Ancienne cadre de Google au Royaume-Uni, Victoria Woodall affirme avoir été poussée vers la sortie après avoir signalé des comportements sexuels inappropriés d’un supérieur. Son dossier, examiné par un tribunal londonien, interroge la protection réelle des lanceurs d’alerte au sein des grandes entreprises technologiques.
En signalant, à l’été 2022, les propos et gestes déplacés d’un manager lors de rendez-vous professionnels, Victoria Woodall pensait agir conformément aux règles internes de Google. Selon son témoignage devant le London Central Employment Tribunal, relayé par la BBC, cette démarche aurait pourtant marqué le début d’une mise à l’écart progressive, conclue par son licenciement économique en mars 2024.
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À l’époque, Victoria Woodall occupe un poste de direction au sein des équipes commerciales de Google UK. Elle est alertée par une cliente, choquée après un déjeuner d’affaires au cours duquel un manager aurait multiplié les récits sexuels, évoquant notamment un mode de vie “échangiste”. Une seconde cliente rapporte ensuite que le même responsable lui aurait montré une photo intime de son épouse sur son téléphone. Victoria Woodall transmet ces éléments à sa hiérarchie, déclenchant une enquête interne.
La justice doit trancher
L’investigation menée par Google, qui auditionne une douzaine de personnes, conclut à des faits de harcèlement sexuel. Le manager est licencié pour faute grave. Deux cadres, accusés d’avoir été témoins sans réagir, sont rappelés à l’ordre avant d’être eux aussi concernés par un plan de suppressions de postes.
Mais pour Victoria Woodall, la sanction ne s’arrête pas là. Elle affirme avoir été privée de comptes stratégiques, rétrogradée sur des projets internes et exposée à une dégradation de ses évaluations professionnelles. Elle dénonce un climat de représailles et une culture de “boys’ club”, citant notamment l’existence passée de déjeuners réservés aux hommes, financés par l’entreprise.
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Google conteste fermement ces accusations. Le groupe reconnaît le caractère de lanceuse d’alerte de la démarche initiale, mais assure que la suppression du poste de Victoria Woodall s’inscrivait dans une réorganisation plus large, touchant plusieurs dizaines d’emplois. L’entreprise nie toute mesure de rétorsion et décrit des décisions “strictement professionnelles”.
Le jugement est attendu dans les prochaines semaines. Il pourrait faire date, tant il pose la question sensible de la protection effective des salariés qui dénoncent des abus, même lorsque leurs signalements sont jugés fondés par leur propre employeur.

