Le président américain Donald Trump, en Floride, aux Etats-Unis, le 16 janvier 2026. MEHMET ESER / SOPA/SIPA
Les Américains n’ont montré aucun signe d’apaisement ce lundi 19 janvier envers les Européens en les avertissant qu’il « serait très mal avisé » de répondre aux menaces de surtaxes douanières brandies par Donald Trump tant que le Groenland ne sera pas aux mains des Etats-Unis.
Les tensions entre Européens et Américains ont fait chuter les principales Bourses européennes, après la menace proférée par le président américain d’imposer à huit pays européens – dont la France – de nouvelles surtaxes douanières de 10 % en raison de leur opposition sur le Groenland. L’Union européenne (UE) a promis une riposte.
• Trump n’est plus tenu de penser « uniquement à la paix »
« Je pense que cela serait très mal avisé », a mis en garde le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent, qui s’exprimait devant des journalistes avant l’ouverture du Forum économique mondial à Davos. « Le président (Trump) voit le Groenland comme un actif stratégique pour les Etats-Unis. Nous n’allons pas sous-traiter à quelqu’un d’autre la sécurité dans notre hémisphère », a dit Scott Bessent.
Dans une lettre adressée au Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre et rendue publique ce lundi, Donald Trump a dit qu’il ne se sent plus tenu de penser « uniquement à la paix » faute d’avoir obtenu le prix Nobel. « Étant donné que votre pays a décidé de ne pas m’attribuer le prix Nobel de la paix pour avoir mis fin à “PLUS” de 8 guerres, je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix », a écrit le président américain.
Sur le Groenland, « il n’existe aucun document écrit » prouvant qu’il appartient au Danemark, « mais il y a des centaines d’années, un bateau a accosté à cet endroit, et nous aussi, nous avons accosté là-bas », ajoute-t-il. « Le Danemark ne peut pas protéger ce territoire contre la Russie ou la Chine », a-t-il ajouté. « Le monde ne sera pas en sécurité tant que nous n’aurons pas le Contrôle Total et Absolu du Groenland. »
Le cabinet de Jonas Gahr Støre a confirmé l’authenticité de la lettre, dans un message à l’AFP. Cette lettre a été reçue en réponse à un message de la part du Premier ministre norvégien et du président finlandais Alexander Stubb, dans lequel ils ont dit leur « opposition à ces augmentations tarifaires annoncées à l’encontre de la Norvège, de la Finlande et de certains autres pays », explique le cabinet de Jonas Gahr Støre. Ce dernier a aussi rappelé que le prix Nobel de la paix n’était pas décerné par le gouvernement norvégien.
• Les Groenlandais veulent garder leur souveraineté
Ces menaces ne changent pas la position du territoire, soucieux de son droit à l’autodétermination et sa souveraineté, a dit le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen.
Dans un message sur Facebook, ce lundi, il dit se féliciter du soutien de pays étrangers vu « non pas comme une ingérence, mais comme une reconnaissance claire du fait que le Groenland est une société démocratique, avec le droit de prendre seul ses propres décisions » et « les récentes déclarations des États-Unis, y compris les menaces de droits de douane, ne changent rien à cette ligne. Nous ne nous laisserons pas mettre sous pression », dit-il.
• L’UE prône le « dialogue », mais reste « prête à réagir »
L’UE continue, elle, de prôner le « dialogue » plutôt que « l’escalade » face aux menaces, tout en affirmant qu’elle dispose « d’outils » et est « prête à réagir » si le président américain venait à mettre ces menaces commerciales à exécution, selon l’exécutif européen. Les dirigeants européens se réunissent jeudi soir en sommet extraordinaire à Bruxelles pour évoquer les menaces répétées de Donald Trump sur le Groenland et les droits de douane.
Emmanuel Macron, qui a qualifié de « chantages » les menaces de Trump, compte demander l’activation de l’instrument anticoercition de l’UE, qui permet de limiter les importations provenant d’un pays ou son accès à certains marchés publics et de bloquer certains investissements.
Pour tenter de réduire les risques d’une détérioration de la situation, le chancelier allemand a lui indiqué qu’il va « essayer de rencontrer le président Trump mercredi ». Ce même jour, le Groenland sera abordé par les ministres des Finances du G7, dont font partie les Etats-Unis.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dit avoir insisté sur « la nécessité de respecter sans équivoque » la souveraineté du Groenland et du Danemark au cours d’une rencontre ce lundi avec une délégation bipartite du Congrès américain au Forum économique mondial de Davos en Suisse. « C’est d’une importance capitale pour notre relation transatlantique. Dans le même temps, l’Union européenne reste prête à continuer de travailler étroitement avec les Etats-Unis, l’Otan et d’autres alliés, en étroite coopération avec le Danemark, afin d’avancer sur nos intérêts communs en matière de sécurité », a-t-elle déclaré sur les réseaux sociaux. « Les droits de douane vont à l’encontre (des) intérêts communs » de l’UE et des Etats-Unis, a ajouté Ursula von der Leyen.
• Copenhague et Nuuk proposent une mission de l’Otan
Le Danemark et le Groenland ont proposé la création d’une mission de surveillance de l’Otan au Groenland, a déclaré ce lundi le ministre danois de la Défense à l’issue d’une rencontre avec le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Mark Rutte.
« Nous l’avons proposée, le secrétaire général en a également pris note, et je pense que nous pouvons maintenant, espérons-le, obtenir un cadre définissant comment cela peut se concrétiser », a dit Troels Lund Poulsen, en présence de Vivian Motzfeldt, la ministre des Affaires étrangères du Groenland, à la télévision danoise.
Sur Truth Social, Donald Trump a affirmé que l’Otan dit au Danemark depuis 20 ans que le pays nordique doit « écarter la menace russe du Groenland ». « Malheureusement, le Danemark n’a rien pu faire à ce sujet. Le moment est venu d’agir, et cela sera fait !!! », a-t-il déclaré. Copenhague souligne que plusieurs mesures ont déjà été prises pour accroître leur présence militaire et leurs entraînements dans l’Arctique et l’Atlantique Nord, en collaboration avec plusieurs alliés de l’Otan.

