January 9, 2026

Colère des agriculteurs : 5 millions d’euros de déchets et des routes à réparer, la facture s’alourdit dans le Gers

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Les manifestations agricoles laissent dans le Gers une ardoise de plusieurs millions d’euros. Déchets et routes dégradées pèsent déjà pour plus de 5 millions pour le Département. Les collectivités réclament une prise en charge par l’État.

Déchets, routes dégradées, factures qui s’envolent : dans le Gers, les manifestations agricoles laissent derrière elles une ardoise qui menace de peser lourd sur les collectivités locales.

Alors que le mouvement, né de la crise de la dermatose nodulaire contagieuse et désormais élargi aux questions du revenu agricole et de la concurrence internationale, se poursuit, le président du conseil départemental, Philippe Dupouy, lance un avertissement : “Ce n’est pas au contribuable gersois de payer la note” et appelle l’État à “assumer pleinement ses responsabilités”. 

Le Département sous pression

À l’initiative de Philippe Dupouy, un échange s’est tenu avec le préfet du Gers Alain Castanier pour “aborder la crise agricole, les revendications des éleveurs et les conséquences concrètes des manifestations et des blocages routiers sur le territoire”, explique l’élu.

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Selon les services du Département, le coût du seul enlèvement et du traitement des déchets atteint déjà environ 5 millions d’euros, avec près de 14 000 m³ de déchets recensés à l’échelle du département.

Les travaux de remise en état des routes départementales et des zones endommagées, notamment à La Hurée et à Pujaudran où des incendies ont touché la voirie, viendront s’ajouter à cette note déjà salée, faisant craindre plusieurs millions d’euros de dépenses supplémentaires.

“Ce n’est pas au contribuable gersois de payer la note de la remise en état de nos équipements publics, déjà chiffrée à plusieurs millions d’euros”, insiste Philippe Dupouy, qui demande à l’État de prendre en charge les dégradations liées à des manifestations “dont les enjeux dépassent le cadre départemental”.

L’État sollicité par les communes

Partout dans le département, les municipalités commencent à mesurer le poids réel de ces coûts inattendus. À Auch, les services municipaux soulignent que les dépenses dépendent du temps mobilisé par les équipes municipales et de la nature des déchets, certains, comme l’amiante, pouvant faire s’envoler la facture. Le montant global pour la ville devrait dépasser 150 000 euros, et la commune engage déjà des discussions avec l’État pour la prise en charge.

La préfecture du Gers a également engagé des frais suite à l’action des agriculteurs devant la Direction départementale des Territoires (DDT) mi-décembre. Elle a pris en charge l’enlèvement des déchets et la réparation de deux portails automatiques, pour un coût total de 26 000 euros (18 000 euros pour l’enlèvement des déchets et 8 000 euros pour les portails).

Une plainte a été déposée, et une nouvelle action des agriculteurs le 21 décembre devant le centre des Finances publiques et à nouveau devant la DDT le 23 décembre n’a pas encore été chiffrée.

Devant les bâtiments de la DDT à Auch le 13 décembre dernier.
Devant les bâtiments de la DDT à Auch le 13 décembre dernier.
DDM – SEBASTIEN LAPEYRERE

À Mirande, le maire Patrick Fanton a écrit au préfet pour réclamer le remboursement de 15 000 euros engagés par la commune. Ce dernier a également écrit aux autres maires touchés pour leur demander de faire de même.

À Condom, le maire Jean-François Rousse évoque des dépôts importants aux abords de la sous-préfecture et de plusieurs ronds-points : “Ce n’est pas neutre financièrement”, souligne-t-il, sans avoir l’intention pour le moment de solliciter l’État.

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À Lectoure, le maire Xavier Ballenghien précise que les dépôts ont été faits le long de la départementale 1 021 et qu’aucun dommage n’a été constaté. Mais il assure que “si des dégâts surviennent sur des terrains communaux, nous demanderons le remboursement à l’État”.

Des comptes déjà dans le rouge

La crise intervient alors que la Cour régionale des comptes avait alerté le Département sur sa situation financière dégradée en juillet 2025. Entre 2022 et 2023, les charges sociales et de personnel ont fortement augmenté, et le rétablissement des comptes ne pourra se faire que sur plusieurs exercices.

Un plan d’économies est en cours, portant sur le personnel, les aides sociales et les infrastructures, mais ces coûts supplémentaires liés aux manifestations agricoles constituent un risque pour la stabilité financière du Département.

Face à ces dépenses exceptionnelles qui menacent l’équilibre budgétaire du Département, la question reste ouverte : comment l’État accompagnera-t-il les collectivités et prendra-t-il en charge ces coûts imprévus ?

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