La natation thérapeutique inventée par Alain Alibert a révolutionné sa santé. Atteint d’une maladie génétique rare, il a en effet mis au point une nage unique qui lui a permis d’améliorer sa capacité respiratoire. Elle est passée de 58 % à 72 % en deux ans. Sa nouvelle ambition désormais est de faire intégrer cette nage aux Jeux paralympiques.
Trois fois par semaine, Alain Alibert se rend à la piscine municipale de Montauban. S’il adore nager, son entraînement régulier est pour lui bien plus qu’un hobby. En effet, l’informaticien de 57 ans s’y rend avec assiduité pour des raisons médicales. Atteint d’une maladie génétique rare, le quinquagénaire a une grave déficience respiratoire. Une pathologie qui ne se voit pas, enfin sauf quand il est dans l’eau…
En effet, après plusieurs années de natation classique, notamment en brasse, et de recherche personnelle, le Montalbanais a mis au point une nouvelle nage. Celle-ci lui permet de faire travailler au maximum, non seulement sa respiration, mais aussi la mobilité de sa cage thoracique. Visuellement, les nageurs qui le côtoient lors de ses entraînements ont pu être surpris de le voir faire ! À l’observer, on pourrait croire qu’il fait du surplace ! Mais à y regarder de plus près, on se rend compte qu’il avance bel et bien… À son rythme certes, mais surtout, à reculons !
“Je pousse avec mes bras, des cuisses vers la tête. Et mes jambes font un mouvement sous l’eau qui fait travailler les abdos. Ça compresse les poumons et appuie sur la cage thoracique, essaie-t-il d’expliquer. En difficulté, c’est un mélange entre la nage papillon, qui est assez technique, et une salle de musculation. Parce que je vous assure que ça fait vraiment travailler les muscles”, souligne-t-il.
“Si ça peut permettre à l’USM de quitter la dernière place du TOP 14, qu’ils n’hésitent pas à me faire signe !
“Le côté amusant, c’est que dans un cas sur deux, les patients atteints par ma pathologie sont inversés. C’est-à-dire qu’ils sont comme votre reflet dans un miroir : le cœur à droite, le foie à gauche, etc. Et c’est mon cas, révèle-t-il. Nager à l’envers pour quelqu’un qui est à l’envers. C’est assez logique”, plaisante-t-il.
Si cette nage peut paraître un poil saugrenue, le plus important c’est qu’elle a un effet concret et bénéfique sur la santé du Montalbanais.
Un gain significatif sur sa capacité respiratoire
“Depuis que je fais cette nage, mon ressenti est franchement bien meilleur. Ma fille m’a aussi fait remarquer que je ne ronfle pratiquement plus aujourd’hui”, liste-t-il. Les récentes analyses et mesures réalisées en clinique pour vérifier l’évolution de sa capacité respiratoire prouvent en outre que le travail mené par Alain a un véritable effet bénéfique sur sa santé ! “Ma capacité respiratoire est passée de 58 % à 72 % en deux ans”, se félicite, à raison, Alain Alibert.

Désormais, l’informaticien s’est mis en tête un nouvel objectif : “Je veux faire valider cette nage médicalement puis sportivement. Je voudrais la faire ajouter aux Jeux paralympiques, avec l’intégration des athlètes ayant un handicap respiratoire, car jusqu’à présent, ils sont exclus des Jeux”, regrette-t-il.
“Toutes les personnes qui ont des soucis respiratoires, qui ont besoin de drainer leurs poumons et qui veulent essayer cette nage peuvent me contacter, lance-t-il et je partagerai avec plaisir. Ça peut aussi être intéressant pour des apnéistes, voire pour des sportifs qui ont besoin de développer le haut de leur corps et leur respiration.” Et de lancer, avec humour, un appel au club de rugby de la ville : “Si ça peut permettre à l’USM de quitter la dernière place du TOP 14, qu’ils n’hésitent pas à me faire signe !”
La dyskinésie ciliaire primitive : c’est quoi ?
C’est une maladie génétique rare qui a divers impacts sur la santé des patients, et notamment au niveau respiratoire.
“Les cils de mes poumons, sinus, oreilles internes, ce sont des choses microscopiques, n’ont jamais fonctionné depuis ma naissance, développe le quinquagénaire. Dans l’oreille interne, ils servent à transmettre le son donc j’ai une petite perte auditive. Au niveau des sinus et des poumons, c’est un peu plus problématique puisqu’ils servent à remonter le mucus qui lui est utilisé pour capter les poussières, etc. Chez moi, ces cils ne fonctionnent pas. Je suis obligé de tousser, cracher pour que le mucus sorte de mes poumons, de me moucher pour les sinus”, explique-t-il.
Fait notable, environ la moitié des patients présentent une anomalie de latéralité des organes, c’est-à-dire que leurs organes sont inversés. C’est le cas pour Alain Alibert qui a donc son cœur à droite !

