Des Iraniens bloquant une rue pendant une manifestation à Téhéran, le 9 janvier 2026. MAHSA/MEI/SIPA
L’Iran au cœur de toutes les inquiétudes. Depuis le 28 décembre, début du mouvement de contestation contre la vie chère, élargi ensuite contre le pouvoir, au moins 648 manifestants ont été tués en Iran, a annoncé lundi 12 janvier l’ONG Iran Human Rights, basée en Norvège. Neuf mineurs figureraient parmi les personnes tuées selon l’organisation, faisant également état de milliers de blessés. Certaines estimations, que l’ONG n’a pas pu vérifier, évoquent un bilan nettement plus élevé, allant jusqu’à plus de 6 000 blessés.
Outre la répression, les autorités iraniennes tentaient lundi de reprendre le contrôle de la rue avec des rassemblements massifs dans le pays. A l’appel du président Massoud Pezeshkian, des milliers d’Iraniens ont ainsi envahi, selon les images de la télévision d’Etat, la place de la Révolution, au cœur de Téhéran, en soutien au pouvoir.
Un bilan meurtrier et une violence toujours plus sanglante de la part du pouvoir iranien, qui entraînent de vives réactions internationales. « Le Nouvel Obs » fait le point sur les déclarations.
• Emmanuel Macron défend « les libertés fondamentales »
Le président français Emmanuel Macron a condamné lundi « la violence d’Etat qui frappe aveuglément » les manifestants en Iran et s’est dit aux côtés des défenseurs « des libertés fondamentales ».
« Je condamne la violence d’Etat qui frappe aveuglément les Iraniennes et Iraniens qui réclament avec courage le respect de leurs droits », a-t-il écrit sur X. « Le respect des libertés fondamentales est une exigence universelle et nous sommes aux côtés de celles et ceux qui les défendent », a-t-il ajouté.
La France « comprend les aspirations légitimes du peuple iranien » et appelle les autorités iraniennes « à la plus grande retenue » dans leur réponse aux manifestations, avait déclaré vendredi une source diplomatique à des journalistes.
• Le personnel diplomatique non essentiel français a quitté l’Iran
Lundi soir, le personnel diplomatique non essentiel français a quitté l’Iran en raison des troubles agitant le pays, a appris l’AFP lundi soir auprès de deux sources informées du dossier. Ces employés ont quitté l’Iran en deux vagues, dimanche et lundi, ont indiqué ces sources, sans préciser leur nombre exact.
« Le format de l’ambassade a été reconfiguré pour la mettre en mesure d’assurer ses missions dans le contexte local », a indiqué à l’AFP le ministère des Affaires étrangères, pour qui « la protection de nos agents comme de nos ressortissants est une priorité ».
En fonctionnement normal, l’ambassade de France à Téhéran comprend une trentaine d’expatriés, auxquels s’ajoutent quelques dizaines d’employés en statut local. « Notre ambassade est ouverte et fonctionnelle. L’ambassadeur est sur place, avec l’équipe. Nous assurons les services dont nos compatriotes qui se trouveraient en Iran ont besoin », selon le ministère.
• En Europe, des réactions en chaîne
Le chancelier allemand a « fermement condamné » lundi la violence exercée par les dirigeants iraniens contre leur propre peuple, la qualifiant de « signe de faiblesse », lors d’une conférence de presse en déplacement à Ahmedabad, dans le nord de l’Inde.
« J’appelle les dirigeants iraniens à protéger leur population au lieu de la menacer (…) Cette violence n’est pas un signe de force mais aussi une faiblesse. Elle doit cesser immédiatement », a dit Friedrich Merz, en visite de deux jours en Inde.
A Berlin, l’un des porte-parole du gouvernement allemand, Sebastien Hille, a appelé à inscrire les Gardiens de la Révolution sur « la liste des entités soumises au régime de sanctions antiterroristes de l’UE ». Les 27 doivent d’ordinaire disposer d’une base juridique solide, comme une décision judiciaire existante dans un pays, pour procéder à une telle inscription. « Nous nous engageons au sein de l’UE pour qu’un accord soit trouvé à ce sujet », a-t-il dit lors d’un point presse régulier du gouvernement allemand à Berlin.
