Invitée la semaine dernière du podcast “Les voix du crime” sur RTL, Maître Malika Chmani s’est confiée durant 35 minutes au micro de Marie Zafimehy. L’avocate de Louis et Elyah, les enfants du couple Jubillar, y livre un témoignage rare et bouleversant sur l’état d’esprit des deux enfants, aujourd’hui confrontés à la perspective d’un nouveau procès en appel.
Pendant quatre ans, Maître Malika Chmani a accompagné Louis et Elyah Jubillar dans l’ombre d’une affaire judiciaire devenue un symbole. Discrète, constante, elle a assisté les deux enfants de Cédric et Delphine Jubillar à chaque étape de l’enquête et du procès. Aujourd’hui, alors que la cour d’assises du Tarn a condamné leur père à 30 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de leur mère, l’avocate a accepté, sur RTL la semaine dernière, de raconter ce que l’on n’avait jamais vraiment entendu : ce que vivent les enfants après le verdict.
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Durant 35 minutes d’échange avec la journaliste à la tête du podcast “Les voix du crime”, la robe noire du barreau de Toulouse décrit le moment de bascule où elle a dû annoncer à Louis, âgé aujourd’hui de 11 ans, la poursuite de la machine judiciaire. L’avocate se souvient avec émotion de cet échange : “Louis, on l’a reçu après le procès et il nous a dit qu’il était content que ça s’arrête là. Et là, nous, on lui a dit : ‘Non Louis, on est désolés, mais ça ne s’arrête pas là, ça va recommencer. En attendant, tu vas vivre ta vie, mais papa, il n’est pas content de la décision, donc il a relevé appel. Ça fait partie de ses droits’.

Louis, d’enfant “verrouillé” à garçon “en colère”
Pour les deux enfants du couple, ce second procès, pressenti pour janvier 2027, vient briser l’espoir d’une “vie normale”. Pour l’avocate, l’enjeu est désormais de préserver l’adolescence des mineurs, eux qui ont déjà vécu une rentrée scolaire au rythme des audiences. Preuve en est, à l’école, depuis l’affaire, Louis a demandé de ne plus porter le nom de son père. “Il faut mesurer que c’est difficile, dans ce contexte-là, d’avoir de nouveaux camarades, d’avancer dans une nouvelle scolarité.”

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Dans ce long entretien, Maître Chmani décrit l’évolution psychologique de Louis, passé du statut d’enfant “verrouillé et sous influence” à celui “d’un garçon en colère”. Si l’enfant a fini par se livrer aux juges, racontant les cris et la dispute la nuit de la disparition, il vit désormais mal le silence de son père sur l’emplacement du corps. “Plus le temps passe, plus il est en colère. Il est en colère parce que papa n’a pas dit la vérité”, souligne l’avocate toulousaine en collaboration avec Me Laurent Boguet dans l’intérêt des enfants. Lors du procès, Louis a d’ailleurs marqué une rupture symbolique forte en appelant son père par son prénom dans une lettre à la présidente. “Il a été déçu de la posture de son père, il a basculé sur Cédric”, analyse-t-elle.
“Papa je l’aime, il me manque”
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Quant à la petite Elyah, 6 ans aujourd’hui, elle n’a aucun souvenir de Delphine. Pour elle, sa tante maternelle, chez qui elle vit avec Louis depuis plusieurs années, est devenue sa figure maternelle, mais le lien avec le père reste une plaie ouverte. “Elle fait sa danse, elle travaille bien à l’école, rapporte Maître Chmani. Elle se dit : ‘Papa, il va me voir, il ne va pas me reconnaître parce que j’ai grandi’. En fait, papa, je l’aime et papa me manque.”
Pourtant, cette déchirure affective s’accompagne désormais d’une décision radicale de l’institution judiciaire. Le 1er décembre dernier, la cour d’assises du Tarn a ordonné le retrait total de l’autorité parentale à Cédric Jubillar. D’ici l’ouverture du second procès, les enfants devront continuer de se construire dans l’ombre d’une vérité confisquée, protégés juridiquement d’un père dont ils attendent encore un aveu.

