Le chercheur français Laurent Vinatier, spécialisé dans les relations internationales et l’espace post-soviétique, est assis dans le box des accusés lors d’une audience au tribunal du district de Zamoskvoretsky à Moscou, le 14 octobre 2024. ALEXANDER NEMENOV/AFP
Les autorités russes ont libéré jeudi 8 janvier le chercheur français Laurent Vinatier, emprisonné en Russie depuis juin 2024, en échange de la libération du basketteur russe Daniil Kasatkin, a annoncé le service de sécurité russe (FSB).
Dans un communiqué cité par les agences de presse russes, le FSB a affirmé que Daniil Kasatkin était rentré jeudi en Russie et avait été « échangé » contre Laurent Vinatier, qui, selon cette source, a été gracié par le président Vladimir Poutine.
Le chercheur français « vient d’arriver à Paris et est accueilli au Quai-d’Orsay », a indiqué à l’AFP une source diplomatique. « Je partage le soulagement de sa famille et de ses proches », a réagi le président Emmanuel Macron sur le réseau social X, en exprimant sa « gratitude » aux agents diplomatiques « pour leur mobilisation ». L’avocat des parents du chercheur rapporte « un immense soulagement ».
Le FSB a diffusé une vidéo de la libération de Laurent Vinatier, dans laquelle on le voit sortir d’un centre de détention sous la neige, rouler à l’arrière d’une voiture puis monter à bord d’un petit avion.
Fin décembre, la possibilité que Laurent Vinatier soit échangé avait été soulevée après une annonce surprise de Moscou, qui avait déclaré avoir fait une « proposition » à la France dans cette affaire.
Chercheur spécialiste de l’espace post-soviétique, Laurent Vinatier, 49 ans, travaillait au moment de son arrestation pour le Centre pour le dialogue humanitaire, une ONG suisse qui fait de la médiation dans des conflits hors des circuits diplomatiques officiels, notamment s’agissant de l’Ukraine.
Comparution pour « espionnage »
Pour sa part, le basketteur professionnel russe Daniil Kasatkin avait été arrêté en France en juin 2025 à la demande de la justice américaine qui le soupçonne d’avoir fait partie d’un réseau de hackers et avait demandé à Paris son extradition.
En juin 2024, Laurent Vinatier avait été arrêté en Russie puis condamné à trois ans de prison pour ne s’être pas enregistré en tant qu’« agent de l’étranger ». L’intéressé avait dit ne pas savoir que c’était obligatoire dans son cas.
Même s’il n’avait pas été déclaré officiellement « agent de l’étranger » par Moscou, il aurait dû se signaler comme tel car, selon la justice russe, il collectait des « informations militaires » pouvant être « utilisées contre la sécurité » de la Russie.
En août dernier, il avait comparu dans le cadre d’une affaire bien plus grave pour « espionnage », un crime passible de vingt ans de prison en Russie et qui faisait craindre une très lourde condamnation supplémentaire.
Moscou a arrêté plusieurs ressortissants occidentaux pour divers motifs, dont « espionnage », depuis le lancement de l’attaque à grande échelle contre l’Ukraine en 2022 et a procédé à des échanges de prisonniers avec les Etats-Unis.
Les relations entre Paris et Moscou ont été glaciales ces dernières années, la France accusant la Russie d’actes de déstabilisation et de désinformation sur son territoire, tandis que Paris se voit reprocher par Moscou son soutien militaire à l’Ukraine ou encore de censurer les médias russes.
Fin novembre, trois personnes ont par ailleurs été mises en examen et écrouées à Paris dans le cadre d’une double affaire d’ingérence et d’espionnage économique au profit de Moscou.

