La mobilisation paysanne s’intensifie dans l’Aude. À Castelnaudary, les agriculteurs audois font le siège du rond-point de la colère, aux portes du péage autoroutier. Alors que de nombreux tracteurs convergent vers Toulouse, ces derniers ont décidé de ne pas quitter le département.
Sur le rond-point de la colère à Castelnaudary, le brasier prend de l’ampleur. Ils ont passé la nuit ici, avec la ferme ambition de ne rien lâcher. Un feu grandissant, à la hauteur de l’ire paysanne. Installés ici depuis mardi, à l’appel de la Coordination rurale et des Jeunes agriculteurs, les exploitants filtrent un carrefour stratégique : celui entre le péage de l’A61 et la Socamil, l’entrepôt logistique de Leclerc en Occitanie.
Toute la matinée ce mercredi, chaque camion sortant de la centrale d’achat est minutieusement contrôlé. En ligne de mire des paysans : les produits alimentaires importés, alors qu’il existe des productions identiques ou voisines dans le département de l’Aude. Pour un des poids lourds inspectés, les agriculteurs détectent un produit qui suscite leur indignation : “de la confiture bio de myrtilles, dont l’origine est plutôt floue, ça vient du Canada, du Chili, du Maroc et/ou de Serbie”, fustigent les contrôleurs de marchandises. Pour autant ce camion, à destination d’un hypermarché de l’Andorre, pourra tracer sa route, les denrées n’étant pas vendues sur le territoire français.

En revanche, pour d’autres transporteurs, la sanction est immédiate : retour à l’envoyeur. Cela concerne, pour l’essentiel, des camions chargés de produits étrangers à destination de grandes surfaces de la région.
“On nous parle en permanence de mieux travailler”
Le contrôle des cargaisons n’est cependant pas la seule occupation des agriculteurs audois. Ils se mobilisent avec la même revendication : une opposition ferme aux accords du Mercosur, et la demande adressée au gouvernement de revoir sa copie quant à l’abattage systématique des troupeaux partiellement contaminés par la dermatose nodulaire contagieuse. “On nous parle en permanence d’écologie, de mieux travailler, de réduire les pesticides. Et là, on va faire traverser les océans à des supertankers chargés de bétail, avec des hormones de croissance. Les gens ne veulent pas de cette viande, ils sont majoritaires, et nous non plus on n’en veut pas”, martèle Samuel Marty, éleveur à Mayreville et membre actif de la contestation à Castelnaudary.
Après une journée de manifestation, la Socamil recevait une délégation d’agriculteurs mardi après-midi. Des échanges qui semblent s’être déroulés avec courtoisie. “On a parlé entre personnes responsables et ce qui fait qu’on est encore là”, reconnaît Baptiste Imbert, porte-parole des Jeunes agriculteurs de l’Aude. “On n’a pas pour intention de les bloquer, il faut que tout le monde travaille, on le comprend aussi. On continue comme on fait, ça leur va et nous, ça nous va aussi pour le moment”, poursuit-il.

Au-delà d’une révolte paysanne, la population audoise vole au soutien de ceux qui nourrissent le pays. “J’en appelle à toutes les personnes, parce que ce qu’on essaie de faire entendre, c’est aussi leur problème. Parce qu’on mange tous dans une assiette. À un moment donné, on est tous concernés”, conclut Samuel Marty.
Les agriculteurs audois ne partent pas pour Toulouse
Alors que de nombreux paysans de toute la région convergent ce mercredi vers Toulouse et sa périphérie, les paysans de l’Aude ont décidé de ne pas suivre ce mouvement. Ils restent sur le campement chaurien, déterminés à s’opposer aux accords entre l’Union européenne et le Mercosur.
Ainsi, les paysans n’ont pas bloqué l’autoroute, ni même investi l’A61 pour rejoindre la Ville rose. Les blocages enregistrés aux abords du péage de Toulouse-sud proviennent d’un mouvement d’agriculteurs du Lauragais, mais du côté Haut-Garonnais. Le groupe audois, de son côté, cherche à maintenir la pression, et notamment filtrer l’accès à la Socamil.
Si l’agriculture audoise est encore majoritairement constituée de viticulteurs, ces derniers commencent à rejoindre les rangs de la contestation, concernant en premier lieu les producteurs céréaliers et les éleveurs.

