January 11, 2026

TEMOIGNAGES. Colère des agriculteurs : "Nous bloquer ne change rien"… les commerçants d’Auch étouffés à Noël par les actions agricoles

l’essentiel
Les barrages des agriculteurs autour d’Auch ont fait fuir les clients et asphyxié l’économie locale avant et pendant les fêtes. Enregistrant entre – 15 % et – 30 % de chiffre d’affaires, les commerçants, pourtant solidaires de la cause, tirent la sonnette d’alarme.

Les manifestations des agriculteurs ont perturbé l’activité économique d’Auch et de sa région.

En bloquant la rocade et les principales entrées de la ville, les barrages ont asphyxié le commerce local, déjà fragilisé par la crise économique. Les commerçants parlent d’une situation alarmante.

Un Noël sous tension

Pour la plupart des commerçants, la période de Noël est cruciale. Une parfumerie du centre-ville témoigne : “On a perdu 20 % de chiffre d’affaires par rapport à 2024. Les clients ont préféré faire leurs achats à Tarbes ou Toulouse, par peur de se retrouver bloqués.” Et les espoirs d’un report des achats n’ont pas été confirmés : “On pensait que les gens hésiteraient à aller à Toulouse et resteraient dans le département. Ça n’a pas été le cas.”

À lire aussi :
REPORTAGE. Colère des agriculteurs : tracteurs et feu de palettes face au froid aux portes de Toulouse

Une épicerie fine, spécialisée dans les produits locaux, confirme cette tendance : “On a perdu 15 % de chiffre d’affaires, surtout la semaine avant Noël. C’est la période où on ne doit pas se louper. Après, on ne récupère pas. Ceux qui n’ont pas les reins aussi solides que moi vont avoir du mal à tenir.”

Le rond-point des Juste est rouvert mais la rocade reste coupée… Les zones commerciales sont en souffrance.
Le rond-point des Juste est rouvert mais la rocade reste coupée… Les zones commerciales sont en souffrance.
DDM – MC

Certains s’en tirent sans mal. Une librairie note une fréquentation stable, mais des paniers moyens en baisse, qu’elle attribue à la crise économique. Jouet Club en centre-ville n’a pas constaté de changement : “Les gens ont pu se garer et venir normalement.”

Conséquences en cascade

Les blocages ont aussi perturbé la logistique et la fréquentation. Un caviste rapporte : “J’ai perdu la moitié de mon chiffre d’affaires le samedi avant Noël. En plus, c’est usant de subir ça en pleine période intense.”

La zone Endoumingue, qui dépend d’un rond-point des Justes perturbé et d’une rocade bloquée, souffre : “Beaucoup de clients ne venaient plus. On se sent abandonnés : le centre-ville est dégagé, mais ici, ça dure depuis des semaines !”

À lire aussi :
Colère des agriculteurs : 5 millions d’euros de déchets et des routes à réparer, la facture s’alourdit dans le Gers

Situation d’autant plus frustrante que les commerçants soutiennent, pour la plupart, la cause des agriculteurs. “On est d’accord sur le fond, explique un commerçant d’Endoumingue, qui a perdu 19 % en décembre. Mais là, on nous bloque, et ça ne change rien. On n’a aucun levier sur les demandes des agriculteurs.” Certains envisagent même le chômage partiel si la situation perdure. Et s’agacent : “Moi, si je coule, je n’aurai pas d’aides de l’État…”

Grand Chêne abattu

Le pire se joue au Grand Chêne. “L’entrée principale est fermée depuis 3 semaines, explique Jean Tapie, le représentant de la zone. Pour les petits commerçants, surtout le textile, c’est déjà compliqué. Là, ça pourrait être définitif.” Les soldes ne suffiront pas à compenser : “Ça génère du chiffre, mais pas de marge. Ça ne va pas équilibrer les comptes.”

À lire aussi :
Colère des agriculteurs : déchets, pneus, résidus végétaux… Face aux dégâts, un maire du Gers demande à l’Etat de payer pour le nettoyage

Les blocages ont profité en revanche aux villages alentour. “Les gens ont évité Auch parce que c’était compliqué, explique un commerçant de la zone. À Vic, à Seissan, ils ont beaucoup plus travaillé.” Jean Tapie tire la sonnette d’alarme : “À la fin de ces deux mois, on sera à – 30 % de chiffre d’affaires. Certains commerces sont en danger. Il faut que des solutions soient proposées aux agriculteurs, pour que les difficultés de déplacement s’atténuent, souligne Jean Tapie. Sinon, l’année sera noire.”

Suite à un mois de décembre agité, et afin d’avoir une photo de la réalité de la situation économique du commerce, l’association Auch Evidemment a envoyé une enquête, avec l’appui de la CCI. Les résultats seront présentés lors des vœux d’Auch Evidemment mardi à 19 h au Daroles (ouverts aux commerçants).

source

TAGS: