Institution industrielle de l’Albret depuis 25 ans, 2Gareni Industrie, spécialisée dans les motopompes et les groupes électrogènes, s’apprête à ouvrir une nouvelle page. André Gareni se prépare à prendre la succession de son père et son oncle.
Vous détenez désormais 51 % des parts de 2Gareni Industrie. Dans un an, à la retraite de votre père, Pascal, vous serez le nouveau PDG. Avez-vous toujours travaillé dans l’entreprise familiale ?
J’ai fait cinq ans d’études, dont trois en alternance dans un bureau d’études. Je suis parti un an en Angleterre. J’ai terminé mon bac +5 avec un niveau d’anglais pitoyable, mon père m’a tiré les oreilles et m’a poussé à partir. Là-bas, je travaillais toujours dans le milieu du pompage de l’eau et de l’industrie. J’y suis surtout allé pour apprendre la langue.
Dans quel but ?
Historiquement, notre activité internationale s’est surtout développée sur les pays francophones : Sénégal, Mali, Côte d’Ivoire… Maintenant, le but, c’est d’étendre un peu vers les pays anglophones comme la Tanzanie, le Ghana, le Gabon, etc.

Pourriez-vous viser d’autres continents ?
Au niveau géopolitique, on doit rester dans notre axe. Et il y a des avantages. Pas de décalage horaire, la langue française, le fret est relativement abordable. Aller en Amérique, par exemple, coûterait le double ou le triple. Aussi, pour travailler ailleurs, il faudrait avoir un produit très différenciant. Or les États-Unis et l’Asie ont déjà tout.
Pour revenir à vous, depuis tout petit, vous aviez envie de travailler dans l’entreprise familiale ?
Depuis tout petit, c’est utopique. En 2001, quand ils ont fondé l’entreprise, j’avais trois ans. Ce serait l’histoire magnifique de dire « j’ai toujours voulu ». J’ai toujours aimé le travail manuel, l’acier, l’agriculture, l’étude. Avocat, notaire, banquier, être assis derrière un bureau, ce n’était pas pour moi. En grandissant, l’idée de travailler ensemble est venue. Mon père m’a poussé à faire des études pour avoir un bagage complet. J’ai eu deux belles propositions à l’étranger, mais mon rêve, c’était de travailler avec mon père. On partage le même bureau aujourd’hui.
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Travailler en famille a de bons côtés mais, paraît-il, aussi des mauvais. Comment le vivez-vous ?
En quatre ans, je n’ai aucun mauvais souvenir. On s’accroche parfois, on a de forts tempéraments. Mais ça ne dure jamais. On a la même vision du travail. On considère qu’il faut travailler dur, pas juste faire semblant. Mon oncle (N.D.L.R. : le directeur général) est pareil, on est trois à la direction. J’ai aussi ma mère qui s’occupe de la comptabilité et de la facturation. Ma sœur et mon cousin travaillent également dans l’entreprise. Mais j’ai décidé de ne pas partager la direction. Quand j’ai proposé le rachat, j’ai dit que je ne partagerai pas les décisions. C’est égoïste, mais mon père et mon oncle ont compris.

Vous vous nourrissez de leur expérience ?
Je connais un peu la technique, mais largement moins bien qu’eux. Ils sont trop forts ! Mon oncle est un technicien hors pair. On a besoin de leur savoir. On a recruté un ingénieur mécatronique pour qu’il apprenne de mon père et qu’on formalise ses connaissances dans des process. Ainsi, la compétence restera.
Vous tarde-t-il d’être à la tête du navire ?
J’aime prendre des responsabilités. Mais je ne suis pas pressé. Mon père me confie déjà beaucoup de responsabilités petit à petit.
Vous aimez prendre des responsabilités, comme au rugby, où vous êtes le buteur de l’US Nérac ?
(Sourire) Au rugby, quand on bute, on prend la responsabilité. J’aime bien prendre le lead, mais aussi entraîner les autres. Dans l’entreprise, c’est pareil : chacun doit prendre ses responsabilités. Le buteur ne fait que récompenser les efforts de ses coéquipiers.
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Comment voyez-vous l’avenir de 2Gareni Industrie ?
On espère le meilleur. Mais on ne peut pas concurrencer les produits chinois ou italiens. Il n’y a plus de salaire minimum en Italie. On essaie d’être différenciants, de proposer des projets novateurs. Si la seule variable, c’est le prix, on perdra toujours. Les Chinois livrent des produits identiques aux nôtres à un prix inférieur à notre prix de revient.
Et la qualité ?
Les Chinois font de la qualité, les Italiens moins. Mais en France, on perd des marchés financés par nos propres impôts, qui partent à l’étranger. C’est aberrant. L’entreprise aujourd’hui se porte bien, avec 50 salariés. Mais il est évident que je préférerai travailler sur des projets français, quitte à réduire la voilure à l’international.
On vous suit…
Moi, je crois encore à la France. Il y a forcément un jour où on va se réveiller. L’État doit durcir les lois. On doit redevenir un peu plus patriotes et soutenir notre industrie. L’avenir reste radieux : on a un outil de production et des équipes motivées. Mais pour réindustrialiser la France, il faut d’abord donner du marché aux entreprises françaises. Quand mon père a commencé, il devait y avoir 80 entreprises de ce type en France. On est le dernier fabricant de groupes électrogènes 100 % français. Les autres achètent ailleurs et posent leur marque dessus.
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Travaillez-vous avec les particuliers ?
Très peu. On a livré 150 à 200 machines pendant la tempête, mais les grandes enseignes préfèrent les produits chinois. Pourtant, les clients reviennent souvent après avoir eu des problèmes de qualité. Nos produits sont plus chers, mais garantis, réparables et suivis. Je pourrais tout faire produire en Inde, dans des conditions déplorables, et revendre deux fois moins cher en France. Mais ce n’est pas ma conception.

