on ne sait presque rien ne possède que ce pétrolier. La société est sous sanctions des Etats-Unis, du Japon et de l’Ukraine notamment, selon le site ukrainien « War & Sanctions ».
• Le pétrolier sous sanctions internationales
Le navire est repéré de longue date comme faisant partie de la flotte fantôme russe. En 2024, il faisait partie de la liste de l’ONG Greenpeace des « pétroliers de plus de 15 ans qui n’étaient pas agréés auparavant, qui ont exporté du pétrole depuis la Russie à plusieurs reprises depuis le début de la guerre et qui ne disposent pas d’une assurance responsabilité civile suffisante pour couvrir les dommages potentiels causés par des accidents et des marées noires ».
Depuis le 21 juillet 2025, il figure – sous le nom de « Grinch » – sur la liste des navires de la flotte fantôme russe placés sous sanctions par le Royaume-Uni. Il est aussi – sous le nom de « Carl » – sur la liste établie par l’Union européenne (depuis le 24 février 2025) et les Etats-Unis (depuis le 10 janvier 2025). Le Canada impose aussi des sanctions contre le navire depuis novembre dernier.
• En provenance de Russie et en route vers l’Est
Selon le préfet maritime de Méditerranée, qui a donné des détails dans un communiqué, a indiqué que le pétrolier est « en provenance de Mourmansk », ville russe et port arctique de la Mer de Barents. Selon le site marinetraffic, spécialisé dans le suivi des navires, au moment de son arraisonnement, il faisait route vers l’Est, entre Almeria (Espagne) et Oran (Algérie).
« Le pétrolier est impliqué dans l’exportation de pétrole brut et de produits pétroliers russes depuis les ports russes de la mer Baltique, de la mer Noire et de la région Pacifique, principalement vers la Chine, l’Inde et d’autres pays tiers », précise le site ukrainien War & Sanctions.