Londres a également condamné la répression « horrible » des manifestants en Iran, appelant les autorités de Téhéran à « cesser immédiatement les violences ».
La ministre britannique des Affaires étrangères Yvette Cooper a ajouté s’être entretenue avec son homologue iranien Abba Araghchi, l’enjoignant à « cesser immédiatement les violences, respecter les droits et libertés fondamentaux et garantir la sécurité des ressortissants britanniques », a-t-elle ajouté dans un message publié sur X.
Même son de cloche du côté de la Belgique. Le chef de la diplomatie belge Maxime Prévot a convoqué lundi l’ambassadeur iranien à Bruxelles pour lui exprimer son « inquiétude » et exiger que Téhéran « entende les revendications pacifiques » des Iraniens qui manifestent, a-t-il indiqué dans un communiqué.
Il s’agit de lui « signifier nos inquiétudes, exiger des autorités iraniennes qu’elles s’abstiennent strictement de tout usage disproportionné de la force, et qu’elles entendent les revendications pacifiques des Iraniens », poursuit le ministre belge des Affaires étrangères. La semaine dernière, la Belgique avait invité ses ressortissants à quitter l’Iran dans les plus brefs délais en raison « du contexte sécuritaire et de possibles détentions arbitraires » dans ce pays.
• La Russie, elle, dénonce les « tentatives d’ingérence extérieure »
Le secrétaire du Conseil de sécurité russe Sergueï Choïgou a dénoncé lundi, lors d’un appel téléphonique avec son homologue iranien, les « tentatives d’ingérence extérieure ».
Allié de Téhéran, Moscou « a fermement condamné » lors de cette conversation avec Ali Laridjani de « nouvelles tentatives d’ingérence de forces extérieures dans les affaires intérieures de l’Iran », ont indiqué les agences de presse russes.
• Des ambassadeurs européens convoqués par le pouvoir iranien
Des ambassadeurs ou chargés d’affaires d’Allemagne, de France, d’Italie, de Grande-Bretagne, en poste à Téhéran, ont été convoqués lundi par les autorités iraniennes qui déplorent le soutien exprimé par ces pays aux manifestations iraniens, a annoncé le ministère iranien des Affaire étrangères.
« Nous confirmons la convocation d’ambassadeurs européens », a indiqué à l’AFP le ministère français des Affaires étrangères.
Dans une vidéo, on peut voir les diplomates prendre place devant un écran géant. Le ministère iranien des Affaires étrangères leur a projeté des images documentant, selon lui, des actions violentes des manifestants. « Ces actions dépassent le cadre de manifestations pacifiques et relèvent d’un sabotage organisé », selon le communiqué du ministère, relayé par la télévision d’Etat.
Par conséquent, Téhéran a demandé aux ambassadeurs de transmettre directement les images à leurs ministres des Affaires étrangères respectifs et exigé « le retrait des déclarations officielles soutenant les protestataires ». L’Iran a en outre souligné que « tout soutien politique ou médiatique était inacceptable et constituait une ingérence manifeste dans la sécurité intérieure du pays ».
• Les diplomates iraniens interdits du Parlement européen
Les diplomates ou responsables officiels iraniens sont désormais interdits d’accès au Parlement européen, a annoncé lundi sa présidente Roberta Metsola.
« Alors que le peuple courageux d’Iran continue de se battre pour ses droits et sa liberté, j’ai décidé aujourd’hui (lundi) d’interdire à tout le personnel diplomatique et à tout autre représentant de la République islamique d’Iran l’accès à l’ensemble des locaux du Parlement européen », a-t-elle déclaré sur X.
L’Union européenne envisage également de nouvelles sanctions contre l’Iran après les récentes manifestations durement réprimées par le pouvoir à Téhéran, a indiqué un porte-parole de l’UE. « Nous sommes prêts à proposer de nouvelles sanctions, plus sévères, à la suite de la répression à l’encontre des manifestants », a déclaré Anouar El Anouni, porte-parole du service diplomatique de l’UE.

