January 20, 2026

ENTRETIEN. "Un policier peut perdre 20 % de son temps à cause des tâches administratives"

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La gestion de la procédure pénale, au quotidien, est mal vécue par les policiers noyés par des tâches administratives chronophages. C’est ce que déplore Bruno Bartocetti, secrétaire national chargé de la zone sud pour le syndicat de police Unité (ex-SGP Police-FO).

Entre 650 000 et un million de plaintes classées sans suite en France, souvent par faute de moyens. Comment la police vit cette réalité ?

C’est récurrent et difficile à supporter pour les policiers car notre métier a du sens. Notre métier c’est d’interpeller les mis en cause car les victimes attendent beaucoup de nous et c’est légitime. Et si on ne peut pas répondre à ces victimes, si la prescription intervient, faute de temps et de moyens pour traiter la plainte, quel est l’intérêt du service public ? Il n’y a pas que le trafic de stupéfiants ! Il y a aussi toutes les affaires de vols d’accessoires, de cambriolages, de menaces entre voisins, d’agressions du quotidien. Et là, ça devient un sujet préoccupant.

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Quelles en sont les véritables causes ?

Le volume de ces plaintes est très lourd. Les dossiers qui ne sont pas suivis en temps et en heure et frappés par la prescription sont donc classés. Cela concerne les petites infractions, les insultes, agressions verbales, les menaces, les affaires sans violence physique, les plaintes “contre X” où les enquêteurs ne disposent pas assez de temps pour identifier et auditionner les mis en cause. Les dossiers s’entassent car la police manque d’enquêteurs et fait face aussi à une crise des vocations dans ce secteur. Car aujourd’hui, il faut des policiers ultra-motivés pour travailler dans le judiciaire. Il y a aussi un autre problème, ce sont les tâches administratives chronophages avec des logiciels non adaptés.

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C’est-à-dire ?

La procédure prend du temps. Dès que l’on veut ajouter la signature, des pièces jointes sur notre logiciel (LRP-PN, logiciel de rédaction des procédures), c’est fastidieux. Un policier perd facilement entre 10 et 20 % de son temps sur ces manipulations, à trouver des solutions pour que techniquement ça marche. Au départ, ce logiciel n’était pas adapté pour enregistrer des plaintes. Il était prévu pour faire des statistiques, mais on y a rajouté des applications pour faire des suivis de procédures. C’est comme si vous continuez à travailler sur un iPhone 1 alors que les applications utilisées prennent trop de place. C’est la saturation en permanence. On a donc adapté des logiciels existants pour les procédures alors que les gendarmes travaillent sur des logiciels dédiés aux procédures. Ce que l’on vit avec ces logiciels est une catastrophe ! C’est décourageant pour les enquêteurs.

Bruno Bartocetti./
Bruno Bartocetti./

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La priorité, c’est toujours l’urgence ?

On a tendance, aujourd’hui, à déposer plainte très vite, avec les plaintes en ligne notamment. Et c’est parfois difficile de suivre le flux d’autant plus que l’on demande aux policiers, toujours dans l’urgence, de traiter les affaires prioritaires, de hiérarchiser selon l’ordre d’importance des dossiers. Que fait-on, aujourd’hui, de la personne vulnérable de 85 ans qui se retrouve régulièrement importunée par son voisin ? C’est du quotidien ! Et il faut le traiter, il faut apporter des réponses. Nous sommes obligés de “prioriser” nos affaires, en faisant de notre mieux. Même s’il s’agit d’un simple différend entre voisins, on doit traiter ce type d’affaires car cela peut finir en drame.

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