Entre figures chorégraphiées, règles strictes et économie du désir, Asia, 25 ans, incarne un strip-tease éloigné des fantasmes. Résidente au Pink Palace, à Toulouse elle décrit un métier encadré.
Asia tire une petite valise à roulettes léopard. Il est 21 heures quand elle pousse la porte du Pink Palace. Quelques piercings s’accrochent au-dessus de ses lèvres écarlates. Ses boucles blondes tombent sur sa robe en dentelle noire, presque transparente. Un parfum doux flotte derrière elle. La nuit commence.
Elle a 25 ans et a toujours dansé. Jazz, hip-hop, classique. Plus tard, les nuits festives, les boîtes, l’aisance du corps dans le rythme. “J’ai toujours été un oiseau de nuit”, sourit la strip-teaseuse. Asia a découvert le métier il y a un peu plus de deux ans, en cherchant une alternance dans un cabaret. Elle s’est laissé convaincre de performer.
À lire aussi :
“Je bosse quand je veux” : immersion dans un club de strip-tease à Toulouse, une nuit où “le client oublie sa vie”
Résidente au Pink Palace, Asia se produit aussi dans d’autres clubs. Elle voyage beaucoup. Elle revient tout juste du Canada. Là-bas, dit-elle, “la performance passe avant tout”. Les figures sont spectaculaires, les écarts vertigineux, le corps poussé à l’extrême pour faire pleuvoir les billets. En France, le registre est différent : plus de séduction, plus de proximité avec le client, parfois jusqu’au huis clos du show privé en nu intégral. “Au Pink, on laisse encore beaucoup de place à la prestation. On n’a pas cette chance partout”, pose la jeune femme.
Elle gagne bien sa vie. Kenny, responsable du club, insiste sur un point : “Ce n’est pas un métier facile, contrairement aux clichés.”
“Je ne franchis pas mes limites…”
Quand elle a commencé, Asia était complexée par son corps. Elle travaille parfois à Cannes, où la chirurgie est omniprésente. “On peut s’en servir, mais avec mesure. Moi, je mise sur le naturel. J’ai des copines très tatouées, avec des poitrines énormes. Moi, je mise sur autre chose. Sur l’élégance. Une élégance à la française “, assume-t-elle.
La Toulousaine sait que ce métier ne dure qu’un temps. Dans cinq ans, pas plus, elle arrêtera. L’après est déjà en tête : le luxe l’attire, surtout les pierres précieuses. Elle parle de décrocher un diplôme en bijouterie. Elle évoque aussi un projet plus ambitieux : ouvrir un cabaret.
Elle était à deux doigts de décrocher un master en événementiel avant de choisir le strip-tease. L’annonce de sa bifurcation professionnelle n’a pas été simple. “Ma mère et ma sœur étaient craintives mais elles ont vu que je restais moi-même, sans jamais franchir mes limites, ça s’est apaisé”, raconte Asia.
Les clients ne sont pas encore arrivés. La danseuse tourne déjà autour de la barre, débarrassée de sa robe. Elle s’entraîne pour devenir un souvenir.

