January 15, 2026

Groenland : pourquoi la menace russe et chinoise sur les nouvelles routes maritimes inquiète Trump

l’essentiel
La fonte de la banquise arctique ouvre de nouvelles voies maritimes qui rapprochent l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord. Ces corridors, stratégiques et très convoités, alimentent déjà des rivalités entre grandes puissances et font du Groenland et de l’Arctique un théâtre de tensions géopolitiques inédites.

Le Groenland concentre toutes les attentions depuis l’intérêt affiché par Donald Trump. Située en partie au-delà du cercle polaire, l’île se trouve dans une région devenue hautement stratégique. Si le Danemark a bien renforcé ses investissements en matière de sécurité sur ce territoire autonome pour apaiser Washington, le président américain continue d’évoquer la nécessité d’en prendre le contrôle afin d’empêcher la Russie ou la Chine de s’y installer. En toile de fond, la fonte progressive des glaces ouvre de nouvelles routes maritimes et redessine les équilibres économiques et géopolitiques.

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Deux nouvelles routes pour relier les océans

Jusqu’à présent, l’unique corridor permanent reliant les trois océans demeurait la route des trois caps, passant par le Horn, Bonne Espérance et la Tasmanie, malgré sa distance avec les cœurs battants de l’économie mondiale. Mais sous l’effet du réchauffement climatique, la régression de la banquise arctique ouvre progressivement deux nouvelles voies maritimes à proximité immédiate avec l’Europe, l’Asie du Nord et l’Amérique du Nord.

Les passages du Nord-Ouest et du Nord-Est constituent en effet de remarquables jonctions entre les océans. Le premier contourne les îles du Grand Nord canadien et longe l’Alaska avant de rejoindre le Pacifique par le détroit de Béring. Quant au passage du Nord-Est, il s’élance de la mer de Barents, traverse l’archipel russe de la Terre du Nord et suit les côtes de Sibérie orientale pour déboucher sur le même détroit.

La régression de la banquise arctique ouvre progressivement deux nouvelles voies maritimes.
La régression de la banquise arctique ouvre progressivement deux nouvelles voies maritimes.
Centre d’études stratégiques de la Marine

Hégémonie russe et ambitions chinoises

Selon la National Geospatial-Intelligence Agency (NGA), l’étendue moyenne de la glace de mer a diminué de près de 40 % depuis 1981, ouvrant de nouvelles opportunités de navigation. La route du Nord-Ouest permettrait ainsi de relier Shanghai à Rotterdam en environ 35 jours, contre 48 via le canal de Suez. Un raccourci qui suscite un vif intérêt en Chine. Pékin, bien que géographiquement éloigné de l’Arctique, revendique l’ambition de développer une “route de la soie polaire” et renforce dans cette logique sa coopération avec Moscou.

La Russie dispose pour sa part d’un atout géographique majeur qui lui permet de contrôler une large partie de la route du Nord-Est. Depuis plusieurs années, Moscou investit massivement dans ses ports et ses infrastructures logistiques, soutenu par une flotte d’une quarantaine de brise-glace, dont plusieurs à propulsion nucléaire. En investissant massivement dans sa propre flotte de brise-glace, la Chine a d’ailleurs déjà surpassé les capacités des États-Unis dans ce domaine, estime la revue de géopolitique Conflits.

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Militarisation des passages polaires

Alors que le ministère des Armées français estime qu’une route maritime transpolaire pourrait devenir opérationnelle d’ici 2050, la question du contrôle de ces voies s’impose déjà. En cas de conflit, ces axes d’approvisionnement pourraient être détournés à des fins militaires, un scénario d’autant plus préoccupant que Moscou a transformé l’Arctique en véritable bastion stratégique.

En octobre 2025, le Premier ministre norvégien avait d’ailleurs alerté l’OTAN sur le renforcement massif de l’arsenal russe dans la région. À la frontière de la Finlande et de la Norvège, la ville de Mourmansk, port d’attache de la Flotte du Nord, abrite l’un des stocks d’armes nucléaires les plus importants au monde. Protégée par un réseau de surveillance sophistiqué, cette présence en mer de Barents permettrait à la Russie de verrouiller des passages maritimes essentiels pour le ravitaillement des forces occidentales en cas de conflit, affirmait alors le ministre Tore Sandvik.

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