Dans le quotidien de sa ferme de Masclat, Chantal Delpech compose entre passion du métier et adaptation permanente. Alors que le monde agricole lotois s’apprête à faire entendre sa voix, l’éleveuse revient sur les réalités du terrain et les défis auxquels font face les producteurs aujourd’hui.
Alors que la colère agricole gronde toujours dans le Sud-Ouest et menace de resurgir dans le Lot, une exploitante nous a ouvert les portes de sa ferme, pour témoigner des inquiétudes qui ne font que croître depuis son installation en 1995. Chantal Delpech, membre de la Coordination Rurale élève des Limousines avec son mari, sur la commune de Masclat. Au début de sa carrière, elle produisait aussi du tabac, mais avec la baisse des prix et la dureté de la tâche, elle jette l’éponge en 2014 et préfère se consacrer au bétail, aux asperges et aux noix.
“Depuis qu’on est arrivé, on est inquiet. Alors on se disait, dans quinze ans, ça ira mieux, mais plus on avance, plus ça se complique”, confie-t-elle. “On a plus de travail, plus de paperasse, mais pas plus d’argent”. Certes les broutards se vendent bien depuis 30 ans, mais selon elle, pas assez pour absorber le coût de la vie ou encore les charges. “Le problème dans notre métier, c’est qu’on est à la merci de nos ventes.”
Faire entendre sa voix face aux désaccords avec l’État
Donc pour essayer de faire bouger les lignes, elle s’active aux côtés de ses collègues agriculteurs. Elle était sur le campement de l’autoroute A20 au mois de décembre, et reprendra la route lors des prochaines actions. “C’est important pour moi. C’est le moment de se faire entendre. Il faut se mobiliser pour nous et les jeunes qui sortent des écoles”. MHE, brucellose, FCO… Des maladies bovines, elle en a vu passer, même si son cheptel n’a jamais été atteint. Mais la crise de la dermatose nodulaire bovine (DNC), elle ne la vit pas de la même manière. “On se gratte les cheveux tous les jours pour espérer ne pas être touché”. Ses vaches sont nées et ont grandi dans l’exploitation, les voir se faire abattre en cas de contagion, serait un crève-cœur pour elle.
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Son autre source de préoccupation, ce sont les accords du Mercosur. “La concurrence déloyale m’inquiète. On n’a pas les mêmes normes que les pays d’Amérique du Sud”. Chantal Delpech poursuit : “Ici, on est scruté, on ne fait pas ce qu’on veut, et c’est une bonne chose, cela montre que notre production est saine”. Elle, qui élève des vaches et des veaux d’intégration, sera directement touchée par ces traités de libre-échange.
Une reprise de sa ferme assurée
Auprès de ses enfants, le discours est resté inchangé depuis le début de sa carrière : “Ne restez pas là, il n’y a pas d’avenir”, leur a-t-elle toujours rabâché. “Ils nous ont vus trimer pour la culture du tabac, ils ne regrettent pas leur choix”. Néanmoins, le hasard a fait que sa fille épouse un homme qui voulait absolument devenir agriculteur.
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Le gendre s’installe alors avec ses beaux-parents en Gaec, il y a quelques années. “Il était tellement mordu, qu’on s’est dit qu’on devait lui donner la chance de faire ce qu’il voulait”. Si son exploitation ne disparaîtra pas après sa retraite dans sept ans, l’agricultrice reste convaincue d’une chose : “C’est un métier passion, il faut avoir la motivation aujourd’hui pour être paysan”.

