Un manifestant au milieu d’une rue à la circulation interrompue lors de manifestations à Hamedan, dans l’ouest de l’Iran, le 1ᵉʳ janvier 2026. MOBINA/MEI/SIPA
Au neuvième jour du mouvement contre la vie chère, dans un pays touché depuis des années par une hyperinflation à deux chiffres, la mobilisation continue en Iran. Elargie désormais à des revendications politiques, au moins 25 des 31 provinces iraniennes ont été gagnées par le mouvement depuis son lancement le 28 décembre. La mobilisation touche essentiellement l’ouest du pays, où des affrontements et des dégradations ont lieu.
Le pouvoir, qui considère « justes » les revendications et le droit à manifester des Iraniens, s’est également dit, lundi 5 janvier, sans « aucune indulgence » envers « les émeutiers ». Si le mouvement est plus faible que celui qui avait secoué l’Iran en 2022 après la mort de Mahsa Amini, au moins 12 personnes ont tout de même perdu la vie depuis son début.
• Les rassemblements continuent
De nouveaux rassemblements se sont tenus samedi soir à Téhéran. Qualifiés de « limités » par l’agence de presse Fars, ils ont été décrits comme « généralement composés de groupes de 50 à 200 jeunes ».
Selon l’agence de presse, des slogans politiques tels que « mort au dictateur » ont été entendus mais aucun débordement notable n’a eu lieu, hormis « quelques jets de pierres et l’incendie de quelques poubelles ».
Lundi, la majorité des commerces étaient ouverts à Téhéran, dont les habitants vaquaient à leurs activités après un week-end prolongé. Policiers et police antiémeute étaient toutefois déployés aux principaux carrefours, a constaté l’AFP. Des policiers étaient aussi présents devant certains établissements scolaires, tandis que plusieurs universités ne dispensent leurs cours qu’en ligne. Des images prises dans la journée dans le centre-ville et authentifiées par l’AFP montrent des forces de l’ordre utiliser du gaz lacrymogène pour disperser un groupe de manifestants.
• Des violences à l’Ouest, au moins 12 morts depuis le début du mouvement
Cette situation « contraste avec une intensification des violences et des attaques organisées dans d’autres régions, notamment dans l’ouest du pays », à plusieurs centaines de kilomètres de Téhéran d’après Fars.
Selon le mouvement de défense des droits de l’Homme Hengaw, basé en Norvège, les gardiens de la révolution (l’armée idéologique de l’Iran), ont ouvert le feu sur des manifestants à Malekshahi, tuant quatre membres de la minorité kurde.
Au moins 12 personnes ont été tuées depuis le 30 décembre lors d’affrontements localisés, dont des membres des forces de sécurité, selon un bilan basé sur des annonces officielles. L’ONG américaine Human Rights Activists News Agency (HRANA) affirme qu’au total, 582 personnes ont été arrêtées depuis le début du mouvement.
Un membre du corps des gardiens de la révolution a également été tué dans l’ouest du pays, a indiqué samedi l’agence Mehr. « Lors d’affrontement à Malekshahi, Latif Karimi, membre des gardiens de la révolution, a été tué en défendant la sécurité du pays », a détaillé l’agence de presse, tandis que la mort d’un autre membre des forces de sécurité « à l’arme blanche et par balles » a été annoncée plus tôt samedi. Selon Fars, « des émeutiers (avaient) tenté de pénétrer dans un commissariat ». « Deux assaillants ont été abattus », a ajouté l’agence.
Les autorités et les médias iraniens ne communiquent pas nécessairement et en détail sur tous les incidents, ce qui complique l’appréciation des événements. Des vidéos sur la mobilisation inondent les réseaux sociaux, mais toutes ne peuvent pas être authentifiées.
• Menaces de Donald Trump
Donald Trump a menacé dimanche de « frapper » en cas de nouveaux morts civils, après une semaine d’un mouvement de protestation initié par des revendications économiques.
« Nous regardons cela de très près. S’ils commencent à tuer des gens comme ils l’ont fait dans le passé, je pense qu’ils seront frappés très durement par les Etats-Unis », a prévenu dimanche le président américain, à bord de son avion Air Force One.
Des menaces que Donald Trump a déjà prononcées vendredi et après lesquelles les autorités iraniennes avaient prévenu qu’une « riposte » serait déclenchée si cette « ligne rouge » était franchie.
• Les revendications économiques « justes » pour le pouvoir
Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a estimé samedi que les revendications économiques des manifestants en Iran étaient « justes » mais que les « émeutiers » devaient être « remis à leur place ». Depuis le début du mouvement, le pouvoir joue l’apaisement, reconnaissant des « revendications légitimes » liées aux difficultés économiques.
« Les autorités du pays le reconnaissent, le président et d’autres responsables de haut rang s’efforcent de résoudre ce problème », a-t-il déclaré devant des fidèles rassemblés à Téhéran à l’occasion d’une fête chiite. « C’est pourquoi les commerçants ont protesté contre cette situation, et c’est tout à fait juste », a ajouté Ali Khamenei, au pouvoir depuis 1989.
« Nous dialoguons avec les manifestants (…) mais il est inutile de dialoguer avec les émeutiers. Ces derniers doivent être remis à leur place », a toutefois affirmé le guide suprême.
• Une aide financière annoncée
Dimanche, le gouvernement a annoncé une aide mensuelle de 10 milliards de rials, soit environ six euros, par personne et pendant quatre mois, qui vise à « réduire la pression économique sur la population ». Le salaire moyen en Iran, un pays qui compte 86 millions d’habitants, est d’environ 170 euros pr mois, et le salaire minimum d’environ 85 euros par mois.
La monnaie nationale, le rial, qui a perdu depuis un an plus d’un tiers de sa valeur face au dollar, se dépréciait de nouveau lundi face au billet vert selon le taux informel au marché noir.
• « Aucune indulgence » accordée envers « les émeutiers »
Le chef du pouvoir judiciaire en Iran a assuré lundi que la justice ne ferait preuve d’« aucune indulgence » envers « les émeutiers », tout en reconnaissant le droit légitime à manifester pour des revendications économiques.
« J’ordonne au procureur général et aux procureurs de tout le pays d’agir conformément à la loi et avec détermination contre les émeutiers et ceux qui les soutiennent (…) et de ne faire preuve d’aucune indulgence ni d’aucune complaisance », a déclaré Gholamhossein Mohseni Ejeï, cité par l’agence de presse du pouvoir judiciaire, Mizan.
« La République islamique écoute les manifestants et les critiques et les considère comme distincts des émeutiers », a-t-il ajouté.
Téhéran a par ailleurs accusé lundi Israël de chercher à « saper l’unité nationale » après que le Premier ministre Benyamin Netanyahou s’est dit « solidaire du combat » des Iraniens.

