January 4, 2026

"On était faits pour travailler" : à 90 ans, Paulette raconte sa vie de labeur et la fin d’un monde agricole

l’essentiel
“Je ne suis pas nostalgique de l’eau au puits.” Paulette, 90 ans, a connu la ferme sans confort, les moissons à la main, les marchés aux volailles. Portrait d’une vie de labeur et de résilience.

Elle a 90 ans, des mains marquées par le travail, et une mémoire vive. Paulette Gouzenne est née en 1935 à Ordan-Larroque, dans une ferme sans eau ni électricité. Aujourd’hui, elle vit toujours à Biran, dans la maison familiale, entourée des souvenirs d’une vie entière passée à la campagne. “Je suis née à la campagne et je veux y mourir”, affirme-t-elle, assise au coin du feu à la veille du jour de l’An.

“La vie, c’était la ferme”

Paulette Gouzenne est l’aînée de cinq enfants. “À 14 ans, je ne suis plus revenue à l’école. On était cinq, mes parents n’avaient pas les moyens de nous mettre en pension à Auch.” Le regret est encore bien présent : “J’aurais été capable de faire autre chose. Faire des études, être à la hauteur. On apprenait tous bien. Mais la vie, c’était la ferme.” À l’époque, dans les campagnes, les filles comme les garçons étaient des bras pour la ferme. “On était faits pour travailler”, résume-t-elle.

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Les journées étaient rythmées par les saisons et les tâches : “On faisait toutes les céréales, on arrangeait le foin, on faisait des tas de gerbes.” Pas de vacances, pas d’animations. “Il y avait toujours quelque chose à faire.”

“Ce confort, on l’a mérité”

En 1958, elle épouse un agriculteur de Biran. “J’avais 23 ans, et j’ai eu ma première fille à 25 ans. C’est en 1962 qu’on a eu l’électricité.” Avant, c’était l’eau au puits, les barriques à remonter pour les vaches l’hiver. “Le confort d’aujourd’hui, on l’a mérité”, assène Paulette.

À la ferme, l’agricultrice s’occupe des animaux : volailles de toutes espèces, lapins, cochons, et une étable de 40 vaches. “Les brouettes de crottes, j’en ai poussé !” Elle se souvient des marchés, où ses beaux-parents vendaient les animaux vivants. “Ils étaient de vrais travailleurs. Ils allaient à Mirande, Seissan, Auch…” La mécanisation arrive aussi. “Mon beau-père avait un petit Ferguson. Mon mari voulait que je conduise le tracteur, mais j’avais peur !” Elle a pourtant passé le permis pour prendre le volant de sa Simca Aronde, et amener ses enfants à l’école.

La fin d’un monde

Paulette se souvient des dépiquages, des journées où les voisins venaient aider à la ferme. “Il y avait 30 hommes, parfois. C’était pénible, mais agréable.” Une solidarité qui a disparu avec la mécanisation, et la transformation profonde de l’agriculture en industrie. Paulette observe avec inquiétude cette agriculture moderne : “Avant, tout se vendait bien. Maintenant, le blé, le maïs, tout a baissé.” C’est le gavage de canards qui soutient l’exploitation. “Avant, c’était secondaire. Maintenant, c’est ce qui fait vivre.”

À 90 ans, Paulette Gouzenne ne manifeste pas. “Les barrages, ça n’existait pas de mon temps !” Elle préfère garder son avis pour elle, mais une chose est sûre : “Je ne suis pas nostalgique. La vie était dure. Aujourd’hui, c’est mieux”, confie-t-elle en souriant. Sans nostalgie, mais avec l’amour de sa terre chevillé au corps.

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