Alors que les Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026 approchent (6-22 février), la rééducation après une blessure au genou n’a pas freiné les ambitions olympiques de Perrine Laffont. Grâce à un protocole rigoureux, la skieuse de bosses des Monts d’Olmes a retrouvé sa forme physique et mentale. Les objectifs pour les Jeux restent inchangés.
À quelques semaines des Jeux Olympiques de Milan-Cortina (6-22 février) et après une blessure au genou qui l’a contrainte à manquer les deux dernières étapes de Coupe du monde, Perrine Lafont s’est exprimée afin de faire le point sur son état de santé et sa préparation. L’Ariégeoise, championne olympique de ski de bosses 2018 à Pyeongchang (Corée-du-SUd), est revenue sur son processus de récupération, ses choix sportifs récents et ses ambitions à l’approche de l’échéance olympique.
Comment vous sentez-vous physiquement et mentalement par rapport aux objectifs fixés ?
Physiquement, ça va très bien. J’ai bien repris du muscle, notamment grâce à tout le travail fait autour du genou. Un protocole très précis a été mis en place dès le lendemain de la blessure, et aujourd’hui tout réagit bien. Cela fait plus d’une semaine que j’ai repris le ski, sans souci particulier. Je me sens en forme.
Mentalement, la blessure a forcément un peu bousculé la vision qu’on avait de la saison. Mais j’ai appris à être malléable. C’est une saison olympique particulière, différente de ce que j’imaginais, mais aussi avec des aspects très positifs : je suis à la maison, entourée de tout le staff médical, je récupère mieux que si j’étais en déplacement constant sur les courses de Coupes du monde, et je continue à travailler autrement. Les grands objectifs de février ne sont absolument pas remis en question.
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Vous sentez-vous aujourd’hui à 100 % ? Pensez-vous l’être bientôt ?
J’ai une reprise très encadrée, très progressive : deux jours de ski, puis un jour dans les bosses, puis on augmente petit à petit. Toutes les étapes se sont très bien déroulées. Aujourd’hui, j’ai recommencé à sauter plus gros et tout s’est super bien passé.
Je me sens en forme au regard de la blessure que j’ai eue. Il y a encore un petit temps de remise en confiance, notamment sur les sauts. Mais ce matin, par exemple, il m’a fallu un ou deux sauts pour que le cerveau se dise : ‘OK, tout va bien, il n’y a aucune douleur’, et ensuite j’ai pu envoyer normalement. Pour l’instant, tout se passe très bien.
Quand pensez-vous retrouver votre niveau de compétitivité d’avant blessure ?
C’est difficile à dire précisément, on fonctionne vraiment au jour le jour, en fonction des sensations. D’un point de vue médical, au bout de six semaines, il n’y a normalement plus de risque. Lundi prochain, théoriquement, je ne crains plus rien.
Je n’ai pas vraiment d’appréhension quant au fait de retrouver mon niveau. Ce n’est pas quelque chose qui se perd. J’ai tellement répété ce run à l’avant-saison que, dès que je sais que le corps tient et que je peux m’engager physiquement, les repères reviennent très vite. La journée d’aujourd’hui m’a d’ailleurs confortée dans cette idée : dès que le physique suit, tout s’enchaîne assez naturellement.
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Quel est votre cadre d’entraînement actuellement, alors que l’équipe de France est en compétition à l’étranger (aux Etats-Unis) ?
Je m’entraîne avec Gaël, coach basé à Megève. Il travaille en lien direct avec Albert et Jules, les coachs présents sur la Coupe du monde. Ils ont défini un plan d’entraînement, que Gaël applique sur le terrain.
Je suis basée à Combloux, sur un domaine qui englobe Megève, La Giettaz et Combloux. Les remontées mécaniques nous ont mis une piste à disposition, ce qui est génial. Gaël a façonné une piste d’entraînement, on a formé les bosses, et j’ai pu reprendre les sauts dès aujourd’hui. Demain, je pourrai enchaîner bosses et sauts.”
Comment vivez-vous psychologiquement le manque de compétition à l’approche d’échéances importantes ?
Je le vis plutôt bien. Certaines Coupes du monde, notamment au Canada, se sont déroulées dans des conditions très dangereuses. Beaucoup d’athlètes n’ont même pas pris le départ. Je ne regrette absolument pas de ne pas y être allée.
Pour les États-Unis, on s’est posé la question, mais les conditions annoncées étaient également très dures. Rester en France, avec de bonnes conditions d’entraînement, est finalement une vraie chance. La Coupe d’Europe de Megève reste une option, surtout pour reprendre des départs en duel. On avance semaine par semaine, en fonction de mon état.”
“Aujourd’hui, les sensations sur les skis sont bonnes”
Ces échanges avec d’autres sportifs, comme Antoine Dupont, ont-ils été importants pendant votre rééducation ?
Oui, énormément. Cette blessure a aussi été très enrichissante humainement. J’ai pu m’entraîner au Stade Toulousain, échanger avec Antoine Dupont sur les blessures et la rééducation. Le kiné qui s’occupait de lui m’a suivie aussi. J’ai découvert une autre structure d’entraînement, très différente de celle du ski, et c’était passionnant. J’ai aussi passé plus de temps dans les Pyrénées, avec ma famille. Mentalement, ça m’a beaucoup ressourcée. Ce sont des expériences que je n’aurais sans doute jamais vécues sans cette blessure.
Le manque de rythme en compétition peut-il vous freiner ou vous amener à tenter moins de choses ?
Honnêtement, je n’ai jamais arrêté de m’entraîner. Dès le lendemain de la blessure, j’étais avec le kiné et le médecin. Il y a eu une cellule de réathlétisation immédiate. Je n’ai pas perdu de rythme : Noël, le 1er janvier, j’étais à la salle de musculation. Je n’ai peut-être pas de rythme de compétition, mais mon rythme d’entraînement est resté très élevé. De ce point de vue là, ça n’a rien changé.
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Le forfait pour les Jeux Olympiques a-t-il été envisagé à un moment ?
Seulement avant les résultats de l’IRM. Une fois les examens faits, les médecins ont tout de suite mis un protocole en place. Le fait d’avoir été rapatriée immédiatement en France, avec des soins quotidiens très lourds, a énormément aidé. Au bout de quinze jours, il n’y avait déjà plus d’inflammation au genou. Aujourd’hui, les sensations sur les skis sont bonnes. Si tout continue comme ça, il n’y a aucune inquiétude pour les Jeux.
Avez-vous revu votre stratégie sur les sauts après cette blessure ?
“Tout dépendra de la piste aux Jeux. Mais le gros run, celui avec le double spin et le double spin grab, on l’a déjà validé. Il a payé en Coupe du monde, il est très fort. C’est un run exigeant physiquement et mentalement, mais c’est celui qui marque le plus de points et qui crée un vrai effet “waouh” auprès des juges. C’est clairement la stratégie qu’on vise pour les Jeux, avoir le plus gros run possible.
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Cette blessure a-t-elle modifié vos ambitions olympiques ?
Je ne me suis jamais fixé d’objectif précis en termes de médaille. Le résultat ne dépend pas uniquement de moi : il dépend des autres, des conditions, et du jugement. Ce que je maîtrise, c’est mon niveau de performance. Même avec cette blessure, l’objectif reste le même : skier au plus haut niveau possible. Si ça passe, tant mieux. Si quelqu’un est plus forte ce jour-là, il faudra l’accepter. La blessure ne change absolument pas notre ambition de performer très fort aux Jeux. La suite s’écrira sur la piste, en Italie.

