Il restera comme celui qui a permis à l’USM de retrouver le Top 14, quinze ans après le traumatisme de la relégation. STB n’est pas un manager comme les autres, lui qui aborde le rugby différemment et qui met l’humain avant toute autre considération. Une méthode qui a porté ses fruits.
En arrivant du côté de Sapiac un peu sur la pointe des pieds en juillet 2024, le natif d’Oloron-Sainte-Marie était loin, très loin d’imaginer ce qui allait lui arriver un peu moins d’un an plus tard. Sébastien Tillous-Borde a déjà vécu de sacrées belles choses en tant que joueur mais sûr que cette aventure avec l’USM, cette fois de l’autre côté de la barrière, en tant que manager, restera gravée chez lui à jamais, comme chez toutes celles et ceux qui ont participé à ce moment d’histoire. Ce qui fait la singularité de son management, c’est aussi le rapport qu’il tisse avec ses joueurs. « Une main de fer dans un gant de velours » serait-on même tenté de dire. Alors, tout le temps, même après chaque entraînement, il n’hésite jamais à passer de longues minutes à parler à tout le monde. « C’est important humainement de créer une certaine relation, de discuter pour avancer dans le même chemin. On ne peut pas jouer au rugby sans se dire les choses. Il faut créer un climat positif, expliquer ses choix, ne pas laisser la frustration infuser. » Plutôt que de céder à la fiction d’un discours aseptisé, Sébastien Tillous-Borde parle vrai, même quand les mots sont durs. Et ça marche. Il vaut toujours mieux dire ce qui va et comment s’améliorer plutôt que mettre toujours l’accent sur ce qui ne va pas. La méthode STB ne varie pas.Mais que l’on se rassure il lui arrive de pousser quelques gueulantes : « Ça m’arrive souvent (sourire). Quand les circonstances le nécessitent je le fais.Je ne parle pas toujours gentiment (sourire). Je suis peut-être cool mais je suis aussi quelqu’un de très exigeant, alors quand ça ne me va pas je suis capable d’être très dur avec les joueurs. Je sais quand il faut être exigeant. » Il n’est en effet jamais facile de gérer un groupe professionnel d’une cinquantaine de joueurs, avec des caractères multiples et des égos.
« On peut être un bon manager en étant juste »
« Nous sommes le seul sport où on a autant de monde à gérer. Ce n’est pas parce qu’un joueur joue moins qu’on a moins de préférence humaine avec lui. J’essaie d’être droit et juste avec les mecs. Quand je fais un recrutement, si je ne sens pas le gars humainement je ne le prends pas, même si c’est le meilleur, je m’en fous » insiste STB. Et quand vous savez comment vous y prendre, c’est toute une équipe qui tire dans le même sens, comme en fin de saison dernière, quand le staff aligne les 23 mêmes joueurs pour les trois derniers matchs de la saison, ceux qui vont conduire au titre de Pro D2, et que les autres restent à fond derrière. C’est ce que l’on appelle un esprit d’équipe.
Aujourd’hui, Sébastien Tillous-Borde kiffe sa nouvelle vie de coach. Un bonheur qui se vit au quotidien : « Quand je jouais à Toulon je m’entraînais énormément avec Jonny Wilkinson. A Toulon, je transmettais déjà beaucoup auprès des jeunes. Vers 30 ans j’ai eu envie de devenir manager pour être juste avec les mecs. On peut être un très bon manager en étant juste. C’est un métier passion. Je sais que nous sommes des privilégiés. Je connais la valeur du travail, la culture du travail. »
” Je dois beaucoup à ma femme”
Pas de grand homme sans une grande femme à ses côtés. Depuis le titre, les sollicitations sont aussi beaucoup plus nombreuses : « Je n’arrête pas (sourire). Le plus important c’est le rugby. Il y a aussi la vie de famille. Je ne remercierai jamais assez ma femme. Elle assume le fait que j’ai un métier qui n’est pas évident pour une vie de famille avec deux enfants. Elle savait ce que je fais, mais elle a fait des concessions. Mais on n’a pas à se plaindre non plus. Je luis dois beaucoup. Quand on est ensemble je coupe tout ce qui touche au rugby. Et si ça ne va pas à la maison, ça ne peut pas aller au rugby (rire). »
« Tu dois donner l’exemple, même quand tu en prends 50 le samedi »
Le rugby a toujours été le moteur de l’ancien demi-de-mêlée, lui qui souhaitait au départ reprendre l’exploitation familiale vinicole dans le Jurançon. Mais rapidement le rugby va changer ses plans. Qu’importe, les valeurs familiales restent ancrées chez lui, qui reste un bon vivant. « J’aime bien manger, je suis un épicurien (sourire). C’est sûr qu’un bon verre de rouge pour accompagner de bons aliments c’est toujours sympathique, même si de ce côté-là j’ai été aussi exigeant pendant ma carrière. Je ne voulais pas avoir de regret. L’alimentation et l’hygiène de vie étaient très importantes. » Et même maintenant, Sébastien Tillous-Borde applique ces principes : « On a un staff qui s’entraîne pas mal.On arrive au stade très tôt, vers 5 h 30, 6 heures. On prend toujours 30-40 minutes pour s’entraîner avant de travailler. C’est important de rester en forme physiquement mais aussi mentalement. Si tu n’es pas en forme mentalement, tu n’auras pas tes joueurs en forme mentalement. C’est toi qui doit donner l’exemple, même quand tu prends 50 points le week-end. Il faut avoir les idées claires, et avoir une bonne hygiène de vie. Je veux des gens qui arrivent le matin avec la tête en haut, et avec le sourire. Ce n’est pas facile tous les jours. » Mais 5 h 30, ça n’est pas trop tôt ? « Je dors très bien mais pas longtemps. En plus, je suis plus disponible le matin que le soir (sourire). » Coach, c’est bien mais Sébastien Tillous-Borde sait quand même garder certaines distances avec son groupe : « Je peux parler de n’importe quel sujet avec les joueurs, boire un coup, mais ce n’est pas mon style d’être pote avec les joueurs.Il y a une distance à respecter. J’ai un poste qui ne permet pas d’être dans du copinage. » Cette saison n’est pas aussi réjouissante, mais Sébastien Tillous-Borde essaie de positiver. Toujours. « Il faut rester humble.Je sais pertinemment qu’une carrière est faite de hauts et de bas. C’est plus compliqué cette saison, on le savait. Mais on va se battre jusqu’au bout. » Et toujours avec l’humain en leitmotiv, et cette fierté d’avoir marqué l’histoire de l’USM.

