Capture d’écran d’une vidéo prise à Mashhad dans le nord de l’Iran, le 13 janvier 2026. AFP/ANONYMOUS
Pour aller plus loin
Difficile de connaître l’ampleur exacte de la répression en Iran, tant les communications restent incertaines vers l’extérieur du pays. Mais près de trois semaines après le début du large mouvement de contestation lancé par des commerçants le 28 décembre 2025, le nombre de personnes tuées par le régime s’annonce terrible, et dépasse, selon certaines ONG, les milliers de morts.
Mercredi 14 janvier, le bilan de la répression a en effet changé d’échelle. Si le nombre de personnes tuées varie selon les organisations et les témoins, les chiffres sont tous impressionnants. L’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège et qui évoquait au moins 192 manifestants morts lundi, affirme désormais qu’au moins 3 428 manifestants ont été tués depuis le début du mouvement de contestation contre le pouvoir – qui s’est renforcé depuis le vendredi 9 janvier – tout en reconnaissant que ce chiffre pourrait être bien plus élevé. IHR « continue de recevoir des rapports faisant état de milliers de morts dans différentes villes et provinces d’Iran », précise l’organisation.
De son côté, Human Rights Activists News Agency (HRANA) affirme que plus de 2 500 personnes sont mortes. Parmi ces « morts confirmées », 2 403 manifestants dont douze mineurs et neuf civils qui ne prenaient pas part aux manifestations. L’organisation ajoute que 147 membres des forces de sécurité et soutiens du gouvernement ont été tués. Elle évoque, par ailleurs, l’arrestation de 18 434 personnes dans 187 villes, la diffusion de 97 confessions forcées, et 1 134 blessés graves.
Yvette Cooper, ministre britannique des Affaires étrangères, a déclaré, mardi, que le gouvernement du Royaume-Uni pense « qu’il y a pu y avoir 2 000 personnes tuées, peut-être plus ». « Ma crainte est que ce nombre soit considérablement plus élevé », a-t-elle ajouté, citée par CBS News. La chaîne américaine évoque un autre bilan, beaucoup plus élevé : selon une source en Iran, des groupes d’activistes ayant compilé des rapports médicaux pensent que le nombre de morts pourrait être d’au moins 12 000 personnes, 20 000 au plus haut. Si tous ces chiffres sont incertains, les rapports crédibles font état « de tueries à grande échelle menées par les forces de sécurité à travers le pays », affirme l’ONG Human Rights Watch.
« C’est comme une zone de guerre »
D’une ampleur inédite depuis 2022 et le mouvement Femme, Vie, Liberté, ce mouvement de contestation a été déclenché à Téhéran par des commerçants protestant contre le coût de la vie. Les manifestations se sont ensuite élargies pour critiquer le régime des mollahs et ont gagné de nombreuses autres villes.
Depuis, les inquiétudes grandissent sur une brutale répression des manifestants, alors que l’Iran reste privée d’Internet depuis le 8 janvier. Les communications sont difficiles avec le monde extérieur, compliquant le travail de veille des ONG. Mais les organisations et des agences de renseignements américains, cités par le « New York Times », s’accordent pour dire que la répression actuelle est bien plus violente que celle des précédents mouvements de contestation de ces dernières années.
Les témoignages de journalistes ou soignants venant d’Iran décrivent de terribles scènes de violences à travers le pays. Des témoins cités par le quotidien new-yorkais décrivent des snipers positionnés sur les toits pour tirer dans la foule, des rassemblements pacifiques tournant au chaos sous les balles, des tirs indiscriminés depuis des voitures contre des manifestants. « Les [forces de sécurité] tirent volontairement dans la tête et les yeux », a raconté un médecin de Téhéran, mardi, auprès du quotidien britannique « The Guardian ». « C’est comme dans les films de guerre où l’on voit les soldats blessés soignés en plein champ. Nous n’avons pas assez de matériel médical. C’est comme une zone de guerre », a décrit un autre.
Un porte-parole de l’ONG Abdorrahman Boroumand Center for Human Rights, basée aux Etats-Unis, a de son côté affirmé auprès du « Guardian » que « même lorsqu’ils utilisent des armes dites moins létales, la République islamique cible délibérément les organes vitaux, transformant ces outils en instruments de mutilation systématique et d’invalidité permanente pour terroriser les manifestants ». La répression aurait même lieu jusque dans les hôpitaux, selon l’organisation HRANA, citée par le « New York Times », qui évoque des témoignages faisant état de blessés arrêtés par la police avant même d’avoir pu recevoir des soins.
Les vidéos qui parviennent à sortir du pays – lorsque certains habitants parviennent à obtenir une connexion satellite le temps de quelques minutes – montrent d’interminables rangs de sacs mortuaires, entourés d’Iraniens sanglotant ou à la recherche de leurs familles.
Une première exécution de manifestant est prévue
Signe de l’ampleur du bilan, les autorités iraniennes ont reconnu un nombre élevé de morts, cherchant toutefois à les présenter comme des victimes de manifestants violents ou des membres des forces de sécurité, souligne le « New York Times ». Un officiel du ministère iranien de la Santé a même évoqué auprès du journal, sous couvert d’anonymat, un bilan de 3 000 morts, tout en rejetant la faute sur des « terroristes ».
Mardi matin, la diplomatie américaine a annoncé qu’une première exécution de manifestant était prévue pour mercredi. « Plus de 10 600 manifestants ont été arrêtés. […] Erfan Soltani, 26 ans, dont l’exécution a été programmée pour le 14 janvier, est l’un d’eux », a dit le Département d’Etat dans un message en farsi sur X. Amnesty international a demandé à l’Iran de « surseoir immédiatement à toutes les exécutions, y compris celle d’Erfan Soltani ». « Nous agirons de manière très forte s’ils font une chose pareille », a prévenu, mardi soir, le président américain, Donald Trump, qui continue d’agiter la menace d’une intervention militaire. Il a également promis aux manifestants que « beaucoup d’aide est en route », sans en préciser ni la nature ni le délai de livraison.
Les condamnations internationales continuent d’affluer : l’ONU s’est dit « horrifiée » et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dénoncé un bilan « effroyable », disant plancher sur de nouvelles sanctions contre Téhéran.

