Près de 300 salariés de la société Fibre Excellence ont manifesté ce vendredi 6 mars à Toulouse à 10 h du matin. Les travailleurs des sites de Saint-Gaudens et de Tarascon redoutent la liquidation du groupe papetier français. Au total, près de 10 000 emplois directs et indirects seraient menacés.
Tambours, banderoles et drapeaux syndicaux ont animé les abords de la Bourse du travail ce vendredi matin à Toulouse. Près de 300 salariés et représentants syndicaux de Fibre Excellence s’y sont rassemblés avant de rejoindre la préfecture en cortège pour alerter sur l’avenir du groupe papetier.
La menace de liquidation de l’entreprise a été rendue publique le 22 janvier dernier, lorsque les syndicats ont alerté sur la situation critique du groupe. Selon eux, sans intervention rapide de l’État, la disparition de Fibre Excellence pourrait entraîner la perte de près de 10 000 emplois directs et indirects dans la filière papetière française.

“On est venus se faire entendre. À l’heure actuelle, le gouvernement reste sur ses positions et on veut plus de visibilité sur notre situation”, explique Mathieu Lopez, mécanicien à l’usine de Saint-Gaudens depuis dix ans. Vers 10 h 45, les manifestants ont quitté la Bourse du travail pour rejoindre la préfecture, où une délégation devait être reçue.
Une usine ancrée dans le Comminges
Implantée depuis 1959, l’usine de Saint-Gaudens fait partie du paysage industriel du sud de la Haute-Garonne. Elle produit de la pâte à papier destinée aux emballages, cahiers ou mouchoirs.
Pour les salariés, l’annonce de la possible fermeture a été brutale. “On l’a appris d’un coup. Ce n’est pas facile à encaisser, mais les gens restent motivés. Certaines familles comptent trois générations de salariés dans l’usine”, raconte Mathieu Lopez.
Au-delà des 350 emplois directs, les travailleurs redoutent l’impact économique pour le territoire. “Si l’usine ferme, c’est la mort du Comminges”, estime le salarié.
Un modèle économique fragilisé
Selon les représentants syndicaux, plusieurs facteurs expliquent les difficultés : chute du prix mondial de la pâte à papier, hausse du coût du bois et perte de compétitivité liée au taux de change euro-dollar.
“On produit en euros mais on vend en dollars, ce qui entraîne une perte d’environ 15 %. À cela s’ajoutent la hausse du prix du bois et un contrat de vente d’électricité devenu moins rentable”, explique Sébastien Oustric, délégué syndical CGT et salarié de l’usine depuis 24 ans.
Les usines produisent aussi de l’électricité à partir de la biomasse issue du bois, mais le prix de rachat ne permet plus d’équilibrer les comptes. “Même l’électricité nous fait perdre de l’argent. On demande une revalorisation du prix du mégawattheure pour retrouver un équilibre”, poursuit-il.
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Une échéance fixée au 15 mars
Des discussions sont en cours entre la direction, l’État et les représentants des salariés dans le cadre d’une procédure de conciliation. Une échéance importante est fixée au 15 mars. Selon les syndicats, l’État se dit prêt à mobiliser jusqu’à 150 millions d’euros pour soutenir l’entreprise, une aide jugée insuffisante sans réforme du contrat énergétique.
Les syndicats réclament des décisions rapides pour éviter un redressement judiciaire. “L’État a proposé certaines solutions, mais plutôt à moyen ou long terme. Nous avons besoin de mesures immédiates pour passer ce cap”, souligne Sébastien Oustric.
Plusieurs responsables politiques ont également affiché leur soutien aux salariés. Il y avait Patrice Rival, vice-président du conseil départemental de la Haute-Garonne, qui représentait Sébastien Vincini qui soutient “pleinement les 700 salariés de Fibre Excellence qui mènent un combat légitime pour la survie de leurs emplois dans la région”.
La présidente de la Région Occitanie, Carole Delga, a rejoint le cortège à la préfecture et s’est clairement positionnée en faveur du maintien de l’activité. Elle doit également rencontrer ce vendredi à 17 h 30 le ministre chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, afin d’évoquer l’avenir de Fibre Excellence.
À l’Assemblée nationale, le député toulousain Hadrien Clouet (LFI) et plusieurs parlementaires ont déposé le 4 mars dernier une proposition de loi visant à nationaliser Fibre Excellence afin de préserver les emplois et sécuriser l’avenir de la filière papetière française.

