L’ayatollah Ali Khamenei, cultive l’image d’un guide suprême modeste. Mais derrière cette apparente sobriété se cache un empire de plusieurs centaines de milliards de dollars, qui lui permet de consolider son pouvoir en Iran.
Toujours vêtu avec simplicité, Ali Khamenei cultive officiellement un mode de vie sobre, loin de tout luxe ostentatoire. Mais le Guide suprême iranien, dont l’autorité surpasse celle du président élu, se trouverait en réalité au centre d’un empire financier colossal estimé à plus de 100 milliards de dollars. Un système opaque qui lui a assuré, jusque-là, une stabilité politique inébranlable.
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L’empire discret d’Ali Khamenei
Dès 2013, au terme d’une enquête de six mois, l’agence Reuters évaluait déjà la puissance financière d’Ali Khamenei à quelque 95 milliards de dollars. Un montant colossal qui dépassait alors les revenus annuels du pétrole iranien. Dix ans plus tard, le groupe de réflexion Foundation for Defense of Democracies, basé à Washington et connu pour son plaidoyer en faveur d’une politique américaine plus dure envers Téhéran, avançait que son empire économique pourrait valoir en réalité jusqu’à 200 milliards de dollars, bien au-delà des estimations antérieures.
Au cœur de cet empire se trouve une structure de l’ombre, baptisée Setad, qui possède des parts dans pratiquement chaque secteur de l’économie nationale – de la finance en passant par le pétrole ou encore les télécommunications. Pour comprendre comment Setad a constitué, pour le guide suprême iranien, l’aide financière de départ pour établir son pouvoir, il faut remonter à la révolution de 1979. Suite à l’effondrement du régime du shah, les élites fortunées ont fui, laissant derrière elles un immense patrimoine.
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Peu avant sa mort survenue en 1989, l’ayatollah Ruhollah Khomeyni avait fondé Setad avec une mission précise : gérer et vendre l’héritage des fortunes en fuite pour financer l’aide aux plus démunis. Alors que ce dispositif ne devait durer que deux années, Ali Khamenei, devenu le nouveau guide suprême et donc le nouveau maître de cette manne financière, la transforme en machine économique tentaculaire qui perdure encore aujourd’hui.
L’argent au service du pouvoir
Les pouvoirs de la Setad dépassent de loin ses prérogatives d’origine. D’après Reuters, elle détient, sur ordre de justice, un vrai monopole sur la saisie de propriétés au nom du guide suprême, qu’elle met ensuite en vente aux enchères. Mais cette expansion n’est pas passée inaperçue sur la scène internationale. En juin 2013, Setad et ses 37 filiales ont été placés sous sanctions américaines. Cette pression s’est accentuée dix ans plus tard, lorsque l’administration de Donald Trump a décidé d’une nouvelle vague de mesures, ciblant cette fois directement l’ayatollah Ali Khamenei.
Les autorités américaines accusent alors l’organisation de dissimuler des milliards de dollars au profit de l’élite iranienne. Si l’enquête de Reuters souligne qu’aucun élément ne permet d’affirmer qu’Ali Khamenei détourne personnellement ces fonds, une partie de ces sommes alimenterait néanmoins directement l’appareil du pouvoir et la diffusion de son idéologie.
La question autour de la mesure dans laquelle Ali Khamenei est toujours au sommet de l’Iran fait souvent l’objet de spéculations. Dans ce contexte, Setad lui offrirait probablement des ressources financières suffisantes pour agir en dehors du contrôle du Parlement et du budget national, le mettant à l’abri des luttes de pouvoir qui traversent la République islamique.

