Sur le marché Pelloutier à Albi, le Mercosur ne suscite pas l’inquiétude des producteurs qui travaillent en circuit court, mais ils sont néanmoins inquiets pour les jeunes qui s’installent.
Alors que ce samedi 17 janvier, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et quatre pays du Mercosur devait être signé au Paraguay, sur le marché Pelloutier à Albi les producteurs locaux de volailles comme les habitués du marché ne manifestent guère d’intérêts pour la signature de ce traité.
Il a pourtant donné lieu à de nombreuses manifestations d’agriculteurs sur la voie publique dans le Sud-Ouest ces dernières semaines.
Mais comme tous les samedis matin, la clientèle a surtout à l’esprit quels sont les produits qu’elle va mettre dans son panier. Sur le marché, la notion de prix des denrées a aussi son importance mais on vient surtout acheter ses fruits et légumes, sa viande en ayant connaissance de sa provenance et de sa qualité. « Ici, on apprécie le produit, on sait d’où il vient, qui l’a cultivé et cela donne envie de cuisiner », témoigne Marianne. La jeune femme poursuit : « On est plus attentif à ce que l’on achète et aux quantités, ce qui permet de mieux dépenser. Alors, il faut accepter de prendre un peu le temps, de ne pas se contenter de plats préparés mais c’est aussi l’occasion de passer un bon moment, de rencontrer du monde, de discuter avec le producteur ».
Des producteurs qui ont le sourire en voyant leur étal se vider au fil de la matinée. « Je suis sur cette place de marché depuis le 1er jour, il y a bien 45 ans », se remémore Claude Batigne, éleveur de volaille. Il est midi et tous ses œufs ont trouvé preneur comme sa viande. « Le Mercosur, je n’y suis pas forcément favorable. Mais il n’y a pas que des inconvénients. Certains vont y gagner, d’autres y perdre. Je crois surtout que c’est le consommateur qu’il faut sensibiliser. À commencer par les collectivités qui doivent donner l’exemple dans la qualité des produits qu’ils fournissent dans la restauration collective. Le danger du Mercosur et de cet accord de libre-échange est d’accentuer encore la baisse des prix et de fait la baisse de la qualité. C’est la difficulté que rencontrent les jeunes agriculteurs quand ils s’installent. Va-t-il rester des petites exploitations en France ? Moi, je vais bientôt arrêter. J’ai pu vendre mes terres mais l’élevage qui a plus de contrainte intéresse moins. C’est la raison pour laquelle, il faut sensibiliser les consommateurs ».
La difficulté des jeunes exploitants, c’est aussi le discours tenu derrière l’étal de la ferme de Valats. Ici, on prône une agriculture en circuit court. On est plus proche de la Confédération paysanne que de la FDSEA. « Nous ne faisons que de la vente directe. On ne se sent pas concerné par cet accord de libre-échange. On est depuis 1988 sur ce marché et tout se passe bien. Nos clients nous connaissent. On a les outils pour transformer mais pour les plus jeunes, c’est plus compliqué parce qu’on les pousse à voir toujours plus grand. Pour faire de la vente directe, on n’a pas forcément d’un laboratoire, de l’abattoir. On peut plumer ses poulets dans une salle dédiée chez soi et les vendre à 80 km à la ronde. Si on a moins de 250 poules, on n’a pas besoin d’analyse pour la vente directe. Au fil du temps, on a même recruté des salariés. Ce sont des emplois qui restent ici, sur le territoire ».
Un peu plus loin, un traiteur vend des poulets fermiers et des plats préparés. « Mes poulets, ils viennent du producteur de volailles du marché. On a fait le choix de la qualité. Avec ses accords de libre-échange, c’est surtout dans la grande distribution que l’on va voir arriver des volailles de mauvaises qualités. Alors oui, c’est moins cher mais moins bon. »
Ce serait donc plutôt le porte-monnaie des consommateurs qu’il faudrait garnir au lieu de continuer à tirer les prix vers le bas.

